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L'ange gardien du démon-tome 2 : Le Paradis et l'Enfer-1ère partie

Par Caroline Miftari

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Table des matières
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Deux âmes sœurs.

Il ouvrit péniblement les yeux dans maintes souffrances et il entendit un murmure.

- Vladislaus ?

Il tenta de tourner la tête, mais un violente douleur à sa nuque le fit grogner. Son dos lui faisait horriblement mal dans des brûlure atroces, tout comme son poignet droit, sa lèvre, son flanc et sa mâchoire. Il tenta de reprendre ses esprits et se rappeler de ce qu’il s’était passé avec une peine sans nom.

- Vladislaus, refit le murmure qui sembla lointain à ses oreilles, et caverneuse.

Une main délicate vint à se poser sur son front et écarter des mèches de cheveux qui lui passaient sur le visage. Il rouvrit les yeux péniblement, comme si elle avaient été faites de plomb, et croisa un regard bleu et un beau visage encadré de cheveux noirs de sa vue complètement floue et piquetée d’étoiles. La main déposée sur son visage était douce et tendre.

- Vladislaus ? Est-ce que tu m’entends ?

Ce dernier n’eut qu’un léger grognement avant de retomber lourdement dans l’inconscience. Il se réveilla dans la nuit sous un grondement de tonnerre et la pluie battante contre la vitre. Il regarda durement autour de lui avec la vue redevenue nette pour savoir où il se trouvait et eut un mal fou à reprendre ses esprits. Enfin, il se rendit compte qu’il se trouvait en fait dans la salle de soin royale du château. Une douce et angélique voix résonnait dans la pièce dans un fredonnement, près de la fenêtre, quelqu’un scrutant l’orage qui faisait rage au-dehors.

- Hé ! maugréa-t-il et le fredonnement cessa.

La silhouette qui se dessinait devant la fenêtre se retourna vers lui pour s’approcher d’un pas souple et léger.

- Vladislaus ? Est-ce que ça va ?

Le cœur de ce dernier bondit dans sa poitrine en croisant à nouveau le visage si beau d’Elizabetha qui vint à s’asseoir sur le lit. Avec douceur, elle revint à lui caresser le visage et en écarter les mèches de cheveux le lui barrant.

- Qu’est-ce qui s’est passé ? marmonna-t-il de sa lèvre et de sa langue enflées.

- Tu as disparu pendant longtemps, ce soir, expliqua-t-elle. Ton cheval est revenu sans toi au château. Nous étions tous inquiets et des soldats sont partis à ta recherche. Et ils t’ont retrouvé entre les mains des Turcs. Tu as eu de la chance, tu sais. Mais que t’a-t-il donc pris de partir ainsi tout seul ? Tu aurais pu te faire tuer.

Sur ce ton épouvanté, elle vint à déposer un doux et réconfortant baiser sur sa tempe, ce qui lui effaça tous ses maux pendant une seconde.

- Je ne sais pas.

- Tu as perdu beaucoup de sang. Ton poignet était complètement sous l’emprise d’une hémorragie sévère. Les médecins ont eu une peine terrible à la faire cesser et ils ont dû te recoudre.

Vladislaus leva son poignet blessé pour le regarder pansé. Il souleva doucement le pansement et vit effectivement quelques fils de cuir croisés dans sa peau.

- Et je ne te raconte pas l’état de ton dos, continua la jeune femme avec pitié tout en lui caressant le front.
Ils y sont allés comme des brutes avec toi et n’auraient probablement pas hésité à te tuer par la suite.

- Je sais, ils avaient prévu de me jeter dans le Olt, maugréa-t-il avec un rictus presque amusé.

- Et tu prends cela à la rigolade !

- Comment veux-tu que je le prenne ? Autant en rire, tu sais.

Doucement, il tendit la main pour prendre celle de sa bien-aimée qui vint à s’asseoir à même le sol.

- Tu as réussi à échapper à ta mère ?

- Elle dormait quand on t’a ramené ici. Et moi, cela faisait bien deux heures que je tournais en rond dans ces couloirs, ne t’ayant pas vu au dîner. Dieu, ce que j’ai eu peur pour toi quand les soldats t’ont ramené dans cet état.

Elle vint à poser délicatement un baiser sur la lèvre blessée de son bien-aimé.

- Ne t’en fais pas, va, dit-il. Ils auraient très bien pu nous tomber dessus à tous les deux hier soir. S’ils t’avaient fait le moindre mal, je les aurais sauvagement tués !

