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Trames étranges. 1. La lettre sans destinataire.

- Par Francine Ségeste

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- Date de publication sur In Libro Veritas : 28 avril 2008 à 10h31
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Trame : fil qui se glisse au travers de la chaîne. Trame : fil conducteur d’un récit…
« Trames étranges », se jouant du temps et de l’espace, réunit cinq nouvelles où le fantastique et le fantasme provoquent d’étranges rencontres. Cruelles ou bienfaisantes, ces rencontres dévoilent un destin, soulèvent une question, ou permettent de transmettre un message essentiel.
« La lettre sans destinataire » est la première nouvelle de ce recueil.
San Blas, un petit port mexicain sur le Pacifique, entouré de marais. Un Américain amoureux fou d’une femme inaccessible... De la belle Iacinta, une mystérieuse lettre sans destinataire circule dans le village.
Ce recueil, avec une postface d’Alain Lipietz, est publié en livre par ILV-Editions. Pour le commander : http://www.ilv-edition.com/librairie/trames_etranges...
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Entre Borges et Marquez
J'ai toujours cru qu'un écrivain racontait toujours la même histoire. Il y avait une unité évidente entre les permières oeuvres publiées de F Ségeste sur ILV (les nouvelles de "Cité des solitudes", le récit « Mémoire de la mer », les poèmes « Destin de sable »). En un mot : elle parlait d’elle , de ces engagements, de sa vie.
Et là tout semble basculer. Ce n’est ni la Colombie ni l’Argentine, c’est le Mexique, en tout cas dans un ailleurs, et cet ailleurs semble un labyrinthe. Oui, c’est peut-etre toujours Francine Ségeste, mais dans un autre monde secret. Une femme qui n’a pas rencontré son amour, et deux hommes qui l’adorent de loin, un vieil étranger, un adolescent. Ce qui se trame là (car ici personne ne trame, ça se trame), j’avoue que, subjugué, je ne le comprends pas encore. J’attends la suite du recueil… Peut-être la fameuse lettre nous tombera-t-elle entre les mains ? Ce serait trop facile.
Je ne peux pas laisser...
Je ne peux pas laisser passer ça : "entre Borges et Marquez" ?!
Franchement : non.
C'est à mille lieues du génie de Borges (il ne suffit pas de lire "miroir" ou "labyrinthe" pour que ce soit du Borges) tout autant que de celui de Marquez. On est loin de 100 ans de solitude. Très.
Arrêtez la pub !
Comparez le comparable !!
Eh ! oh ! « 100 ans de solitude », c’est un des plus grand roman du second vingtième siècle, c’est aussi l’un des plus longs..
Là, on est dans le court, la « nouvelle ». Prenez au hasard un « Compte vagabond » de Marquez, ou même un de ceux que Denoel colle avec la « Candide Erendira » (à l’exception de « Le noyé le plus beau du monde », que je tiens pour difficilement surpassable) , puis prenez au hasard un recueil de nouvelles de Borges comme « Histoire de l’infamie » , ben moi je dis bof, ça se vaut.
Ensuite je ne vois pas en quoi un commentaire sur un texte qu’il faut avoir déjà lu est une « pub ». Mais je n’ai sans doute rien compris à la théorie de la com’.
L’art de la nouvelle est très subtil, on en publie d’ailleurs peu en France, contrairement à l’anglais. Je pense que « Cité des solitudes » , quoique « recueil », a une unité et même une progression, un « ordre », qui n’existe évidemment pas dans les anthologies que les traductions françaises publient des nouvelles de Borgès ou de Marquez. Alors j’essaie de comprendre quelle est l’unité de « Trames étranges ». C’est mon droit de lecteur.
Donc, revenons à nos moutons. J’ai lu la nouvelle n°2 ( La noce) et je commence à voir un peu mieux ce que l’auteure entend par « trame » (étrange soit-elle). Mais je réserve mon jugement.
Ce qu’il y a de borgesien ici n’est pas le miroir mais la lettre, ce qu’il y a de marquezien est en effet la solitude mais ce n’est pas celle à la quelle vous faites allusion. Enfin, à mon avis. De toute façon c’est du Ségeste, mais différent de celui qu’elle publiait jusqu’ici, et ce qui m’intéresse c’est où elle veut en venir , à part le plaisir d’écrire.
La theorie de la comm ...
La theorie de la comm semble au contraire tres bien maitrisee (orchestree) ici. Je vais expliquer pourquoi.
Sans juger, qu on ne se meprenne pas.
Juste des faits.
Hier en fin d apres midi, je laisse un commentaire sur ''la noce'' en disant que je fonce lire ''la lettre'' car je ne peux resister lorsqu'on evoque Borges.
J'arrive sur ce texte,qui ne comportait AUCUN commentaire, et en commence la lecture...puis il disparait.
Retire de la publication par l'auteure qui est en ligne a ce moment-la ? Probable.
