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L'ange gardien du démon-tome 2 : Le Paradis et l'Enfer-1ère partie

Par Caroline Miftari

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Table des matières
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Fourberie

Radu le regarda encore un bon moment, intrigué.

- Il y a autre chose qui t’embête, dit-il.

Vladislaus releva des yeux colériques et méfiants.

- Qu’est-ce que tu veux encore savoir ? s’insurgea-t-il.

- Allons, mes garçons, ne vous bagarrez pas, dit leur mère. Radu, mon petit, ton frère est probablement fatigué et souffrant, laisse-le donc tranquille. Vladislaus, mon chéri, tâche de ne pas trop te fatiguer. Tu as besoin de reprendre des forces. Qui sait ce qui va arriver ces prochains jours ? Viens, Radu, laissons-le un peu tranquille. Vlad, rejoins-nous au salon si le cœur t’en dit.

Elle prit son cadet par le bras et le fit sortir.

- À tout à l’heure, mon garçon, dit-elle à Vladislaus avant de fermer la porte derrière elle.

Ce dernier eut un léger soupir et s’attaqua à son repas. Il se dépêcha de manger et se leva pour rechercher Elizabetha. Il se sentit un peu mieux après avoir mangé et se mit à fouiller le château de haut en bas. Enfin, il arriva dans la serre et y vit sa bien-aimée assise sur le banc de pierre, un livre entre les mains. Elle était si belle et enivrante au milieu de toute cette beauté et toutes ces odeurs florales. Elle se retourna aussitôt vers lui et un grand sourire éclatant illumina son visage. Il lui rendit son sourire et s’approcha d’un bon pas vers elle pour s’asseoir et l’étreindre de toutes ses forces. Il se sentit à nouveau revivre inexplicablement à son contact.

- C’est fou, je n’arrive pas à me passer de toi ! avoua-t-il.
Comme si te quitter un léger instant allait me tuer.

- C’est pareil pour moi.

Il la garda dans ses bras un long instant, comme si son âme ne devait faire qu’une avec celle d’Elizabetha qui se blottit dans ses bras tendrement.

- C’est tout de même étrange, s’avoua-t-elle. À chaque fois qu’on se sépare ne serait-ce que cinq minutes, j’ai le sentiment que je vais hurler de folie. C’est une chose qui ne nous ai jamais arrivé avant, lors de notre enfance, et avant que nous nous aimions sur la colline. Mais c’est trop beau pour être vrai. J’ai le sentiment que ça ne va pas durer, que quelque chose d’épouvantable va se produire dans peu de temps.

- Non, ne dis pas ça ! s’épouvanta Vladislaus qui l’étreignit encore plus sous un baiser. Je prierai jour et nuit pour que Dieu nous protège. Tout va bien se passer pour nous. Nous nous en irons loin de ce pays s’il le faut pour échapper aux Turcs et vivre notre vie. Si Radu l’accepte, je lui cède le trône.

- Vlad, tu n’y penses pas ! Tu laisserais tomber tout ce pays pour nous deux ?

- Je lâcherai tout ! Car je ne veux pas te perdre et réciproquement. Et tant pis pour ce que penseront les autres. Je ne veux pas que tu souffres sous n’importe quelle forme possible.

Elle lui offrit un grand sourire triste et ravi avant de se blottir un peu plus dans ses bras.

La porte de la serre s’ouvrit au loin.

- Elizabetha ! retentit la voix de la mère de la jeune femme qui sursauta.

- Oh non, c’est pas vrai ! grogna-t-elle de mécontentement.

- Reviens ici, espèce de petite teigne !

Les deux jeunes gens se levèrent promptement avant de se faire voir et se cachèrent derrière le plus grand rosier de la serre. Au passage, Vladislaus cueillit l’une des fleurs et l’offrit à Elizabetha qui déposa un baiser sur sa joue de remerciement.

- Elizabetha ! gronda encore la vieille femme. Ne t’approche pas de cet homme ou tu vas le regretter !

- Mais pourquoi se serait à elle de me choisir un époux ? chuchota la jeune femme à Vladislaus.

Il ne fit que hausser les épaules. Il la prit par la main en voyant la mère s’approcher non loin de leur cachette et l’emmena au loin, derrière une autre haute plante. À côté d’eux, il vit un quinzaine de lys blancs et en cueillit un pour le donner ensuite à Elizabetha qui s’esclaffa en silence comme la fillette qu’il avait connu.

