In Libro Veritas

L'ange gardien du démon-tome 2 : Le Paradis et l'Enfer-1ère partie

Par Caroline Miftari

Cette oeuvre est mise à disposition du public sous un Contrat Creatives Commons (by-nc-nd)

Vous êtes en mode de lecture plein écran. Cliquez sur le lien suivant si vous souhaitez afficher la version classique de cette oeuvre

Table des matières
Que pensez vous de cette oeuvre ?

Le Paradis en Enfer

Dragulia eut un mal fou à s’endormir. Il était glacé ! Son mal de tête n’avait pas passé de la journée et il était courbaturé, son épaule blessée le faisait de plus souffrir. Malgré cela, il trouva enfin le sommeil au bout de deux heures à se tourner et à se retourner sans relâche.

Vladislaus ! fit la voix dans ses songes.

Il se réveilla en sursaut en écarquillant les yeux de terreur et se redressa vivement. Son souffle devint court et pénible, scrutant tous les recoins de sa tente. Il s’empara de son poignard près de sa couche, mais elle ne lui redonna pas son courage.

Un frisson glacial le parcourut et son mal de tête empira encore et il grogna de douleur.

Tue-le, mon beau prince !Il secoua sa tête en se bouchant les oreilles, mais la voix retentissait toujours.
Tue-le ! Profite de son sommeil pour le tuer !
Il secoua encore sa tête en maugréant de refus. Il laissa même tomber son poignard sur le sol.
- Laisse-moi ! Pourquoi fais-tu cela, Elizabetha ? Il peut nous aider !
Une divinité n’aide pas un démon. Il est sur terre que pour nous détruire. Il ne doit en aucun cas nous séparer ou nous serons malheureux pour l’éternité. Tue-le !
- Non ! Il peut nous réunir au Paradis, comme tu l’as désiré. Il me l’a promis !


La promesse d’un Archange tel que lui n’est que tromperie ! Jamais je n’irai là-haut, vers ce Dieu. Mon maître est désormais Lucifer, et il sera le tien lorsque tu me rejoindras en Enfer. Allez ! Tue-le ! Fais-le avant qu’il ne nous sépare !
     Dragulia ressentit une force invisible le plaquer contre sa couche et il ressentit son corps emporté de frissons glacials. Il n’arriva ni à se débattre ni à hurler de l’aide et il sentit alors son corps semblant s’embraser de l’intérieur encore une fois avant de se retrouver au milieu de flammes et de créatures monstrueuses. Il se pencha alors sur son poignard et se leva. Il marcha doucement vers la sortie de sa tente et s’approcha du feu où étaient étendus une quinzaine d’hommes. Là, étendu sur une couche, une créature divine, un Archange, était paisiblement endormi et lui tournait le dos.

Elizabetha apparut dans les flammes du feu de camp et pointa un doigt malsain vers le corps de la divinité avec un regard de braise et un visage démoniaque.

- Vas-y, tue-le maintenant ! Ouvre lui la gorge. Qu’il se vide de son sang.

Dragulia méprisa du regard l’être endormi à ses pieds et se pencha vers lui pour déposer la lame sur sa gorge. Et il hésita lorsqu’un nouveau murmure se fit entendre.
Qu’est-ce que tu fais ?
 
 
fit la voix à la langue étrange, calme et imposante. Ne me tue pas ou toutes tes chances d’aller au Paradis pour y attendre ta belle seront anéanties. Respecte son désir et laisse-moi en vie, que je puisse accomplir ma promesse que je t’ai faite.
- Qu’attends-tu ! grogna Elizabetha d’une voix repoussante.
Tue-le ! Reste auprès de moi. Tu as juré de me retrouver en Enfer, alors tue-le avant qu’il n’anéantisse ta promesse !
Ne l’écoute pas ! Ses paroles sont du poison là où elle se trouve. Elle est sous l’influence de Lucifer qui ne désire qu’agrandir son royaume de créatures démoniaques. Pense à ta joie, à la paix et à tout l’amour véritable que tu offriras à ta belle une fois que tu la retrouveras au Paradis.
Elizabeth grogna en voyant Dragulia laissant sa lame sur la chair de l’Archange Gabriel sans lui trancher la gorge. Elle devint monstrueuse de rage physiquement quand elle entendit la voix de la créature divine parler dans cette langue qu’elle ne comprenait pas.
Fais-moi confiance ! Je vous sauverai tous les deux de ce monde de flammes et de douleur. Regarde ta belle Elizabetha. Veux-tu vraiment la voir ainsi une fois que tu la rejoindras en Enfer ?
Dragulia leva les yeux vers cette dernière et remarqua sinistrement l’épouvantable image de sa belle qui avait fait ressortir ses atouts de démon.

