Johanna
Francis était assis à sa place. Sur son corps, il sentait encore celui de Virginie qu'il avait serré très fort ce matin-là, avant de quitter sa maison pour plusieurs journées.
Il était un spécialiste reconnu nationalement dans le domaine de l'image en trois dimensions. Il lui arrivait souvent de prendre le train et de partir plusieurs jours dans une grande ville éloignée pour y résoudre un problème apparu durant la réalisation d'un film d'animation ou bien dans les résultats d'une machine informatique d'analyse graphique. Ses éloignements le marquaient car sa femme ne pouvait pas l'accompagner. Et pendant ces séparations, il finissait par se retrouver en état de manque. Ne plus avoir les lèvres de Virginie à embrasser, ne plus pouvoir caresser le corps de celle-ci le rendait anxieux et même, malheureux.
Il partait pourtant, peiné, mais avec la perspective des retrouvailles qui ne manquaient jamais d'être délicieuses. L'éloignement rendait Francis encore plus passionné et langoureux.
Ce jour-là, il se préparait donc psychologiquement à ce voyage, en se tenant prostré et silencieux sur son siège quand une jeune femme à la beauté discrète et au sourire attirant s'arrêta près de lui dans le couloir. Elle lui demanda :
- êtes-vous Francis, l'ingénieur en imagerie ?
- C'est moi-même, répondit-il, étonné.
- Je suis Johanna Lumille, déclara alors la ravissante passagère. C'est moi l'assistante, que la production du film vous a attribué.
- Pardonnez-moi ma surprise, je pensais que vous étiez un homme, s'excusa Francis.
Je ne savais de votre identité que le nom et l'initiale du prénom. Veuillez vous asseoir, reprit-il en quittant sa place, en saisissant le bagage de sa collègue et en le posant dans l'emplacement prévu à cet effet.
- Je connais bien votre travail, annonça la jeune femme en s'installant à coté de Francis. J'ai vu les résultats de vos interventions dans nos dernières productions. C'est impressionnant ! Cette fois, nous allons avoir un effort à fournir sur le réalisme. Nous avons du pain sur la planche, les prochaines quarante huit heures que nous passerons dans les studios ne seront qu'une mise en bouche.
- Je n'en doute pas, c'est pourquoi j'ai déjà préparé une esquisse de projet, expliqua l'ingénieur en présentant un dossier à l'assistante.
Celle-ci, étonnée par l'organisation et la rigueur de son voisin examina avec admiration les premiers croquis et les matrices que ce dernier avait établies. Tout en parcourant le mémoire de Francis, elle regardait le beau profil intelligent de cet homme. Johanna pensa qu'il lui plaisait réellement et bien qu'une alliance brille à l'annulaire gauche de ce dernier, elle se surprit à étudier le physique avantageux de l'ingénieur comme s'il avait été disponible. Un court instant, elle s'en voulut mais, elle ne put s'empêcher de revenir, malgré elle, à cette disposition d'esprit. C'était bien la première fois que cela lui arrivait. Alors qu’il était charmant et que son comportement était bien loin de celui des dragueurs de bas étage qu'elle repoussait habituellement avec un sourire pour adoucir sa fermeté inflexible, elle était gênée et vexée d'avoir envie de se blottir contre le torse de Francis pour sentir ce dernier frémir, ému par cette familiarité.
Que se passait-il donc ? Johanna était heureuse et en même temps inquiète...
L'ingénieur considéra d'abord la jeune femme comme un collègue. Elle était agréable et possédait un charme serein, presque aristocratique. Il était très sensible à la séduction involontaire de certaines beautés. Cette douceur endémique se trouvait chez quelques filles discrètes, provoquant une attirance et un désir intarissable chez les rares hommes donnant de l'importance à l'âme des amies qu'ils côtoyaient. Virginie était de ces déesses d'exception qui, non seulement sont physiquement adorables mais ont aussi un cœur gros comme une maison ainsi qu'une passion infinie pour leur amoureux. Johanna appartenait à cette élite sensuelle également, Francis en était persuadé. Il émanait de sa collègue une puissante aura de franchise et d'érotisme indéfinissable qu'il était sans doute le seul à détecter. De plus, la perception que l'ingénieur avait de sa voisine se mêlait indistinctement à l'empreinte tendre que laissait chaque matin l'étreinte et les baisers de son épouse. Il se sentait perdu et ne comprenait pas son trouble. Il aimait Virginie. La simple évocation du visage de sa compagne et complice le faisait basculer dans un monde de volupté et d'adoration, insoupçonné des amants minables, hantant les discothèques pendant les fins de semaine. Alors... Pourquoi Johanna provoquait-elle, par sa simple présence, un flot de sensations différentes de celles inspirées par sa femme, mais tout aussi fortes ?
Johanna se tourna alors vers Francis pour lui demander un éclaircissement sur un point du projet. Elle entrouvrit sa bouche pulpeuse sur ses dents blanches qui laissait filtrer une haleine de fleur aromatique, mais sa question resta suspendue.
Les grands yeux gris de la beauté fixèrent son collègue dont le trouble était quasiment indécelable pour toute autre personne qu'elle. Un pudique sourire de bien-être, gêné malgré tout, se dessinait sur les lèvres exquises de l'ingénieur... La sensuelle beauté avait posé naturellement la main sur celle de Francis pour attirer l'attention de ce dernier. Cette audace involontaire la surprenait elle-même. Pourtant, elle avait serré un peu plus encore ses doigts sur ceux de l'ingénieur car elle avait, dès le début de l'attouchement, senti un fourmillement bienfaisant le long de son dos et de son bassin. Quant à son voisin, il avait émis un imperceptible soupir qui en disait long sur ses sensations...
Chapitre suivant : Douceur blonde