In Libro Veritas

L'esclave de la tendresse

Par Guy Richart

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Table des matières
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Un homme de cœur


Virginie était la plus heureuse des femmes. Jamais Francis n’avait montré de l’usure dans sa passion pour elle. Depuis deux mois, il était chaque jour plus tendre et plus câlin. Que pouvait-il bien se passer ?

Comme il le faisait régulièrement, il était parti en stage une semaine, deux fois de suite. Il en était revenu encore plus attentionné. Chacune de leur séparation le rapprochait d’elle. Certains soirs, il revenait épuisé de son travail. Lorsque la jeune femme se retrouvait dans le lit avec lui, elle vivait alors des moments de tendresse érotique encore plus exquis que durant les plus chaudes étreintes des vacances d’été. Quelque chose avait changé en mieux dans la vie de son mari. Il maîtrisait merveilleusement ses sentiments amoureux et son besoin de tendresse, bien que l’intensité de toutes ses passions se soit encore accrue.

Virginie se moquait de savoir vraiment pourquoi, contrairement à beaucoup de couples, le sien se renforçait de plus en plus avec le temps. Elle avait une vague idée de la raison mais elle préférait ignorer la vérité. Ce qui était important, c’est qu’elle pouvait faire une confiance aveugle à son mari. Il ne la quitterait pas sur un coup de tête. Maintenant, elle en aurait mis sa main à couper. Une rencontre était à l’origine de ce changement, elle en était consciente, mais un homme comme Francis n’était justement pas comme les autres. Il savait aimer merveilleusement avec son cœur comme avec son corps, et rien ne pouvait le détourner quand il avait donné son âme à une femme. Seule la trahison odieuse, une félonie et un mépris animal pouvaient l’éloigner de l’amour. Or, Virginie ne tenait pas à peiner aussi cruellement un ange comme son époux.


Johanna s’épanouissait. Elle était radieuse depuis quelques temps. Tous ceux qui la connaissaient avaient bien constaté cette joie qui éclairait sans cesse son regard et ses sourires. On ne lui connaissait aucune liaison. Mais elle possédait la coquetterie discrète d’une amoureuse en pleine idylle. Elle se déplaçait avec le port superbe et avenant d’une femme comblée puis aussi, une paix intérieure qui paraissait dicter toutes ses décisions.

Ce soir là, elle était à Rouen pour un congrès de spécialistes de l’image. Elle attendait, sur la place de la cathédrale, en compagnie de son amie Sylvie Seigneur. Les deux femmes, très élégantes, discutaient entre elles :

- Encore cinq minutes et je vais enfin connaître la merveille, assura la camarade de Johanna. Tu as donc fini par le convaincre d’accepter cette rencontre.

- Et pourtant, ce n’était pas donné, affirma son interlocutrice. Pour des raisons qui doivent te paraître évidentes, il ne tient pas à ce que d’autres personnes soient dans la confidence. Quand je lui ai dit qu’une amie d’enfance dînerait avec nous ce soir, j’ai eu peur qu’il se croie trahi. Il ignore que tu es au courant de tout. Alors pas d’impair s’il te plaît. Il ne te connaît pas comme moi et ne peut pas savoir que nous sommes comme des sœurs toutes les deux.

- Ne t’en fais pas, même à l’âge bête, tu n’as jamais eu à te plaindre de moi pour la conservation des secrets. Je ne vais pas commencer à faire des gaffes maintenant, fit Sylvie.

Enfin, il arriva en taxi. Il était très élégant et de haute taille. Il salua Sylvie avec beaucoup de classe, d’un baise-main délicat. Il embrassa Johanna sur les joues, mais, la lenteur et l’application de leur geste, malgré les précautions que les deux amis prenaient pour dissimuler leurs sentiments, trahissaient la sensualité dévorante qui les unissait. Un simple contact des leurs lèvres sur leur peau, dans un geste anodin, les faisait rayonner de plaisir et de bien-être. Ils étaient, tous les deux, de véritables bombes de tendresse prêtes à exploser à tout moment. Sylvie, éprouva un trouble particulièrement violent à découvrir Johanna et Francis réunis, devant elle.

Le lien qui unissait ce couple était si étroit et si chaud, que malgré toute sa discrétion, n’importe quelle personne sensible le côtoyant, comprenait instantanément la nature de la relation existant entre ces deux-là. Le besoin de tendresse qui rendait esclave Francis, rayonnait de lui avec une telle force que Sylvie, elle-même, avait envie de le prendre dans ses bras et de le bercer. Le regard et le sourire de ce beau jeune homme, émettaient un appel sensuel en permanence. Comme la collègue de Johanna était aussi une femme d’une exceptionnelle perspicacité, elle recevait ces signaux imperceptibles de plein fouet. Elle savait que le garçon se retenait, avec peine, de couvrir de baisers la bouche de sa camarade. Les larges mains de ce solide gaillard parvenaient difficilement à éviter de courir sur les épaules, la poitrine, le ventre et les jambes merveilleuses de Johanna. Ce désir, cette passion animale et délicate à la fois, cette volupté sulfureuse et pure était à la limite du supportable. Baignée d’une telle ambiance, frappée d’un tel besoin, Sylvie comprenait que la seule solution pour retrouver la paix, quand on était une femme comme elle ou bien son amie, était de faire l’amour, de caresser et de se laisser caresser par un homme comme celui-là.
Quant à lui, s’il était un véritable trésor pour n’importe quelle fille sensée, il était fragile et risquait d’être blessé cruellement par la première garce venue. Les fausses amoureuses et les profiteuses étaient légions de nos jours. Un homme comme Francis était une proie trop exposée. 

Sylvie s’arracha de l’excitation délicieuse dans laquelle elle baignait, depuis l’apparition de Francis. Tandis que Johanna et lui se tenaient devant elle, indécis et se rapprochant imperceptiblement, malgré les efforts intenses qu’ils faisaient pour conserver un mètre entre eux, elle leur permit d’échapper un instant à leur désir inexorable en déclarant :

- Et si nous allions dîner, maintenant…

Les deux amants la regardèrent avec une espèce de reconnaissance au fond des yeux. Elle leur évitait de souffrir de désir encore plus longtemps en recentrant le groupe vers le thème principal de la soirée : en l’occurrence une bonne bouffe entre amis.