- Elizabetha, c’est toi ? fit encore sa mère en venant vers leur direction.

Immédiatement et avec silence, Vladislaus et Elizabetha allèrent se cacher ailleurs en prenant la direction de la sortie. Ils se retrouvèrent près d’une série d’iris et il en offrit une à sa belle.

- Allons, ça suffit avec ça, ria la jeune femme.

- Je t’offrirais toutes les plus belles fleurs de la terre, ma belle, chuchota-t-il avant de l’embrasser.

Ils échappèrent encore à la vieille femme durant une bonnes dizaine de minutes et sortirent enfin de la serre. Elizabetha se retrouva finalement avec un énorme bouquet de fleurs, chacune différente, et pouffa de rire.

- Je n’arrive pas à croire que tu aies fait exprès de faire tout le tour de la serre pour m’offrir tout ça avec ma mère à nos trousses, fit-elle en riant.

- Elles ne te plaisent pas ? demanda-t-il avec un certain regret.

- Si, au contraire. Elles sont magnifiques et elles sentent si bon. Je vais les mettre dans un vase.

- Attends ! Surtout pas dans ta chambre ou ta mère va encore crier.

- Où, alors ?

- Je ne sais pas. Dans ma chambre ? Tu peux y venir quand tu veux, tu sais.

- D’accord.

Il la prit par la main et l’emmena jusqu’à l’un des grands salon pour y prendre un vase dans l’un des buffets. Ils allèrent ensuite le remplir d’eau en allant piocher dans l’une des réserves de la cuisine et Elizabetha arrangea son bouquet dans le récipient. Après quoi, ils s’en allèrent dans la chambre du Comte en veillant constamment dans les couloirs en se cachant même parfois des gens de la Cour ou des soldats. Il leur sembla à tous les deux de retomber en enfance, se souvenant de leurs jeux de cache-cache ensemble bien que maintenant ce fut bien plus compliqué, étant aujourd’hui adultes et bien plus grands.

Ils arrivèrent sans encombre dans la chambre de Vladislaus qui verrouilla la porte et Elizabetha posa le vase sur la grande table. Elle passa ensuite un regard circulaire dans la pièce et remarqua que certaines choses qu’elle avait connues dans sa jeunesse étaient encore à leur place. Vladislaus s’assied sur son lit, un peu vaseux, et se tint la tête en grognant.

- Tu n’es pas bien ? s’enquit la jeune femme avant de venir le rejoindre.

- J’ai encore mal à la tête et j’ai quelques vertiges. Cette petite course m’a fatigué.

- Repose-toi un peu. Tu veux un peu d’eau ?

- Non, ça va. Je vais juste m’allonger un peu.

Il se laissa tomber sur le ventre en travers du lit pour épargner les blessures à son dos et Elizabetha vint à se blottir contre lui. Dieu qu’il était bon de se sentir près de lui ainsi ! À croire qu’elle ne pouvait survivre loin de lui. Ils restèrent ainsi l’un contre l’autre sans rien dire, profitant de la présence de l’autre avec un certain soulagement incompréhensible.

Au bout d’un certain temps, quelqu’un vint à tambouriner à la porte.

- Seigneur ! fit la voix de son capitaine. Seigneur !

Vladislaus sursauta, ainsi que la jeune femme qui se redressa. Il fit de même en grognant de douleur et de mécontentement.

- Cache-toi, ma belle, dit-il à Elizabetha qui se leva.

Elle ouvrit la penderie avant de s’y engouffrer en fermant la porte. Vladislaus vint ensuite à ouvrir celle de sa chambre et fut nez à nez avec Gáspár.

- Que se passe-t-il ? Je me reposais un peu !

- Les Turcs ont été repoussés dans les montagnes, dit le solide capitaine. Mais je crains qu’il nous faille surveiller les environs plus intensément, car ils semblent être un peu partout. Nous sommes encerclés.

- Eh bien, faites le nécessaire, Gáspár.

- Comte, il vous faut venir avec nous au cas où nous devons parlez au clan. Ils ne seront pas enclin à nous écouter et beaucoup d’entre nous ne parle pas le turc ou très mal.

Le cœur de Vladislaus bondit dans sa poitrine.