Environ une heure plus tard, le texte reapparait...avec, dans la minute qui suit, un tres long commentaire et le sempiternel 10 sur 10.
Coincidence ?
Jetez un oeil sur le profil du 1er commentateur, sur ses commentaires postes.
Je laisse les lecteurs juges.
Je n interviendrai plus sur ces nouvelles, je leur fait une pub qu elles ne meritent pas. Ou plutot, qu elles ne meritent plus tant certains procedes utilises pour les faire remarquer semblent singulierement manquer de finesse.
Les changerments d'hier
<Désolée pour la gêne occasionnée par ma maladresse. j'avais commencé par mettre les nouvelles 2 et 3 à la suite de "La lettre sans destinataire", alors que je les avais mises en ligne aussi séparément. J'ai voulu hier les supprimer, mais du coup, oubliant de refaire "publier", j'ai cru que cette première nouvelle avait disparu et l'ai remise : ce qui supprimait les commentaires et le nombre de lecteurs. M'apercevant de ma méprise, j'ai pu revenir au texte orignal, et supprimer la seconde publication (où rien n'avait été changé).
Ceci explique le vide remarqué par G@rp. Mais la critique de Lancelot avait précédé ce mic-mac maladroit. Rien à voir avec de la pub. Je suis contente d'avoir des commentaires, favorables ou non, et vous remercie ! ça fait réfléchir de toute façon.
Francine Ségeste
Bac à sable
Je viens de lire cet échange de « bac à sable » (comme on dit sur wikipedia) et j’en reste sur les fesses. Les fausses manoeuvres informatiques de Francine Ségeste me paraissent parfaitement légitimes et je ne vois pas pourquoi elle songe à s’en excuser. En revanche je suis un peu étonné par le contenu des « commentaires » de g@rp. Je suis allé voir sa production, je n’aime ni n’aime pas, "c'est pas ma culture", rien : je conçois qu'il y ait un public plus qualifié pour apprécier et je ne laisse aucun commentaire.
Pour moi, qui ne suis qu’un lecteur critique, le commentaire ne sert qu’à comprendre pour mieux goûter. Quand il est directement attaché à l’œuvre , ce ne peut pas être de la « publicité » (rendre public ce qui était ignoré, vu que le lecteur y est déjà). Quand j’écris, sur « Cité des solitudes » : « allez voir la nouvelle série de nouvelles de Ségeste », là oui c’est de la pub et j'en suis fier.
Mon intuition, fondée sur « Cité des solitudes », est que les recueils de nouvelles de Ségeste sont « composés » comme les bouquets ou des plutôt des jardins, il vaut sans doute mieux les parcourir dans l’ordre (c’est mon côté kabbalistique, allez voir son sous-recueil de poèmes "L'ange debout", j'ai remarqué que "Lucioles de sang" venait sans doute avant, et l'auteure m'a donné raison).
La n°1 de « trames étranges » m’a paru « entre Borgès », pour la lettre qui circule et fait mystérieusement contrepoint à l’histoire, et Marquez (pour San Blas aussi abandonné qu’une bourgade du bas Magdalena, et aussi pour les lettres de « Chronique d’une mort annoncée" qui n’atteignent pas leur destinataire), je l’ai dit, et ensuite je l’ai rappelé dans la nouvelle n°2 parce que non, finalement, ce n’était pas constitutif de l’unité de « Trames étranges » et je ne vais pas dire non plus maintenant « elle fait du Lorca ». J’ai jeté un bref coup d’œil à « Et les cris de la fée », je peux déjà dire que c'est très beau mais ce n’est pas du Nerval, et que je commence à comprendre « Trames étranges » mais j’y reviendrai plus tard. Ciao.
de la bonne
j'aurais bien envie de râler encore un peu pour la publicité acharnée que fait le sire Lancelot pour sa Dame, mais enfin, c'est beau l'amour. Et puis, j'avoue qu'à la longue les commentaires de Lancelot excitent ma curiosité.
Francine Ségeste écrit bien, très bien.
Commentaires
Cher Serpent à Plume,
Désolé si j’ai pu nuire à ma Dame par la publicité que je lui faisais. J’ai dit ailleurs qu’à mon avis un « Commentaire » n’est pas une pub, puisqu’il faut déjà être à la page de l’œuvre pour y accéder par un clic. Et puis j’en ai discuté sur le forum « la critique par commentaire » (http://www.inlibroveritas.net/forum/sujet1935-page6.html) et j’ai appris avec étonnement que certains lisaient les commentaires avant de lire l’œuvre. Dont acte et plates excuses.
Mais si je reprends mes « commentaires », je m’aperçois que mon commentaire sur la première œuvre de FS sur ILV (« Cité des solitudes ») est plus court moins enthousiaste que celui (de Claire Grover) qui le précède. Puis j’ai découvert les premiers commentaires sur « Mémoire de la mer » et il était difficile de faire plus enthousiaste que le tout premier commentaire, celui de Sonia Quémener. Alors j’ai commencé à réfléchir au texte plutôt qu’en faire l’éloge. D’autant que, comme vous le savez, je suis aussi économiste et homme politique et le problème du vieillissement démographique, des rapports « personnes agées-leurs enfants adultes » va devenir un des plus graves problèmes du siècle.