- Non, ce n’est pas ce que je veux, dit-il en se redressant avant de lâcher son poignard. Je veux retrouver mon Elizabetha telle que je l’ai connue, et non en un monstre diabolique.

Les images de cette dernière, radieuse dans ses souvenirs, revinrent à son esprits. Son rire, sa beauté, ses regards, la douceur de sa peau, ses longs cheveux ondulés noirs entre ses doigts et la chaleur de son corps contre sa peau au milieu de maints baisers et de milles caresses aux murmures sans fin.

 Alors que là, il avait en face de lui une créature aux griffes et aux dents acérées comme des lames de rasoir, à la peau grumeleuse et rouge de flammes, les yeux embrasés de rage.

- Je ne te reconnais plus, ma belle. Laisse-moi !

Il baissa les yeux sur l’être endormi à ses pieds. Merveilleux, serein, encourageant et si réconfortant. Près de lui, la même bible dorée était posée sur le sol et dont le pages tournaient sans relâche.

- N’y touche pas ! s’enragea Elizabetha tous crocs dehors.

Mais il n’écouta pas et il s’accroupit près de l’ouvrage. Dans le lointain, des hurlements de loups résonnèrent, rebondissant comme dans une caverne. Il leva les yeux sur la créature démoniaque pour surveiller ses mouvements et il approcha ses doigts de la couverture du livre avec hésitation et crainte, sachant la douleur que cela lui infligerait. Il n’hésita plus lorsqu’il vit l’abominable monstre bondir des flammes du feu en rugissant de rage et il toucha vivement la bible. Il sentit la vive douleur de la brûlure en hurlant et il tomba assis dans la neige, le monde de feu et d’horreur disparaissant de sa vue autour de lui. Il plongea sa main brûlée dans la neige pour calmer la douleur et il jeta un œil sur la bible encore fumante. Les loups hurlaient à tue-tête d’une manière horrifiante.

Plusieurs soldats alertés par les cris se réveillèrent et les gardes approchèrent en courant. Gabriel se réveilla également et jeta un œil par-dessus son épaule et vit le Comte la main plongée dans la neige et sa bible fumante sur le sol, près de lui.
Il remarqua également le poignard. Il s’assied en fixant l’homme grognant de douleur et scrutant sa main brûlée. Les soldats entourèrent la scène sans comprendre. Dragulia croisa le regard de Gabriel et se leva aussitôt, emporté de malaise. Il pénétra vivement dans sa tente et sortit un nécessaire de soin pour soigner sa paume blessée.

La toile de sa tente s’écarta et Gabriel entra à son tour, le visage sévère. Le Comte croisa son regard dans ses soins avec épouvante et épuisement.

- Que vous a-t-elle commandé de faire ? demanda furieusement Van Helsinius.

- Fichez-moi la paix, Gabriel ! répondit sèchement le Comte en détournant son regard.

Il grogna de douleur en versant du désinfectant sur sa plaie vive sans rien révéler de plus à Gabriel.

- Donnez-moi ce bijou, prince, avant un accident !

Il s’approcha vivement d’un bon pas et obligea le Comte à se retourner vers lui avec furie. Mais Dragulia l’éloigna férocement et Gabriel sursauta en l’entendant grogner diaboliquement avec une lueur bleutée dans ses yeux et préféra s’éloigner sans le lâcher des yeux.

- Allez-vous-en ! hurla le Comte.

Gabriel préféra obtempérer avant que le possesseur ne se réveille dans le corps de Dragulia qui pourrait à nouveau tenter de le tuer une nouvelle fois. Il préféra attendre à ce que le calme soit revenu dans la tente pour y pénétrer et faire ce qu’il avait en tête.
Mais hors de question à ce qu’il s’endorme à nouveau en devinant l’acte involontaire du Comte sous le joug du démon qui l’habitait et qui aurait pu le tuer.

Il se pencha et ramassa le poignard dans la neige. Gáspár vint près de lui avec un regard questionneur et respirant d’incompressibilité.

- Que s’est-il passé, capitaine ?

- Il est plus sage de ne rien vous en dire. Mais je ne crois pas que votre Comte arrive intact jusqu’à Brasov.

- Quoi ? s’épouvanta le capitaine du Dragon. Mais comment cela ? Est-il malade ?

Gabriel ne fit qu’acquiescer avec un regard grave et embarrassé.

- Il ne pourra continuer ainsi. Il nous faut retourner à Vaseria au plus vite.

- Mais le roi…

- Je me fiche du roi ! s’écria Gabriel sans en dire plus. Nous repartirons à l’aube pour le château, sans discussion ! Retournez à votre poste.