- Avec ce qu’ils m’ont fait subir cette nuit c’est hors de question ! cria-t-il. Et je ne suis pas en état !

- Mais vous ne serez pas seul, ne vous en inquiétez pas.

Vladislaus scruta le grand soldat avec intensité. Il tourna ensuite la tête dans sa chambre, vers la penderie, et pensa à devoir laisser Elizabetha ainsi toute seule et lui de son côté pourrait manquer de se faire assassiner. Que ressentira la pauvre jeune femme une fois qu’elle apprendrait sa mort ?

- Comte ? fit Gáspár. Que faisons-nous ?

Vladislaus sortit de sa réflexion pour relever les yeux vers lui.

- Euh… Nous irons ce soir, avant la tombée de la nuit. Prenons une centaine de nos meilleurs hommes.

- Vous êtes sûr de vouloir risquer la vie de ceux-là ? Si un nouveau problème avec les Turcs viendrait à persister, nos meilleurs hommes ne seront plus là.

- Nous n’allons pas attaquer les Turcs de front, à ce que je sache ? Non, nous irons tenter de parlementer avec eux. Mais emmenez les pales, sait-on jamais. Nous partirons au crépuscule.

- Entendu, Comte !

Gáspár le salua et s’en alla. Vladislaus claqua presque la porte et lâcha un énorme soupir franchement agacé et en colère. La porte de la penderie s’ouvrit sur Elizabetha qui en sortit doucement, le visage tiré de terreur.

- Mon chéri, tu ne vas pas y aller, quand même ? Qui sait ce qu’il va encore t’arriver ?

- Ne t’en fais pas, dit-il en venant l’enlacer. J’aurai les meilleurs hommes pour m’entourer.

Il vint à l’embrasser et lui donner quelques caresses affectives.

- Je n’arriverai jamais à me faire à l’idée à ce que tu partes ainsi souvent contre les Turcs, dit-elle avec appréhension. Si tu venais à mourir…

- Oh non, ne dis pas ça ! fit-il en l’étreignant bien plus. Il ne m’arrivera rien.

- Rien ? Tu oublies cette nuit.

- Je n’aurai pas dû partir tout seul, c’était de ma faute.
Mais entouré de mes hommes, je ne crains rien. Ils me laisseront m’échapper pendant que eux combattront si quelque chose venait à arriver. Et… Mais tu trembles, ma parole !

La jeune femme tremblait de tous ses membres dans ses bras, complètement tétanisée.

- Mais qu’as-tu ? fit-il en la scrutant, prenant son beau visage entre ses mains en écartant quelques mèches noires de ses joues. Tu pleures !

- Ne pars pas, je t’en prie !

- Mais nous n’allons attaquer personne, insista-t-il.

- Et si c’était les Turcs qui attaquaient ? S’ils vous tendent une embuscade ? Ils te tueront probablement, cette fois-ci. Je t’en conjure, ne me laisse pas ! Je sens que je ne survivrai pas si tu venais à mourir.

- Même si je devais à mourir, tu ne mourras pas à ton tour. Tu as toute ta vie devant toi. Tu te trouveras un époux et tu auras de beaux enfants que tu verras grandir jusqu’à ce que tu deviennes une vieille femme qui tombent en ruine.

Il mit une pointe d’amusement dans ses paroles pour tenter de la détendre, mais cela ne servit à rien.

- Jamais je ne pourrai vivre auprès d’un autre, dit-elle dans ses sanglots. Ce serait te trahir. Et je sais que je ne pourrai vivre sans toi. Je te rejoindrai dans la mort, quoique tu dises !

Il continua à la scruter profondément avec tristesse, toujours à tenir délicatement son doux visage, essuyant les larmes.

- C’est amusant ce que tu me dis là, dit-il avec un sourire triste. Mais je pense pareil. Où que tu ailles, j’irai, car je ne pourrai jamais me séparer de toi. À croire que je ne pourrai jamais survivre sans toi.

- Alors ne pars pas ce soir, s’il te plaît. Je t’en implore ! Ne me laisse pas.

Elle revint à le serrer dans ses bras avec force et tremblante. Il la serra à son tour contre lui, s’imaginant maintenant mal sa vie, voire même sa survie, sans elle. Il s’empara de ses lèvres et lui donna un baiser passionné et tendre.

