États d’alertes
Le Chérubin hurla de surprise en voyant le visage de Gabriel se pencher au-dessus du nuage derrière lequel il était caché.
- Je t’ai trouvé ! fit l’Archange. Dis-moi où sont les autres.
- Tu peux voler ! fit le Chérubin avant de prendre son envol.
Gabriel se remit à chercher les autres mais sans aucun succès.
- Je vous jure que si vous utilisez votre don d’invisibilité, j’arrête de jouer, cria-t-il avec prévenance.
Aucune réponse ne lui parvint et il se remit à chercher entre les nuages, mais il ne vit absolument personne.
- Bon sang, mais où ils sont ?
Il chercha bien vingt minutes quand finalement il retourna dans le Jardin pour voir s’ils n’étaient pas tous retournés là-bas. À part les Anges qui prenaient du bon temps sur la pelouse et dans les bassins, il ne les vit pas.
- Bon, je laisse tomber ces enfantillages.
Pégase arriva vers lui et vint à fourrer son museau dans ses cheveux avec gaieté.
- Oh, mon fidèle compagnon. Où sont passé Hariel et les petits ?
Le cheval remua légèrement la tête en signe d’ignorance.
- Bah ! Tant pis pour eux. Ils m’ont lâchement abandonné pendant leur partie alors je vais aller manger quelque chose.
Tu viens ?
Il vint à marcher entre les arbres pour trouver ceux portant des fruits et Pégase disparut de sa vue alors qu’il cueillait une orange. Il l’entendit hennir au loin.
- Pégase ? dit-il en se penchant quelque peu pour scruter entre les arbres.
Le Cheval Ailé hennit à nouveau, comme paniqué. Gabriel pensa tout de suite aux Angelots qui étaient à nouveau en train de l’embêter. L’animal cria presque de terreur et soudain il réapparut en coup de vent au galop près de Gabriel qui s’écarta vivement pour ne pas être piétiné.
- Hé là ! Mais qu’est-ce qui te prend ?
Il s’envola jusqu’à lui et vint à le calmer en le stoppant, lui offrant quelques caresses réconfortantes.
- Mais qu’as-tu vu ?
Pégase s’ébroua nerveusement, faisant virevolter sa belle crinière cristalline, avant de faire un pas hésitant vers l’endroit d’où il était revenu au galop.
- Tu veux me montrer quelque chose ?
Pégase se tourna vers lui avec un regard presque apeuré et Gabriel le rejoignit.
- Allons voir ce qui te fait si peur. Tu ne crains rien au Paradis, pourtant, à part les Angelots qui passent leur temps à nous embêter et faire des farces.
Il passa une main réconfortante et encourageante sur la crinière de Pégase et il marcha à ses côtés jusqu’à l’endroit qui avait effrayé l’animal. Il déboucha sur la grande pelouse verdoyante où une fontaine représentant Adam et Ève enlacés ornait l’endroit. Il regarda aux alentours et ne vit rien.
- Il n’y a rien, dit Gabriel à Pégase qui ne bougea plus de là en secouant la tête et retenant l’Archange par sa tunique. Allons, il n’y a rien de méchant et de diabolique au Paradis, nous le saurions. Tu as dû avoir peur de quelqu’un qui t’a effrayé par inadvertance. Je vais aller voir.
Alors qu’il fit un pas, Pégase l’attrapa par la lanière de sa gibecière pour lui éviter d’avancer.
- Allons, lâche-moi ! Je suis certain que ce n’est rien de grave.
N’arrivant pas à se dépêtrer de Pégase, il retira sa gibecière qui resta dans la gueule de Pégase avant d’avancer vers la fontaine. Par plus de prudence, il se servit de sa télépathie pour tenter de repérer quelconque intrus dans les parages. Il se servit également de sa vision perçante pour scruter entre les feuilles des arbres mais il ne vit rien, à part les petites Fées faisant leur sieste.