Elle revint à passer sa main dans les cheveux noir de jais de son bien-aimé qui la scruta amoureusement et étrangeté. Elizabetha lui rendit son regard avant de sourire.

- Qu’y a-t-il ? demanda-t-elle.

- Est-ce que… tu as ressenti quelque chose quand je me suis fais fouetter ?

- Comme quoi ?

- Comme si tu avais senti ce qui m’arrivait !

- C’est à dire ?

- C’est-à-dire que je t’ai vue juste avant mon premier coup. Tu m’as souri puis tu as hurlé quand j’ai commencé à être frappé.

Elle fronça gravement les sourcils avant de baisser les yeux.

- C’est vrai, avoua-t-elle. Comme si j’avais vu une vision réelle de ce qui arrivait ! J’ai d’abord cru que tu étais dans le couloir à me regarder et j’en étais heureuse. Mais quand j’ai vu ensuite que tu étais ligoté avec un Turc qui levait son fouet vers toi, j’ai hurlé d’horreur. Et tu as disparu de ma vue. Je continuais à hurler à tue-tête que tu étais en danger, que tu te faisais battre et pire peut-être encore. Ma mère a été complètement épouvantée par mon comportement. Mais, heureusement, il y avait déjà eu des troupes parties à ta recherche dans la forêt. Maman et plusieurs personnes se sont demandé ce que j’avais à crier de la sorte, mais je me suis calmée au bout d’un instant, inexplicablement. Je pense que tes hommes t’avaient délivré et que je ne ressentais plus ta souffrance.

- Mais qu’est-ce que tu me chantes-là ? fit Vladislaus avec incrédulité.

- Vlad, mon chéri, nous nous sommes vus et ressentis comme une sorte de lien télépathique. Ça n’était encore jamais arrivé avant ! Je crois que nous avions tous deux senti que quelque chose n’allait pas et que quelque chose de surnaturel nous est arrivé. Je sais que tu m’as
vue, je l’ai très bien ressenti. Ne nie pas cela !

Il resta là à la fixer étrangement, comme ayant peur d’avouer quelque chose.

- Allez, dis-moi ! insista-t-elle.

- J’ai d’abord cru à une hallucination due à la terreur et la mort proche. Mais c’était alors réellement toi ! J’aurais pu glisser mes doigts dans tes cheveux. Il y a quelque chose qui nous lie. Je ne sais pas quoi, mais je le saurai un jour.

- Si je peux ressentir la peur et la douleur qui te ronge, même à des milliers de kilomètres, qu’adviendra-t-il si l’un de nous viendrait à mourir ?

Vladislaus eut des yeux épouvantés, se demandant ce qui se passerait.

- Je ne sais pas, dit-il.

Elle vint à l’étreindre avec une certaine crainte. Ils s’embrassèrent avec douceur et délicatesse jusqu’à ce qu’il grogne de douleur.

- Doucement, ma belle, dit-il. Ça fait mal.

- Oh, excuse-moi ! J’avais oublié ta lèvre et ta langue enflées.

- Ce n’est rien. Même de ta part, la douleur ne me fait pas souffrir et ne me blesse pas.

Elle eut un rire sous cette phrase quelque peu stupide mais non moins touchante.

- Je vais te soigner tes plaies. Elles suintent sans cesse de pus.
J’espère que tu ne feras pas d’infection.

Elle s’empara d’une serviette trempant dans une décoction pour l’essorer et la passer avec douceur sur le dos meurtri de Vladislaus qui grogna de douleur dans un soubresaut.

- Dieu, que ça brûle ! se lamenta-t-il.

La jeune femme déposa un doux et apaisant baiser sur sa nuque tout aussi blessée avant de reprendre sa tâche en fredonnant. Il grogna à plusieurs reprises lors de ses soins mais fut vite soulagé de ses maux. Elizabetha changea également le pansement à son poignet et désinfecta sa lèvre.

- Tu t’en sors bien dans les soins, dit-il avec une certaine admiration.

- J’ai passé quelques jours dans un endroit emplis de blessés quand j’étais encore en Angleterre. Il y a eu un accident, un mur qui s’était écroulé dans la construction d’une maison, et a écrasé plusieurs personnes. Les blessés ont été soignés avec l’aide de plusieurs aides, dont moi. C’est une tâche qui a duré plusieurs jours et je me suis habituée à cela. À vrai dire, j’ai aimé soulager les maux des ces gens. Ça fait du bien d’en apporter.