- Laisse-moi venir avec toi, ce soir, dit-elle.

Il la regarda intensément avec sévérité.

- Non ! fit-il platement et avec colère. C’est hors de question ! Tu seras à l’abri, ici.

- Mais je ne…

- Non ! cria-t-il en la secouant par les épaules avec une certaine brutalité.

Il la garda ainsi prisonnière sous son étreinte avant de la relâcher doucement en voyant son air presque apeuré envers lui.

- Je ne veux pas qu’on te fasse le moindre mal, dit-il. Je me mettrai à ta place pour prendre de ta souffrance s’il venait à t’arriver quelque chose. Si tu viens, qui sait ce que ces Turcs vont te faire.
Non, tu seras plus en sécurité ici. Attends-moi, c’est tout. Promets-moi de ne pas céder à la tentation de venir me retrouver.

Elle le regarda d’un air boudeur qu’il lui connaissait bien depuis enfant et elle baissa les yeux avant d’acquiescer.

- Dis-le ! ordonna-t-il avec douceur.

- Je le promets, mon beau prince.

- Dans les yeux. Dis-le-moi en me regardant dans les yeux.

Elle releva ses grands yeux bleu océan emplis de larmes vers les siens.

- Je promets de ne pas être tentée de venir te rejoindre, dit-elle d’une voix accablée. Mais que vais-je donc devenir sans toi auprès de moi ?

- Sois forte ! C’est tout ce que je te demande jusqu’à mon retour. Tout va bien se passer. Toi aussi tu vas me manquer, mais je reviendrai. Je ne serai probablement pas long, deux jours, tout au plus.

- Deux jours ! s’épouvanta-t-elle. Seigneur !

- Qu’est-ce que deux jours à côté de quinze longues années, hein ?

Il lui caressa à nouveau le visage et se pencha sur ses lèvres pour lui prendre un baiser quand de nouveaux coups tambourinèrent à sa porte. Il grogna en s’éloignant de la jeune femme.

- Ils le font exprès, ce n’est pas possible autrement, maugréa-t-il. Cache-toi, ma belle.

D’un pas lent et maussade, la jeune femme retourna se cacher dans la penderie. Vladislaus alla ouvrir la porte de sa chambre et se retrouva nez à nez avec son frère.

- Qu’est-ce que tu veux ? demanda platement Vladislaus.

- Eh bien, déjà, tu ne fais pas ton travail, et les conseillers perdent la tête. Et puis, la mère d’Elizabetha la cherche partout et ne cesse de hurler son nom dans le château et ça ne fait que rendre encore plus fous tes conseillers. Est-ce que tu sais où elle se trouve ?

Vladislaus secoua vaguement la tête.

- Non.

- Arrête tes sottises ! Quand vous étiez gosses, vous passiez tout votre temps ensemble, du petit matin jusqu’à tard dans la nuit. Alors, aujourd’hui, en tant qu’adultes bien que respectables, vous devez sans doute faire pareil, mais pour bien autre chose.

- Hé ! De quel droit tu oses avancer de pareils bruits de couloir ?

- C’est juste que ça me paraît évident. Toi et Elizabetha êtes inséparables depuis enfants. Et tu as vu un peu comment vous vous regardez entre vous deux depuis qu’elle est revenue ?

- Va-t’en ! gronda Vladislaus. On dirait une vieille femme qui passe son temps à apprendre des ragots autour d’elle pour mieux les raconter n’importe comment et en faire des rumeurs pas possibles.

Sur ce, il lui claqua la porte au nez.

- Vlad ! Si elle n’était pas avec toi en ce moment, tu ne t’énerverais pas. Ouvre ! Sa mère à besoin d’elle.

- Mais elle n’est pas là ! Je suis fatigué alors fiche-moi la paix.

Après quoi, il ne dit plus rien et vint à se laisser tomber sur son lit. Elizabetha sortit une nouvelle fois de sa cachette et s’approcha doucement de lui.

- Calme-toi, mon beau prince, murmura-t-elle.

- Je crois que ça va être un vrai cauchemar si je reste auprès de toi avec tous ces imbéciles autour de moi. Il vaut mieux que nous retournions chacun à nos occupations et que l’on ne se croise plus durant la journée.

Les épaules d’Elizabetha s’affaissèrent de déception et Vladislaus eut un gros soupir tout aussi déçu.