Des aides utiles à un Ange
Il entra en trombe dans la chambre en poussant la porte avec brutalité.
- Gabriel ! hurla-t-il complètement paniqué.
Il stoppa en voyant Sörös se retourner dans un sursaut à son arrivée brutale et Baxter aboya même contre lui en s’avançant, tout crocs dehors. Dragulia stoppa et vit Van Helsinius assis sur son lit, enveloppé dans une serviette.
- Qu’est-ce qui se passe ? fit ce dernier avec inquiétude.
Dragulia reprit son souffle en voyant que Sörös avait juste aidé Gabriel à sortir du bain.
- Oh, rien, dit-il. J’ai cru que Sörös avait quitté son poste et qu’un intrus s’était introduit dans votre chambre. Et vu que vous ne voyez rien, j’ai pensé au pire.
- Je ne quitte jamais mon poste pour la survie de quelqu’un, quoiqu’il en coûte ! grogna Sörös quelque peu contrarié. Baxter, au pied !
Le chien obéit et vint à s’asseoir près de lui.
- Y a quoi ? fit une petite voix familière.
- Ce n’est rien, Maria, rassura Gabriel. Ce n’est que le Comte qui se fait des frayeurs. C’est la première fois que je vous vois paniquer de la sorte pour moi.
Dragulia se racla la gorge avec embarras.
- Euh… je n’aimerai pas à savoir mon père me tenir responsable de votre insécurité, s’il vous arrivait malheur.
Il vit Gabriel froncer les sourcils sous cette excuse qui lui parut peu plausible.
- Bref ! Je suis fatigué et je m’emporte. Nous devrions tous dormir. Sörös, vous restez en poste derrière sa porte ?
- Pourquoi la mienne alors que celle du roi est pourtant plus importante, comme la vôtre ?
Un silence embarrassé tomba sur le Comte.
- Euh… Bien entendu que les nôtres seront également gardées. Je désignais Sörös, car il semble vous être assez fidèle comme soldat. Je vous laisse Maria comme garde du corps, cette nuit ?
- Pas de problème, répondit Gabriel.
- Youpi ! fit la petite en venant sauter dans les bras de Van Helsinius.
- Aïe ! Doucement, j’ai mal partout. Il faudra cesser de me sauter dessus pendant un certain temps.
La petite acquiesça gentiment et descendit calmement de ses genoux.
- Je vous souhaite bonne nuit, dit le Comte. S’il y a un problème, prévenez-moi.
- Je pense que ça va aller, rassura Gabriel. Ne vous inquiétez plus pour moi.
- D’accord.
À demain, dans ce cas.
- À demain.
La petite courut jusqu’à Dragulia et s’accrocher pour l’énième fois à ses jambes.
- Fais-moi un bisou, dit-elle en tendant ses petits bras vers lui.
- D’accord. Un bien mouillé comme tu sais le faire.
Il se pencha sur la fillette pour déposer un baiser mouillé sur la petite joue et elle ria de dégoût avant de le rendre à Dragulia.
- Bonne nuit ! chantonna-t-elle avant de rejoindre Gabriel.
Ce dernier s’allongea sous les couvertures et Sörös et Dragulia sortirent.
- Je serai derrière votre porte, capitaine, dit le soldat avant de fermer cette dernière. Je vous laisse Baxter.
- Ouais ! s’extasia la petite. Chouette !
Elle vint à gratter maladroitement le chien derrière les oreilles avant de se jeter à nouveau dans le lit.
- Raconte-moi une histoire !
Gabriel grimaça sous la demande.
- Oh non, pas maintenant, je suis très fatigué. J’ai en plus très mal à la tête. J’ai mal dormi et j’ai besoin d’une bonne nuit de sommeil. Une autre fois, si tu veux bien.
Sur ce, il ferma les yeux. La petite ne protesta pas, ayant promis à Vladislaus de laisser Gabriel tranquille s’il le demandait. Elle vint à se blottir sous les couvertures à son tour contre lui et tous deux s’abandonnèrent au sommeil.