Sur ce, il se dirigea vers la tente du Comte et risqua un œil à l’intérieur. Il vit l’homme recroquevillé dans un coin, tremblant de tous ses membres. Van Helsinius pénétra doucement dans l’abri et Dragulia releva des yeux épouvantés puis encouragés et réconfortés vers lui. Gabriel murmura des mots divins réconfortants en s’approchant doucement. Il vit les yeux lumineux et bleus du Comte qui ne le lâcha pas du regard. Gabriel ne cessa pas de murmurer doucement et il tendit la main avec prudence vers le bijou autour du cou du Comte qui ne broncha pas.
Alors qu’il allait s’en saisir, un violent rugissement menaçant le fit sursauter, s’emparant du visage du Comte pour le tordre d’horreur diabolique avant de reprendre les traits tirés de terreur de l’homme.

Gabriel n’insista pas et se rapprocha de Dragulia en murmurant des mots toujours aussi sereins et vint à l’étreindre pour l’encourager, tel qu’un Archange savait le faire. Puis il se leva et s’empara d’une bougie qu’il bénit dans sa langue divine et la flamme eut un rebond sur elle-même dans une lumière argentée. Une chose que Gabriel n’avait encore jamais accomplie dans cette vie, mais dont il connaissait l’efficacité protectrice très puissante.

Sans cesser de murmurer, il vint à déverser la cire en un grand cercle tout autour du Comte et tournoyant plusieurs fois sur lui-même en écartant les bras pour les rejoindre au-dessus de sa tête dans son mouvement, sans lâcher la bougie. Il déposa cette dernière près de Dragulia dans un nouveau murmure d’encouragement. Le Comte sembla se calmer doucement cessant de trembler. Après quoi, Gabriel se redressa et s’approcha de la couche pour s’emparer de la couverture. Il donna un dernier coup d’œil sur le Comte qui vint à s’étendre sur le tapis au fond de sa tente et le couvrit délicatement avant de sortir. Avec ce qu’il venait de faire, il devrait passer une nuit des plus sereines.

***

Dragulia courut tout son soûl entre les rochers pour échapper à la créature qui le coursait sans relâche. D’autres de ces bestioles, plus capricieuses, l’entouraient avec des morceaux de chair humaine entre les doigts et les dents.
Ils ne le perdaient pas de vue en espérant tout aussi bien goûter à lui.

- Vladislaus ! reprit la voix si lugubre d’Elizabetha.

Mais où était donc passé cette voix si enchanteresse et si douce ? Où étaient passé ses chants si mélodieux et son rire si pétillant ? Et elle, où  était-elle donc passée à travers ce corps si monstrueux ?

Tout en courant à perdre haleine, il fit un faux pas et s’écroula sur le sol avant de glisser le long d’une courte pente et se retrouver dos à un rocher qui ne le brûla pas, bien qu’il soit fumant de chaleur. Les créatures qui le chassaient disparurent de sa vue, tout comme Elizabetha. Mais il était toujours emporté de terreur et il se recroquevilla dans son coin pour vouloir paraître plus petit et espérer disparaître. Il n’avait vu aucun objet divin traîner sur le sol ni même vu l’être si beau et réconfortant à voir et à toucher.

Les hurlements de douleurs et les coups de fouets lui cinglaient les oreilles sans arrêt et il se les boucha en commençant à murmurer des prières en latin.

- Vladislaus ! entendit-il à nouveau.

Il regarda frénétiquement tout autour de lui et vit le démon d’Elizabetha apparaître au sommet de la pente sur laquelle il avait dégringolé, et la vit descendre lentement vers lui. Il réprima un frisson monstrueux en la voyant s’approcher pas à pas et lui envoyer un sourire des plus horribles, faisant apparaître des dents aussi tranchantes que des lames de rasoir.
Il regarda encore autour de lui pour trouver une issue et fuir, mais il semblait avoir atterri dans une sorte de petit gouffre sans aucun moyen de sortir, sauf par la pente.

Elizabetha s’approcha de plus en plus jusqu’à se retrouver à quelques mètres de lui et elle tendit la main pour espérer le toucher.

- Viens à moi, mon beau prince.

- Laisse-moi ! fit-il d’une voix tremblante de terreur. Que vas-tu me faire ?

- Tu le sauras lorsque tu seras avec moi. Touche ma main et tu découvriras tout ce qui se passe ici, et nous serons réunis pour toujours.

