In Libro Veritas

L'esclave de la tendresse

Par Guy Richart

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Table des matières
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Lydie


Virginie arriva vers neuf heures dans son bureau. Elle y planifiait le travail des dépanneurs d’une société de service d’électriciens. Elle était appréciée dans son métier pour son efficacité, sa clairvoyance et le bon sens dont elle faisait preuve dans l’organisation des tâches de la journée.

Elle venait de distribuer les ordres de travaux et préparait les demandes d’intervention de la veille. Certaines, urgentes, pourraient même être traitées dans l’après-midi, si des équipes avaient rencontré moins de difficultés que prévues sur leur chantier. En général, ce surcroît de travail était accueilli avec le sourire par les électriciens. En effet, les responsables de l’entreprise n’étaient pas stupides. Ils savaient bien qu’en payant généreusement des heures supplémentaires à leurs employés, ils augmentaient les bénéfices mais aussi la crédibilité de leur maison.

La jeune femme, tout en étudiant une carte de la région, classait les demandes. Elle était très rapide et précise. Elle connaissait bien les compétences de chaque équipe et les exploitait au mieux. Il lui fallut une heure pour parfaire la planification des travaux du lendemain. Elle allait alors s’accorder une pause café quand sa collègue de la logistique vint dans son bureau pour lui proposer de le partager avec elle.

Cette dernière s’appelait Lydie. C’était une petite blonde au teint de pèche, aux joues enfantines, au regard bleu et au corps de pin-up. Virginie, avec elle, était très complice. Les deux beautés se complétaient d'ailleurs efficacement dans leur métier. Dès qu'elles furent devant une tasse, elles profitèrent de cet instant de détente pour parler de leurs loisirs.


Virginie aimait faire de longues promenades en vélo, dans la nature. C'était un plaisir qu'elle partageait avec Francis, son époux. Lydie, expliqua qu'elle goûtait aussi les randonnées dans la campagne mais elle était habituée à les effectuer à pied. Elle déplora, par contre, de ne pouvoir emmener, pour l'instant, un compagnon. En effet, sa vie sentimentale était au point mort depuis sa dernière rupture.

Lydie venait de vivre quatre ans avec un homme de son âge. Ce dernier avait tout pour être la coqueluche des femmes. Il était beau, grand. Il avait été un amant des plus fougueux, mais, il était incapable d'éprouver des sentiments sincères. Lydie l'avait attiré pour son physique de délicieuse poupée. La simplicité et la fraîcheur de celle-ci, en amour et dans l'intimité de la chambre, avaient subjugué ce garçon. Cependant, l'intérêt qu'il portait aux femmes en général, ne se situait pas au-dessus de la ceinture.

Comment Lydie s'était-elle rendue compte de cette limite à la passion de son amant ? Il avait fallu une simple semaine de vacances à Venise. Elle, très cultivée, avait parcouru avec avidité tous les musées de la ville. Elle n'avait manqué aucune visite de monument alors que son ami avait montré des signes d'ennui prononcé durant ces balades. Il n'y avait que le soir, à l'hôtel, qu'il paraissait aimer son séjour. Bien sûr ce n'était pas ce manque d'enthousiasme durant les sorties de la journée qui gênait le plus Lydie. Elle avait commencé à se sentir comme un vulgaire objet auprès de son compagnon quand celui-ci, peu après leur retour en France, en croisant d'autres femmes, posait sur elles un regard lubrique alors qu'il était aux bras d'une amie dévouée.

Évidemment, il arrivait au meilleur des amants de laisser, parfois malgré lui, ses yeux traîner vers d'
autres formes attirantes que celles de sa promise. C'était le lot des hommes et les plus douces amoureuses, devaient savoir composer avec cette tendance inguérissable. Même Francis, l'époux exemplaire, perpétuellement tendre et passionné de Virginie, avait parfois des idées qui passaient, comme ça, en découvrant la face blonde d'une merveilleuse fille aux cheveux longs et aux pupilles de feux. Cependant, ce dernier revenait aussitôt plongé son regard dans celui de sa femme pour lui faire comprendre, qu'elle seule comptait pour son âme.

Ce n'était pas le cas du compagnon de Lydie. En quelques mois, après les soupçons qu'elle avait eus en Italie, d'autres indices comme des absences journalières prolongées, des conversations ne s'animant que le soir, dans le lit, et n'ayant pour unique sujet que le sexe, commencèrent à décevoir de plus en plus la jeune femme. Sa profonde peine se ressentit bientôt dans son attachement à l'égard de son ami. Ce fut lui qui un matin, alors qu'elle était au travail, quitta la maison en emportant ses affaires. Il eut la décence de laisser tout ce qui appartenait à Lydie et de ne rien emporter de précieux. Il avait compris que sa compagne recherchait une tendresse et une amitié beaucoup plus qu'une communion sexuelle sans sentiments sérieux. Il avait préféré la bagatelle à la construction d'un amour profond.

C'est ainsi que Lydie était seule depuis de longs mois. Si elle cherchait une liaison authentique qu'elle n'avait pas encore trouvée, elle ne refusait jamais l'amitié d'un garçon. Entre homme et femme, elle savait que cela provoquait aussi la naissance du désir et elle était prête à assumer cette éventualité.
Mais, elle n'avait pas encore rencontré un compagnon sincère qui, sans être l'homme de sa vie, lui aurait apporté la tendresse et une camaraderie sans faille. Chaque fois qu'un mâle rodait dans son sillage, elle finissait par découvrir qu'il s'agissait d'un dragueur impénitent, émoustillé par son physique avantageux.

Cette dernière expliquait ainsi ses déceptions à Virginie, tout en lui déclarant qu'elle avait beaucoup de chance d'avoir un mari tel que Francis. Un homme comme celui-là était une vraie bénédiction dont il ne fallait surtout pas gâcher les bonnes dispositions. Justement, la personnalité exceptionnelle de son époux enchantait Virginie et pourtant, elle lui occasionnait également de nombreuses préoccupations. Comment faire pour ne pas frustrer ou blesser un être hypersensible et un amoureux aussi affamé que Francis ? Lydie ne se rendait pas compte que, s'il était paradisiaque, pour une femme sincère, d'être aimée d'un homme comme celui-ci, cette chaude passion se cultivait avec soin, en accordant parfois des concessions inévitables. Avoir la chance d'être une épouse comblée se méritait.

La pause café prenait fin et les deux collègues allaient devoir retourner à leurs travaux de la journée. La semaine suivante, elles décidèrent de souper une fois ensemble car, le mari de Virginie allait s'absenter pour quelques temps. Ainsi, cette dernière aurait de la compagnie durant un soir d'absence de Francis.

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