L'enfance
Cela fait bientôt deux secondes, deux minutes, deux heures ou deux ans que nous ne nous sommes pas vu, alors j’en profite pour te saluer, toi, l’ex enfant devenu grand.Comme j’ai commencé à te l’expliquer auparavant, c’est à ce stade que les bases de ta personnalité se sont construites. Et je sais à coup sûr pouvoir te dire que ton enfance s’est tout de même bien passée par rapport à celle que d’autres que toi ont eu. Non ! Comment ça non ! Tu as ces lignes sous tes yeux qui te font lire en toi et tu ne sais encore pas reconnaître que puisque tu es là c’est que ton enfance s’est plutôt bien passée !Certes, tous tes besoins n’ont pas été assouvis. Mais tout de même, tes besoins vitaux t’ont été donnés. Tu as été abreuvé et nourri suffisamment pour survivre.
Tes maladies ont été soignées, ton corps a été assez armé pour affronter toutes les agressions extérieures et, puisque tu me lis, je peux aussi affirmer que l’on a même veillé à ce que tu sois éduqué.
Souviens−toi du quatrième paragraphe de ce livre et ose encore me dire que ton enfance fût la plus détestable de toutes.
Te voilà revenu ? Non ? Parfois il est bon de revenir un peu en arrière.
(Aparté) : ici je vais t’octroyer une légère pause. Jusqu’à présent je n’ai
fait que te lire et, pour te remercier de me laisser faire ainsi, je vais tout de
même te donner une petite astuce qui pourra t’aider un jour, dans ta vie.
Lorsque ce jour il te faudra faire un choix, prendre un tournant pour te diriger vers les voies de l’avenir, surtout n’oublie jamais de regarder en arrière. Souvent cela te fera mal, mais cela te permettra de bien repérer les erreurs à ne plus reproduire. Beaucoup de ceux qui ont lu ce conseil avant toi m’ont d’abord répondu qu’il ne servait à rien de regarder le passé, qu’il fallait seulement construire l’avenir. Ils avaient simplement oublié que l’avenir sera un jour passé et que si personne ne regarde en arrière, à quoi auront servi tous ces avenirs du passé ?
La pause est finie. Oui, c’est cela, tu es Vivant ! Et comme tu vis,
forcément, ton enfance s’est plutôt bien passée.
Les bases de ta personnalité sont en fait issues des réactions que ton
entourage a eues en réponse à tes attentes. Tu les connais ces réactions,
elles sont trois. Et face à ses trois dernières tu as toi aussi réagi en te
formant, par expérience, une matrice pour ta future personnalité.
La première, que tu redoutais le plus, c’était le non. Le non strict et sans espoir de pouvoir combler un jour le manque que tu avais exprimé. Ce non à ta demande d’un petit quelque chose qui représentait tant pour toi.
Ce non qui t’a révolté, qui t’a fait détester ceux qui le prononçaient.
Ce non qui parfois t’a aussi obligé à ne pas y faire attention afin d’obtenir quand même ce que tu désirais franchissant ainsi la ligne de l’interdit. Et finalement, ce non que tu redoutais tant, te fit ne plus perdre du temps à demander.
Ce non pouvais alors te faire réagir de ces deux façons:
− Tu pris, tout simplement, tout ce que tu pouvais prendre et cela
peu importait la manière, du moment que ton besoin était assouvi. Tu développais ainsi un caractère plutôt Arriviste.
− Tu finis par admettre ta soumission totale envers l’autre et tu n’osas plus rien vouloir. Tu ne pris plus que ce que l’on voulait bien te donner. Tu développais ainsi un caractère plutôt Soumis.
La seconde réponse, celle qui allait te réclamer un effort et que tu trouvais injuste, était la réciproque. Celui que tu sollicitais voulait bien consentir à faire en sorte que ton souhait soit réalisé mais seulement en échange d’un effort de ta part. Il voulait que tu sois le meilleur à l’école, il te demandait de ranger tes affaires, d’être sage, bref il fallait toujours que tu donnes pour recevoir. Ce fut pour toi très dur et petit à petit tu finis par croire que rien
ne se donnait, que tout devait forcément avoir un prix. Plus tard, tu en as payé le prix, n’est−ce pas ? Tu développais ainsi un caractère plutôt Laborieux.
Enfin, la troisième réaction, celle que tu attendais et que tu trouvais, si ce n’est naturelle, au moins normale, c’était une réponse positive. Tu demandais, tu avais. Tout allait pour le mieux pour toi lorsque tu te retrouvais dans cette situation simple. Simple pour tout le monde.
En effet, simple quand elle est possible pour celui qui t’accordait ce que tu voulais car ainsi il n’avait pas à s’occuper de ta construction.
Simple pour toi puisque qu’aucun effort ni aucune frustration ne venait s’associer à tes demandes. Tu développais ainsi un caractère plutôt Attentiste.
Et là, tu vas me dire que ton cas ne figure totalement dans aucune de ces formes de réponse. Heureusement pour toi car si l’on t’avait toujours répondu strictement d’une seule de ces manière, tu serais aujourd’hui trop formaté pour que je puisse t’aider.
Par contre, de ces trois réactions possibles, il en est une qui a été prédominante lors de ton enfance et c’est donc elle qui prévaut inconsciemment en toi.
Hors c’est un bon équilibre entre ces trois formes de réactions, ces trois formes de réponses face à tes recours qui aurait pu t’aider dans la construction basique de ta personnalité. L’équilibre absolu t’aurait appris qu’il faut demander ce que l’on veut, et que parfois pour l’obtenir,
il faut aussi donner de soi. Cela t’aurait appris aussi que d’autres choses peuvent tout simplement être données, données pour rien, par amour, mais données.
Et tu aurais ainsi beaucoup mieux assimilé le sens du non, la nécessité et le bon droit de l’interdit. Puis finalement tu aurais aussi appris que parfois, le franchissement des lignes est nécessaire pour concrétiser un réel besoin.
Comme ta vie serait belle si l’on t’avait équilibré tes demandes, te dis−tu. Mais parce que l’équilibre parfait n’est pas humain et que tu es un Homme et que ces autres à qui tu réclamais étaient aussi des Hommes, le déséquilibre primaire s’est lentement installé en toi comme le ver dans un programme.
C’est donc en état de déséquilibre qu’il t’a fallu entrer dans un nouveau monde, le monde qui allait définitivement être ton dernier stade d’évolution avant de devenir un Homme. L’enfant déséquilibré que tu étais devait à présent affronter sa plus courte période de vie pour beaucoup, la période de tous les dangers : l’adolescence.
Chapitre suivant : Petit point IV