Dragulia secoua frénétiquement la tête sans la lâcher des yeux et il se colla dos au rocher, voyant les doigts d’Elizabetha se rapprocher. Elle cessa son mouvement en se retournant et Vladislaus regarda derrière elle et il sentit le réconfort et l’encouragement revenir en voyant quelque chose. Le démon Elizabetha se mit à grogner à l’approche de l’être qui s’approcha pas à pas dans des murmures divins. Il tendit la main vers elle en lui frôlant la gorge comme pour vouloir l’étrangler, mais elle rugit de rage avant de s’éloigner et disparaître de leur vue.

L’être se rapprocha de lui avec toute sa splendeur, lui réchauffant le cœur et l’encourageant encore plus. Ses grandes ailes et son halo lumineux si apaisants le firent cesser de trembler et il reprit confiance en lui. L’être vint à s’accroupir à ses côtés avec un visage radieux et ouvrit grands ses bras dans des murmures sécurisants pour l’inviter à venir s’y réfugier.
Dragulia céda à l’invitation et se laissa étreindre. Il se sentit nettement en sécurité, les murmures aux paroles divines lui réchauffant le cœur et apaiser sa peur. Il cessa de trembler en s’enivrant des senteurs célestes qui s’émanaient avec fraîcheur du corps de son gardien. Il leva les yeux sur la pente où il pouvait encore voir la silhouette devenue si monstrueuse de sa belle qui les regardait avec mécontentement en grognant de rage, entourée de toutes autres bestioles tout aussi éprouvantes à l’âme.

- Ne me laissez pas, par pitié ! supplia Dragulia en détournant le regard des démons en se recroquevillant bien plus contre son protecteur.

L’être divin lui répondit dans sa langue divine en lui assurant qu’il ne lui arrivera rien. Il restèrent encore ainsi jusqu’à ce que le Comte cesse de trembler et l’être se releva sous l’épouvante de Dragulia.

- Ne partez pas ! supplia-t-il encore.

Mais l’être tourna vers lui son visage radieux dans un sourire confiant.

- Je ne vais pas vous laisser sans protection, dit-il en sa langue divine.

Sur ce, il écarta les mains de son corps qui s’embrasa de feu, ce qui fit sursauter Dragulia. Mais ce feu semblait ne pas être de la même nature que celui que l’on trouvait dans cet endroit si répugnant. Au contraire, il était apaisant et redonnait une certaine énergie encourageante. Les créatures démoniaques reculèrent sous la vue des flammes divines en grognant. L’être se mit à tracer un cercle de feu sur le sol tout autour de Dragulia et de lui-même.
Il se plaça ensuite au centre en s’accroupissant, les bras écartés et se releva aussitôt en tournoyant comme une toupie en joignant ses mains au-dessus de lui, créant ainsi une sorte de dôme de flammes de protection tout autour de lui. Une fois terminé, le feu l’entourant disparut et les flammes qui formaient le dôme changea d’aspect pour laisser place à un paysage somptueux chargé d’arbres magnifiques et d’herbe grasse et fraîche. Dragulia vint à toucher cette dernière et se rendit compte que ce n’était pas une hallucination. La fraîcheur d’un vent léger et parfumé caressa son odorat et les chauds rayons du soleil lui flattèrent la peau.

L’être divin se tourna encore une fois vers lui pour s’accroupir et lui murmura ses mots étranges.

- Tu ne crains plus rien ici, dit-il. Réjouis-toi de ce paysage inoffensif qui est une petite partie du Paradis privée aux âmes troublées et ayant besoin de réconfort et d’apaisement. Les êtres qui se trouvent de l’autre côté de cet endroit ne peuvent pas t’atteindre et tu ne les entendras pas non plus hurler de rage contre toi. Tu es en sécurité. Tu peux te reposer ici aussi longtemps que tu veux. Lorsque tu te réveilleras de ton paisible sommeil, tu seras à nouveau en compagnie des tiens, sur terre. Fais confiance à Gabriel et laisse-le t’aider à te tirer de cette possession qui te ronge, même si tu dois accomplir un geste que tu ne désires pas. Sinon, tu reviendras sans cesse ici et tu risques d’y rester pour l’éternité. Endors-toi, maintenant. Repose-toi, enfant de Dieu.

Sur ce, il se leva et marcha dans toute sa splendeur loin du Comte pour disparaître parmi les arbres. Dragulia regretta ce départ, mais il se sentit plus en sécurité et toute sa crainte disparut. Il leva les yeux au ciel et vit des moutons de nuages rosis et orangés par le soleil glisser dans le vent. Il s’allongea ensuite dans l’herbe grasse et fraîche pour s’endormir dans un sommeil sain et paisible, le cœur léger.
      

Chapitre suivant : Trop tôt pour la croyance