Elle fut réveillée le lendemain de bonne heure et elle ouvrit ses grands yeux bleus sur le visage de Dragulia qui lui sourit.
- Allons-nous chercher ce cadeau pour Gabriel ? murmura-t-il. Il va probablement vouloir se lever, aujourd’hui.
La petite acquiesça et se frotta les yeux, encore ensommeillée. Elle tourna les yeux sur Gabriel qui dormait à point fermé. Ils sortirent sans bruit et le Comte emmena la fillette hors du château pour la faire monter à cheval dans la cour après l’avoir chaudement habillée.
- Il est beau, ton cheval ! s’époustoufla-t-elle en voyant le bel étalon noir.
- Merci, princesse, dit-il. Il vient d’Espagne. Je l’ai acheté avec sa maman quand il était encore un tout petit poulain.
- Comment y s’appelle ?
- Il s’appelle Piton Luzel.
- C’est bizarre !
- Oui, ça l’est pour certains, mais pas pour moi, dit-il en la mettant à cheval. C’est le nom que porte un démon. Il est responsable de l’isolement et de ce besoin de solitude qui pousse les êtres à se couper de tout contact avec les autres personnes. C’est pour cela que j’ai appelé mon cheval ainsi.
- Pourquoi ?
- Parce que Piton Luzel m’aide à m’isoler au loin quand j’ai besoin moi-même de solitude.
Je fais des longues promenades avec lui quand j’en ressens le besoin. N’est-ce pas, compagnon ?
Il vint à donner de bonnes tapes sur son cheval qui s’ébroua et lui caresser le museau avant de monter.
- Allons-y ! dit-il en faisant avancer Piton Luzel.
***
Gabriel se redressa en sursaut dans un cri de panique en battant l’air des mains pour « éloigner » son agresseur inexistant. Il reprit son calme en se rendant compte qu’il était toujours allongé dans son lit et se frotta les yeux qui le brûlaient atrocement.
- Bon sang ! grogna-t-il.
Il écarta les couvertures et se rendit compte dans son mouvement que la petite Maria n’était plus près de lui. Il fouilla le lit de la main, ne voyant toujours pas, mais ne trouva pas la gamine. Elle avait dû descendre pour le petit déjeuner ou, au pire, le déjeuner, suivant la durée de son lourd sommeil. Il sentit son estomac crier famine et cela lui fit assez mal, probablement dû à ses vomissements ensanglantés. Peut-être que le fait de boire un peu d’infusion lui fera du bien.
Il tendit la main vers sa table de nuit pour la fouiller et toucha une fiole. Il sursauta en ramenant sa main à lui quand il sentit quelque chose de gluant et froid lui renifler la peau.
- Baxter ! fit-il. Dieu, tu m’as fait une peur bleue.
Tout de suite, le chien vint à poser ses pattes avant sur le lit pour venir lui lécher le visage. Gabriel ria et le repoussa légèrement avant de lui parler dans sa langue divine.
- Allons ! Montre-moi plutôt une fiole d’infusion, s’il te plaît.
Le chien descendit du lit et il l’entendit renifler avant qu’il ne sente quelque chose se poser sur ses genoux. Gabriel porta les mains à l’objet et reconnut une fiole.
- C’est très bien, Baxter ! Tu auras droit à une friandise aussitôt que je pourrai à nouveau marcher.
Le chien dressa les oreilles et fixa Gabriel, semblant avoir compris. Van Helsinius ouvrit la fiole et vint à boire quelques gorgées si fruitées de la potion. Il chercha ensuite une serviette sur la table et l’imbiba un peu de la médecine avant de se la passer sur les yeux qui lui brûlèrent moins qu’avant. Il se sentait bien mieux qu’hier et il avait envie de marcher malgré ses douleurs musculaires.
Il s’assied sur le bord du lit et commença à fouiller ce dernier des mains, à la recherche de ses vêtements.
- Baxter, aide-moi à trouver mes vêtements, dit-il en sa langue.
Sur sa demande, seules ses bottes lui arrivèrent.