Il la fixa avec admiration et amour et se redressa pour venir à l’embrasser encore un fois. Leur baiser se fit plus ardent, sans pour autant manquer de cette délicatesse inexplicablement pure.

- S’il te plaît, laisse-moi te toucher encore une fois, murmura-t-il à son oreille.

- Pas ici, voyons.
Ma mère pourrait nous surprendre.

- Ferme la porte au loquet. Personne n’entrera.

Elle le regarda avec hésitation avant de se lever et aller verrouiller la porte. Elle vint ensuite à rejoindre Vladislaus en défaisant les attaches de sa robe qu’elle vint à retirer sous le regard enjoué et gourmand de Vladislaus. Ils se dévêtirent sous de tendres caresses et des baisers. Il ne se soucia même plus de ses douleurs bien qu’elles le faisaient encore souffrir. Mais leur étreinte si enivrante eut vite fait de les lui faire oublier. Tant bien que mal sous son corps meurtri, ils arrivèrent à s’unir encore une fois pendant longtemps sous les grondements de l’orage et le bruit de la pluie contre la vitre. Ils vécurent cet instant avec une prudence et une tendresse sans équivalent, comme pour faire en sorte à ce que leur union soit la plus douce et la plus parfaite possible. Comme si chacun de ces instants devait être inoubliable !

Elizabetha se réveilla doucement le lendemain matin. Elle se tourna doucement en gémissant vers Vladislaus dont elle toucha le front de ce dernier du sien par inadvertance, ce qui la fit sourire. Sous la couverture, elle pouvait sentir la main ferme de son bien-aimé posée avec chaleur sur son sein. Elle posa ses doigts sur ceux posés sur sa chair et ouvrit doucement les yeux. Les rayons du soleil avaient pris leur place entre les nuages de l’orage et laissaient de fines traînées de lumière entre eux dans une clarté dorée. Elle tourna les yeux vers Vladislaus toujours endormi, couché sur le ventre pour épargner ses blessures à son dos.

Elle était bien, dans une douce chaleur matinale contre le corps nu de son amant dont elle pouvait sentir la respiration lui caresser la peau de son cou et l’une de ses longues jambes passée en travers des siennes dans une étreinte agréable. Elle se laissa bercer dans ce moment encore un bon moment quand des coups la firent sursauter alors qu’elle s’était enfoncée dans une torpeur.

- Elizabetha ! fit la voix de sa mère tout en cognant.

La jeune femme hoqueta de terreur et écarta vivement la main de Vladislaus qui grogna dans son sommeil avant de refermer son étreinte sur elle.

- Elizabetha, tu es là ?

Cette dernière vint à secoua Vladislaus par l’épaule avec vivacité.

- Chéri, réveille-toi !

Ce dernier grogna encore sans pour autant ouvrir les yeux, apparemment à peine dérangé dans son sommeil lourd.

- Vlad, voyons ! insista la jeune femme en le secouant plus fort. Réveille-toi !

Il finit par bouger enfin en ouvrant les yeux.

- Quoi ? fit-il avec désagrément.

- Maman est derrière la porte, dit-elle tout bas.

- Elle va finir par partir, si tu ne réponds pas, dit-il en renforçant son étreinte.

- Elle va aussi se faire des idées à notre sujet, également.
Allez, laisse-moi m’habiller.

Avec un profond regret inexplicable à son âme, il vint à desserrer son étreinte pour la laisser se lever. Il la regarda se vêtir, profitant des dernières parties de son corps nu et gracieux avant qu’elle n’ait complètement enfilé sa robe. Elle coiffa ses longs cheveux noir d’ébène ondulés avant de se rapprocher de la porte dont la mère criait encore derrière.

- Oh, enfin ! fit cette dernière. Tu pourrais au moins répondre !

- Excuse-moi, je m’étais endormie.

- Je croyais t’avoir dit de ne plus t’approcher de cet homme.

- Il avait besoin de mes soins.

- Il y a des médecins dans ce château, ma chérie, c’est leur travail que de s’occuper des blessés, et non à toi.

- Maman, c’est mon ami d’enfance !

- Je ne veux pas le savoir ! Je ne veux pas à ce que tu ailles à tourner autour de lui, il pourrait te faire des avances. Et je ne veux pas te voir épouser un homme qui gouverne un pays en guerre. Tu y laisserais ta vie. Allez, viens !