Alors qu’il levait les yeux, il étouffa un cri en voyant un filet s’abattre sur lui et il se sentit renversé sur le sol avant de se débattre.
Des rires et des cris de gloire se firent entendre et il fut entouré par bon nombre de créatures ailées et infantiles.
- On l’a eu, on l’a eu ! s’extasia le voix d’un Chérubin. Regarde, Hariel, on l’a eu !
- Merveilleux ! fit la voix enchantée de la jeune femme Ange. Bon travail, les petits.
Elle vint à se poser près de Gabriel avec toute sa grâce et ils nouèrent le filet pour ainsi y enfermer Gabriel qui se débattait encore.
- Laissez-moi sortir, par Dieu ! Qu’est-ce qui vous prend ?
Hariel s’accroupit près de lui dans un rire.
- Oh, du calme, c’est une idée des Chérubins. Ils voulaient te faire une farce. Et Pégase était également dans le coup.
Gabriel roula des yeux amusés vers le Cheval Ailé qui s’approcha en battant l’air de sa queue, sa gibecière toujours dans sa gueule.
- Toi, tu ne perds rien pour attendre, ria Gabriel qui le menaça du doigt. Bon, puis-je sortir maintenant ?
- Non ! crièrent les Angelots et les Chérubins à tue-tête.
- Pourquoi ?
- Parce qu’ils ont envie de te torturer un petit coup, dit Hariel.
- Ah, non ! s’épouvanta l’Archange en se débattant bien plus. Pas les chatouilles, par pitié ! J’en ai assez de ça ! La dernière fois, j’ai ri pendant une semaine de nervosité.
Hariel fit la moue en haussant les épaules.
- Allez donc faire subir cela à quelqu’un d’autre, c’est toujours moi qui m’y colle, cria Gabriel pas du tout enthousiasmé.
- Juste une petite fois, supplia un Chérubin. Après nous te laissons tranquille.
- Non, non, je ne suis pas d’accord !
- Mais nous aimons tellement t’entendre rire, dit un Angelot.
- Faites-moi rire mais autrement.
- Alors nous allons essayer autre chose. On va jouer de ta trompette.
- Alors ça, non ! Personne ne touche à ma trompette.
Il porta la main sur cette dernière en or accrochée à sa ceinture pour la protéger.
- Tous sur lui ! cria un Chérubin avant de se jeter sur Gabriel, suivi des autres pour commencer à chatouiller l’Archange qui cria et ria furieusement en se débattant.
Hariel se mit également de la partie et s’appropria la trompette en poussant un cri victorieux en la tenant au-dessus de sa tête.
- Je l’ai ! fit-elle.
- Hé ! se récria Gabriel qui tenta d’écarter les petits Anges. Tu n’as pas le droit d’y toucher.
- Allons, je vais te la rendre.
- Donne-la-nous ! firent les Chérubins et les Angelots en se désintéressant de Gabriel qui tenta de se dépêtrer du filet.
Donne-la-nous, allez ! On veut y jouer.
Hariel écarta la trompette de leur portée avec gravité.
- Doucement, là ! Vous savez que c’est quelque chose de très précieux. Il ne faut pas la casser.
- Rends-la-moi, Hariel !
- Je ne la leur laisserai pas, ne t’inquiète pas, rassura Hariel.
- Mais on veut y jouer ! Sa musique est si douce.
- De toute manière, elle ne marche qu’avec moi, dit Gabriel d’un ton déjà triomphant. Et vous le savez.
- Oh oui, c’est vrai, se plaignirent les petits. Nous avions oublié. Mais tu n’en joues presque jamais.
- Normal, elle ne me sert que rarement lors de mes missions et sonner certaines gloires importantes pour dire à Dieu que ses messages les plus importants sont un succès. Elle me sert également à jouer des louanges pour la gloire de Dieu quand Il a accompli quelque chose de formidable. Je ne veux pas à envoyer un faux message pour vous, cela Le rendrait peut-être furieux. C’est pour ça qu’il n’y a que moi qui peux en jouer. Donne-moi ça, Hariel !
