UN JOUR PLUS TARD, un tournant s'amorce dans sa vie d'enfant...
Hadda et son père attendent.
On ne monte pas dans un bateau comme on prend le train.
Il faut montrer sa carte d’identité. Elle est toute fière de pouvoir produire la sienne. Toute neuve. Elle est allée la faire quelque temps auparavant. Il a fallu qu’elle mette ses doigts sur l’encre du tampon et qu’elle appuie très fort. Elle croyait jusqu’alors que faire des choses pareilles étaient interdites. Mais au contraire, on l’aide à bien mettre de l’encre sur ses doigts, et à bien l’appliquer sur un papier.
Papa lui expliquera plus tard, qu’on lui avait pris ses empreintes : uniques pour chaque individu.
– Il y a seulement un an, tu aurais été sur mon passeport, seule ta photo aurait suffit. Mais tu as 10 ans, te voilà une grande fille !
– 10 ans ! Je ne les aurai que dans un mois et demi !
– C’est tout comme.
Alors du haut de ses 10 ans, ou tout comme, elle présente elle–même ses papiers. Papa est très heureux de voir combien elle prend au sérieux les choses de la vie. Elle était si attachée à sa mère jusqu’alors. C’est vrai que cette dernière cherchait à la garder bébé en l’autorisant à peine à s’habiller toute seule. Elle ne la portait plus dans ses bras depuis un an. Seulement parce qu’elle était devenue trop lourde.
C’est vrai. Qu’il est dur de voir grandir son enfant !
De le voir devenir de plus en plus indépendant. Au début, on s’émerveille et puis soudain on prend peur. On voudrait tellement le garder près de soi, pour soi. Le pouponner. Le chérir. Que rien ne change de cet instant privilégié où l’enfant et son propre prolongement. Mais vient toujours le moment où il faut ouvrir les portes et laisser s’épanouir l’individu qu’est devenu l’enfant. Son enfant.
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