Elle jeta un dernier coup d’œil empli de regret vers Vladislaus qui n’avait pas bronché, probablement pour ne pas trop élever les soupçons et jouer le malade endormi. Elle prit sa mère par le bras et sortit avec un air boudeur.

Il entendit la porte se refermer, telle la porte d’une prison qui le laisserait enfermé loin de sa belle dont il pouvait ressentir étrangement la peine, comme dans la forêt cette nuit. Il poussa un long et pénible soupir avant de refermer les yeux pour tenter de se rendormir, mais rien n’y fit. Il sentait une vague de manque près de lui, comme si Elizabetha devait être présente en permanence pour qu’il se ressente vivre. À croire que ça lui était vital ! Jamais il n’avait ressenti pareil sentiment de manque, même lorsqu’ils furent loin l’un de l’autre pendant quinze longues et interminables années. Même les milliers de lettres qu’il lui avait envoyées n’avaient pu assouvir ce manque qui était devenu bien plus fort depuis… depuis son union avec elle ! Certes, il avait ressenti ce manque pendant quinze ans, mais jamais aussi fort que jusqu’à maintenant.

Si je peux ressentir la peur et la douleur qui te ronge, même à des milliers de kilomètres, qu’adviendra-t-il si l’un de nous viendrait à mourir ? se souvint-il.

Il eut un certain haut-le-cœur épouvantable en repensant à cela. Non ! Jamais rien de cela n’arrivera ! Il fera tout pour la protéger. Une protection serrée lors de ses absences en campagne ou pour une bataille. Car s’il ressentait ce manque horrible, ce vide loin de sa présence, même si elle était à quelques mètres dans une autre pièce à côté, qu’allait-il donc ressentir une fois qu’elle viendrait à mourir ? Cela sera certes insupportable et cette envie de mourir à son tour le submergera probablement. Si nécessaire, si la menace des Turcs viendrait à être trop serrée et dangereuse, il l’emmènera loin de ce pays maudit, loin de tout, pour trouver un endroit paisible où la protéger et où l’aimer.
Fonder une famille avec elle, unir leur âme en un enfant. Même s’ils devaient à vivre dans la pauvreté, le bonheur que de vivre auprès d’elle sera la plus grande richesse qu’il n’aura jamais eue pour combler ses désirs et son cœur. Et tant pis pour ce pays qui tombait dans l’horreur ! Tant pis pour les Turcs ! Radu reprendra les rênes de ce pays s’il le désirait, mais en aucun cas il voulait mettre en danger sa belle Elizabetha. Et qu’adviendra-t-il d’elle si elle aussi viendrait à apprendre sa mort ?

Il se leva vivement sous cette pensée et se relaissa retomber entre les oreillers dans un cri de douleur horrible due à son dos.

- Bon sang ! grogna-t-il en mordant presque l’oreiller.

Plus doucement, et avec prudence, il se redressa pour se vêtir et rester torse nu pour éviter à ses vêtements de se coller à ses blessures suintantes. Il grogna de douleur en portant la main à son poignet et s’approcha du miroir pour voir dans quel état de tuméfaction était son visage et son dos. Il se pencha vers la glace et vit une énorme ecchymose sur son visage, probablement due au coup de trique dans la mâchoire qui l’avait désarçonné. Sa lèvre était enflée et douloureuse. Il tira la langue avec douleur et remarqua une longue et fine ligne saignante, ayant laissé les marques de ses propres dents sur elle. Il tourna le dos au miroir et vint à regarder ses blessures avec l’aide d’un miroir à main pour refléter l’image de son dos avec plus d’aisance. Sa chair était zébrée de lignes rouges et jaunies de pus, et complètement enflées.

Il reposa le miroir à main dans un froncement de sourcils de douleur et la porta à sa chaînette par réflexe, comme pour ressentir la protection et le réconfort du Christ. Mais son crucifix ne s’y trouvait plus et il eut un haut-le-cœur avant de baisser les yeux sur son torse. L’objet n’était plus là. Il fouilla dans sa mémoire et se souvint qu’il était tombé à ses pieds suite au à coup de fouet le plus douloureux qu’il avait ressenti. Un crucifix qu’il avait reçu à son baptême.

Il maugréa un juron et vint à ouvrir la porte de la chambre de soin pour scruter le couloir et se trouva nez à nez avec sa mère et son frère, accompagnés d’un médecin.

Chapitre suivant : Douleurs