- Ben voyons ! Et où qu’ils ont mis le reste ?
Pensant à sa maladie, il pensa tout de suite que ses vêtements avaient probablement eu besoin d’un bon nettoyage.
- Sörös ! cria-t-il.
Immédiatement, la porte s’ouvrit sur le costaud soldat.
- Oui, capitaine ?
- Amenez-moi des vêtements dans ma penderie, s’il vous plaît.
- Vous allez mieux ? demanda Sörös en s’approchant du meuble.
- Oui, ça va. Mais j’ai les yeux qui brûlent et je ne vois toujours rien ! J’ai encore mal à l’estomac, également. Mais je crois que manger me fera du bien.
Il attendit quelques instants et Sörös vint à lui donner des vêtements directement entre ses mains.
- Voilà, dit-il. Besoin d’aide ?
- Non, ça ira. Merci.
- À votre service. N’hésitez pas à m’appeler si vous en avez besoin.
- Oui, bien sûr. Au fait ! Savez-vous où est partie Maria ?
- Le Comte est venu la chercher tout à l’heure pour descendre au village.
- Oh, d’accord. Bien, vous pouvez sortir. Encore merci.
Il entendit la porte cliqueter et il fit de son mieux pour se vêtir. Une fois fait, tant bien que mal, il essaya de se lever après avoir noué ses hautes bottes. Ses jambes douloureuses semblèrent avoir retrouvé une certaine force mais faiblement.
- Éclair mon chemin, Seigneur, dit-il stupidement avant de se mettre à marcher, les bras tendus devant lui.
Il manqua de s’écrouler sur la table basse couverte d’encens et de bougies au milieu de la pièce pour ses méditations et la contourna en la touchant des mains. Pas à pas, il marcha mais il lui sembla perdre toute direction. Il désirait s’approcher du Christ pour le prier de lui rendre la vue mais il se retrouva à toucher le sofa qui était à trois mètres sur Sa droite.
- Ben voyons ! C’est un début. Mais au moins je sais dans quelle direction aller pour Te rejoindre.
Du pied, il heurta quelque chose sur le sol, sous le sofa. Intrigué, il se mit à genoux et s’empara de l’objet qu’il tâta. Il reconnut la gravure de sa bible sur sa couverture.
- Que fais-tu ici, toi ? fit-il avec stupéfaction.
Il s’assied sur le sofa avec une certaine maladresse pour se demander comment elle avait bien pu atterrir ici. Il ne se souvenait pas l’avoir lue ici. Probablement qu’il l’avait fait avant son amnésie due à son empoisonnement. Il la serra contre son cœur dans un murmure en priant quand la porte s’ouvrit à la volée.
- Gabriel ! fit la petite voix toute réjouie de Maria qu’il entendit trotter jusqu’à lui.
Oh, tu t’es levé, enfin ! Ça va ?
- Oui, ça va, rassura-t-il avec le regard scrutant le vide. J’ai mal aux yeux et j’ai faim. J’ai envie de marcher aussi. Mais je ne vois rien !
Il entendit le pas du Comte qu’il pouvait entendre suffoquer sous un nouvelle course derrière la gamine et tenter de reprendre son souffle.
- Je vous jure, dit-il en soufflant. Les marchés avec les femmes ne sont plus de mon âge !
Gabriel rit sous cet aveu ridicule.
- C’est parce que vos poumons ont encore besoin de temps. La gangrène après une pluie de flèches et un coma ne sont pas recommandés pour eux. Mais ça devrait s’améliorer avec le temps.
- J’espère !
- J’ai trouvé des cadeaux pour toi, Gabriel ! s’extasia fièrement Maria. Tiens !
Elle lui tendit un petit paquet dont il s’empara alors qu’il pouvait entendre le Comte s’effondrer sur le fauteuil non loin.
- Vous allez bien, prince ? s’enquit Gabriel.
- Oui, ça va. Je suis juste un peu essoufflé. Elle court vite !
- Ouvre ! fit la petite sans se soucier du Comte « mourant ».
