JUILLET 1963 - Dans un village, une existence s'achève ...
– Mais mémé, tu me fais mal ! Tu me serres trop fort ! Je reviens dans quelques jours. L’école reprend bientôt.
L’enfant grimpe vite vite dans le train. Et s’il démarre sans elle. Voilà un an qu’elle attend. Papa lui avait promis qu’elle aussi prendrait le train et puis le bateau. Comme ses sœurs. Comme son frère. Ils étaient revenus tout bronzés. Pas forcément très contents, mais ils avaient vu tellement de choses, tellement si peu imaginables ici.
Et puis elle. Elle, qui a encore plus de chance qu’eux. Elle ne part pas seule comme eux. Elle, la petite dernière, pour une fois est la plus chanceuse : elle part avec son papa. Pas moins que ça. Seule, avec son papa.
Maman n’est pas venue à la gare. Seule mémé est là. Elle retient ses larmes. La façon dont ses lèvres s’agitent, comme si elles voulaient dire quelque chose et que les mots articulés ne peuvent pas, comme tous les autres, s’exprimer en son, le montre bien. Ils sont muets comme toute souffrance trop lourde. C’est un silence encore plus dur à entendre que toutes les lamentations des pleureuses professionnelles réunies.
Mais l’âme d’un enfant est encore dans le présent et seule compte l’intensité des minutes vécues.
Chapitre suivant : UN JOUR PLUS TARD, un tournant s'amorce dans sa vie d'enfant...