QUANRANTE HUIT HEURES PLUS TARD, rêve ou réalité ...
Après une traversée d’abord houleuse puis calme et huileuse pour le reste du voyage, ils arrivent de l’autre côté de la mer.
Dans un autre port. Tout aussi bruyant.
Mais Dieu que c’est beau !
Papa a voulu qu’Hadda voie tout de l’arrivée.
Les petits bateaux qui viennent aider ce gros mastodonte à glisser avec adresse vers le lieu qui lui est assigné dans le port.
Mais le pays où ils arrivent est tellement, tellement ... conte de fée. Conte des Mille et Une Nuits.
Elle regarde de tous ses yeux et regarde son père. Puis regarde à nouveau ces collines, ce ciel, cette blancheur.
Elle n’en croit pas ses yeux.
Elle a envie de dire :
– Papa, c’est comme dans tes histoires !
Papa, on est rentré dans un de tes contes
Oh, papa
Sa petite main, bien enclenchée dans celle de son père frétille, palpite... et cause encore plus que des mots.
Son père semble vivre une grosse émotion aussi.
Peut–être s’étonne–t–il lui–même de voir ses histoires, inventées pour occuper ses enfants, devenir si proche de la réalité.
Mais peut–être, est–ce en fait, l’émotion du retour. Peut–être un retour vers ses réalités, ce que fut sont monde, enfant. Pas conte du tout.
Hadda rentre de plain–pied dans ce monde de rêve. Elle suit toujours son père. Ne le quitte pas d’un pouce. Ses yeux pourtant grands ouverts, arrivent à peine à capter toutes les nouvelles choses. Pire. Ses oreilles, entendent des sons jusqu’alors inconnus.
– Papa, pourquoi je ne comprends pas ce que les gens disent ?
Mais son étonnement sera à son comble quand enfin sortis du port, ils se retrouvent dans la rue et que papa rencontre enfin son frère. Son grand frère. Son oncle à elle.
Jusqu’alors, il n’y avait que maman qui avait des frères et sœurs. Elle les connaît bien. Ils ne sont pas bizarres. Elle comprend ce qu’ils disent.
Eh bien, tout avec papa prend une autre dimension. Tout est phénoménal. Elle finit par se dire qu’elle va se réveiller dans son lit, près de sa sœur aînée et que tout va rapidement reprendre ses dimensions habituelles. Mais là, pour le moment tout est de plus en plus étrange.
Papa lui présente son frère en lui disant de lui faire la bise.
Quoi de plus normal. Elle est bien un peu intimidée, c’est la première fois qu’elle le voit.
Plus âgé, certes, il sera peut–être aussi sympathique que le cousin venu voir papa il y a deux ou trois ans. On avait passé de si bonnes vacances ! Il était surprenant lui aussi au début.
Elle fait donc la bise à son oncle, la tête un peu rentrée dans les épaules. Signe incontestable de son intimidation.
– ...
– Réponds à ton oncle.
– Je n’ai rien compris, papa.
– Bla bla ... Bla bla bla... Bla ... blabl a ... ». Voilà ce qu’elle entend à peu près avec des intonations que son cerveau ne peut classer nulle part encore.
– Fais un effort, il te parle en français.
Elle a presque envie de pleurer, maintenant. Ce n’est plus marrant. Tout cela commence à lui faire peur. Si papa le comprend et pas elle, il y a quelque chose d’obscur là–dedans. Mais très vite d’autres choses attirent son regard.
Ici, ce doit être carnaval !
Oh, oui ! sinon ils ne seraient pas tous habillés d’une si drôle de façon. L’an dernier, son frère et ses soeurs se sont habillés un peu pareil, mais en moins beau. Bien moins beau. Ils ont pris des draps. Elle regarde mieux et trouve quand même bizarre que tant d’adultes se prêtent au jeu. D’habitude ce ne sont que les enfants.
Elle tire la manche de son père pour lui demander quelques explications. Mais il est trop occupé à parler avec son frère pour lui prêter attention.
Très vite, sa curiosité est captée ailleurs :
Ils se ressemblent tous !
Elle les regarde. Regarde son père. Regarde à nouveau ... et regarde son père.
Elle s’arrête de marcher brusquement. Elle vient de comprendre une réalité qui jusqu’alors lui est restée obscure.
A l’école, les enfants ne cessent pas de lui dire des choses méchantes. Mais elle ne saisit pas pourquoi, ni ce que cela veut dire. Pourquoi on attaque toujours son père. Il est bien comme tous les autres pères. Il travaille, même énormément, et il sait faire beaucoup de choses que tant d’autres ne savent pas.
Mais là brusquement, elle vient de prendre conscience. Ici, papa est comme les autres alors qu’à la maison il est différent.
Du coup, c’est elle qui se sent différente : elle ressemble à sa maman !
D'ailleurs, les gens la regardent étrangement.
Maman lui manque terriblement tout à coup. Elle lui aurait expliqué, elle aurait pu la réconforter.
Mais papa est toujours là et ne lui a pas lâché la main.
Sinon, qu’à la suite de son arrêt intempestif, il l’a prise par le cou. La main ouverte, le cou pris entre le pouce et l’index, et lui fait quelques massages, ce qui la réconforte autant que des mots.
Chapitre suivant : LES JOURS S'ECOULENT, bientôt le retour ?