Peur primale
Tu as Peur.Dès ta naissance, et autant que tu l’admettes dès ce stade, jusqu’à ta mort ta peur ne te quittera pas.
Pourquoi penses−tu avoir crié en arrivant au monde ?
− Parce que tes poumons se sont dilatés une première fois et que cela t’a fait mal ?
− Parce que l’air qui est passée par ta trachée et qui a rempli tes poumons
t’a fait l’effet d’un gaz irritant en pénétrant ton corps ?
Non, rien de tout cela.
La partie de carte s étant achevée, tes deux moitiés se sont diluées pour te réaliser. Et une première fois te voilà seul, séparé du cordon qui t’alimentait, de la poche qui te protégeait, te voilà seul, nu et vulnérable.
Alors tes cris, tes pleures ne sont pas une réponse à une douleur physique,
mais un appel au secours, un appel à l’anti−solitude, un cri de rage contre
ta condition Humaine.
Tu es là depuis à peine quelques secondes et tu as déjà tout compris à la vie qui t’attend : tu es et resteras à tout jamais dépendant de l’autre.
Alors tu pleures pour que l’on te remarque, pour ne pas rester seul de peur de mourir sans que personne ne comble ta dépendance.
Et ainsi pendant plusieurs années l’autre, ton géniteur, ton éducateur, ta mère ou ton père, peu importe comment il se nomme et qui il est pour toi à
présent, l’autre t’a fourni assez d’attention pour que notre rencontre puisse se réaliser aujourd’hui. Tu te dis « oui, cet autre s’est occupé de moi mais tout de même il aurait pu mieux faire ».
Car tu es toi, dépendant dès ta naissance tu crois encore et tu attends toujours que l’on s’occupe de toi, que l’on réponde à tes attentes qui te sont propres mais qui ne sont, sans aucun doute, pas le propre de l’autre.
En fait, depuis longtemps tu as jugé celui qui t’a permis de me lire. Tu l’as jugé pour ce qu’il ne t’a pas fourni et non pour ce qu’il est. Lui aussi attend de pouvoir me lire, lui aussi est dans un état de dépendance envers son autre. Comme toi il a crié lors de sa naissance et comme toi il a jugé celui ou ceux qui ont fait qu’il soit ton autre : lui aussi a peur, il est ton semblable.
Et pourtant, tes premiers cris se sont estompés. Ta peur primale s’est
atténuée à tel point que si je ne te l’avais pas rappelé précédemment, tu ne t’en souviendrais pas à présent.
En fait ton enfance t’a fait entrer pleinement dans ton état de dépendance.
Une dépendance qui au fil des jours est devenue une normalité. Et que ton autre soit un monstre t’ayant fait subir toutes sortes d’atrocités, ou qu’il soit ce monstre qui combla tes moindres volontés, il fit en sorte de calmer ta peur primale pour t’en créer de nouvelles.
ta peur primale pour t’en créer de nouvelles.
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