Et puis il y a eu « Combien de jours », premier poème publié sur ILV de ce qui allait devenir « Destin de sable ». Mon commentaire arrive en 4è, n’est pas plus dithyrambique que ceux qui me précèdent et vous comprenez sa fonction apotropaïque par rapport à celui terriblement juste de Daniel Le Gourrierec.
Je prends alors le pli de commenter les sections de « Destin de sable ». Et c’est vrai que je connais déjà la plupart de ces poèmes dont certains publiés depuis 45 ans, mais je ne m’intéresse plus qu’à l’effet « mise en recueil ».
Et enfin paraissent ces « Trames étranges » que vous avez entrepris à votre tour de commenter. Et c’est à nouveau la question de l’unité du recueil que j’interroge. En effet je connaissais ces textes « un par un » depuis des années, mais qu’est-ce que l’ensemble voulait dire ? Des choses je crois très importantes, peut-être ce recueil est-il, derrière la complexité (ce texte-ci), la splendeur (Et les cris de la fée) ou la simplicité (Les mots) de paraboles successives, la partie « philosophique » de l’œuvre de FS. D’où mon acharnement à « comprendre ».
Vous avez raison, l’amour de ma Dame est pour quelque chose dans cet acharnement. Mais le contenu aussi. Et si vous jetez un coup d’œil à mon niveau d’acharnement sur un autre auteur plus reconnu, Mallarmé (voyez lipietz.net/spip.php?article1642, et ça a doublé de volume depuis), vous remarquerez que mon travail de commentaire sur FS est encore loin du niveau que j’ai consacré à ce monsieur…
Bien cordialement
Toujours aussi émouvan...
Toujours aussi émouvant et d'une grande profondeur.
Sans vouloir la comparer à qui que ce soit, j'aime incontestablement tout ce que j'ai lu de Francine Segeste jusqu'à présent.
Et, en tant que néophyte, le lien que je ressens entre ses oeuvres (si toutefois il y en a un) serait son art de raconter la condition de la femme, souvent si malmenée et considérée par l'homme ou la tradition comme un objet dont on va s'emparer.
Alors oui. Personnellement, je ressens peut-être ce que d'autres sont incapables de ressentir : le silencieux désespoir de ces femmes asservies. Et je comprends leurs choix pour échapper à cette non-existence qu'on veut leur imposer.
Je me sens très proche de Francine Segeste.
A cela s'ajoute son style d'écriture qui, à mon avis, respire autant le talent que la maturité.
Une belle oeuvre !
Chère Fra ncine, J'...
Chère Fra ncine,
J'ai lu Trames étranges et m'en suis nourri. C'est substantiel. Lecture au long cours, pour toutes saisons.
J'admire comme tu t'es coulée avec aisance dans les passes difficiles qui mènent au bois sacré de la poésie d'investigation, fréquenté par Bernanos et Graham Green , par Borgues, sa cohorte sud americaine et ,,, peut-être, oui, pourquoi pas, par Italo et Humberto. Ecco lo, Alain sera content. Et toi, tu fleuriras sur ce multiple terreau aussi longtemps que survivra le mot "rose", nom propre de la chose. Toi qui aimes toucher les mots de ton archet magique, et ils te le rendent au centuple, en caresses.
Alors pourquoi t'en vas-tu? ce sont tes enfants aussi et ils vont en souffrir...
Non, tu as fait ton travail, tu as donné tout ce que tu as, tu as le droit de partir.
Je trouve très beaux ces mots un peu raidis par la douleur, un peu procès- verbaux- pour -ne- pas- éclater - en - invectives, qui composent les 13 hypothèses de la "Lettre sans Destinataire", ils bouclent, comme dirait Pouc, le poème sous-jacent et lui donnent (ainsi qu'à toi), pérennité . Ils offrent un contre-poids, une assise, à l'émotion contenue du récit intermédiaire. Devenu chant, devenu strophes. Scandé par les treize constats , un leit-motiv de lieder, dont on ne sait jamais très bien s'il vient calmer ou raviver, étancher ou assoiffer.
Tu as écrit ton chef-d'oeuvre et tu appartiens désormais à la littérature à la 3e personne. Tu y a décroché, d'un tour de reins, une place réservée , à l'orchestre. Ces treize strophes valaient sans doute la perte de quelques secondes retranchées au sablier de nos vies, ces secondes qui font si mal. Tu mérites amplement de t'approprier la gloire littéraire, cet alias d'éternité qui, bien négocié, ouvre des vies supplémentaires.
J'aurais autant à dire des autres histoires mais tu parais si pressée... le temps manque. Si seulement tu pouvais nous dire où tu t'en vas comme ça...
jfc