- Comment vais-je savoir ce que c’est ? Je suis aveugle.
- Tu sauras.
Gabriel eu un sourire confiant et déballa le paquet puis il s’esclaffa.
- Mais qu’est-ce que c’est ?
Il tâta encore cet objet tout moelleux et devina sa forme en sentant ce qui semblait être une paire d’ailes. Touchant encore, il put sentir une chevelure de laine, des bras et des jambes sous une petite aube de coton. Son sourire s’élargit encore davantage en ayant deviné.
- C’est un ange, dit-il.
- Oui ! cria de joie la petite en sautillant. On l’a trouvé sur un banc au marché. Je l’ai appelé Gabriel.
Un rire embué de larmes se dessina sur le visage de Van Helsinius.
- Ben quoi ? s’enquit la petite. Ça ne te plaît pas ?
- Au contraire, ça me touche énormément, se reprit-il en tâtant encore le jouet. Il sera mon gardien.
Un large sourire réjoui éclaira Maria de mille feux avant qu’elle ne lui tende autre chose.
- Encore ? fit-il.
- Ça t’aidera à voir où tu vas.
- Vraiment ?
Il s’empara d’un objet long, en bois, au bout recourbé.
- Oh, une canne d’aveugle ! fit-il. Quelle bonne idée ! Merci pour cette délicate attention.
- Y a ton nom gravé dessus.
Il laissa glisser sa main sur le bois et put, en effet, ressentir les lettres de son nom.
- Oh, c’est vrai.
- Cela m’a coûté deux fois plus cher, car nous n’en avons pas trouvé avec le vôtre, dit le Comte. L’artisan à dû le faire graver sous la pression de la petite.
Gabriel pouffa de rire.
- Merci d’avoir offert de votre argent pour moi.
- Bah ! La canne peut vous aider mais le jouet vous sera d’aucune utilité.
- Eh ! fit Maria avec colère. Il a dit que ce sera son ange gardien !
- Il le sera seulement s’il est béni, s’amusa Gabriel.
La petite tourna des yeux étranges sur lui.
- Pourquoi ?
- S’il faut que j’aie la protection de sa part, il doit avoir la bénédiction de Dieu. Car pour l’instant ce n’est qu’un jouet. Mais une fois qu’il aura reçu une bénédiction, il sera un vrai ange gardien.
- Y va être vivant ? s’époustoufla-t-elle.
- Non, rit le Comte. Il fera bouclier contre les mauvaises choses qui en voudront à Gabriel. En plus, comme il a la forme d’un ange, son pouvoir sera décuplé.
- Ah ouais, je vois ! Faut trouver le prêtre.
- Gabriel saura le faire, il est bien calé là-dedans et reconnu par Dieu.
- Vous croyez ? fit l’intéressé avec étrangeté.
- Euh… se rendit compte Dragulia de sa nouvelle bévue. Ce que je veux dire c’est que vous croyez tellement en Dieu et que vous avez sauvé tellement de Ses enfants que vous pouvez être capable de bénir cette poupée. Gabriel, ce n’est que chimère, cette histoire. Faites plaisir à la petite.
- Je vais la faire bénir par le prêtre, dit-il. Ensuite j’irai manger quelque chose. Je meurs de faim !
Il se leva et Maria vint à lui prendre la main comme pour le guider. Il enserra la poupée à sa ceinture et s’empara de la canne pour commencer à balayer son chemin devant lui pour commencer à avancer sans assurance. Il toucha avec elle la table basse de méditation avec satisfaction.
- Ah ! Te voilà, toi ! Maudite table basse. Ta canne va m’être très utile, Maria.
La petite sautilla de joie pour ce plaisir et ce service offert aux frais du Comte qui se mordait déjà les doigts sous ses prochaines paroles mal pensées. Il se devra de faire attention à l’avenir. Mais à croire qu’une force mystérieuse le poussait à avouer son méfait même s’il prenait garde à ce qu’il disait.
Chapitre suivant : Un petit gardien pour un Ange