Il tendit la main vers la jeune femme qui s’approcha pour lui rendre la trompette qu’il remit à sa ceinture.
- Bon, est-ce que je peux enfin sortir maintenant que vous avez échoué ?
- Nous devons te punir pour avoir été un peu méchant, dit un Angelot avec un doigt prévoyant.
Les chatouilles !
- Ouais ! crièrent les autres avant de s’abattre sur lui.
- Non ! cria Gabriel en se tortillant sur lui-même au sol pour tenter de se protéger.
Et il subit la pire des tortures que l’on puisse vivre au Paradis sous les rires d’Hariel qui fut fort amusée sous le spectacle en battant des mains.
Quelqu’un vint à se poser vivement près d’eux et elle leva les yeux.
- Michel ? fit-elle en cessant de rire.
- Vous pouvez me dire ce que vous faites ? dit ce dernier.
Les petits Anges cessèrent leurs chatouilles sur Gabriel qui reprit son souffle avec soulagement et ils s’écartèrent de lui.
- Oh, Dieu soit loué ! fit Gabriel en voyant son sauveur. Merci, Michel.
- Que fais-tu dans ce filet ? gronda l’Archange.
- Ils m’y ont enfermé pour me torturer.
- Ils n’ont rien à faire avec ces filets, ils appartiennent à la garde. Sors de là !
Michel se pencha vivement sur le filet qu’il dénoua et Gabriel en sortit.
- Tu es pire que les Chérubins et les Angelots, grogna Michel.
- C’est Dieu qui m’a donné cette nature, je n’y peux rien, protesta Gabriel.
Que viens-tu faire ici, je te croyais à Massada ?
- Oui, mais je crains que les choses s’aggravent. Dieu nous demande tous. Les autres sont déjà presque tous à La Cité de Dieu et toi tu joues.
- Eh bien, je viens, pas la peine de te fâcher ainsi. Je n’en savais rien de tout cela, moi.
Il se leva et épousseta ses vêtements, Pégase lui rendant sa gibecière qu’il remit autour de ses épaules.
- C’est valable pour toi aussi, Hariel, dit Michel en se tournant vers elle.
- C’est si grave ? demanda-t-elle avec inquiétude.
- Les Romains sont presque arrivés à Massada et ils sont lourdement armés. Ils vont tenter de récupérer leur cité et ils seront probablement sans aucune pitié. Nous allons voir ce que va décider Dieu pour ce problème. Dépêchons !
Et il prit son envol pour rejoindre les autres Anges qui quittaient le Jardin d’Eden pour le Nord. Gabriel regarda Hariel avec inquiétude.
- Allons-y, dans ce cas, dit-il avant de prendre son envol à son tour, suivi de la jeune femme et des petits Anges.
Ils rejoignirent le vol pour en rejoindre d’autres venant de divers endroits du Ciel, prévenus par les autres Archanges. Une fois à La Cité de Dieu et au palais de Ce dernier, Gabriel quitta Hariel pour rejoindre leur Seigneur aux sièges qui se trouvaient près de Lui, en compagnie des Séraphins.
Dieu les regarda arriver avec gravité et se mit à déambuler dans la grande salle pour scruter presque chaque visage de son peuple. Seuls les Âmes n’étaient pas présentes, sauf celles ayant décidé de servir leur Dieu et le peuple du Paradis. Tous étaient éparpillés ça et là et attendaient impatiemment les paroles de leur Dieu. Ce dernier se tourna alors vers ses Archanges et regarda à nouveaux tous les autres avant de parler.
- La situation à Massada va être délicate, dit-Il. Les Romains avancent et armés jusqu’aux dents. Ils seront sans pitié pour les Sicaires qui ont pris leur cité en l’an soixante six. Ils sont beaucoup plus nombreux et bien mieux armés. Nous devons leur venir en aide.
- Pourquoi ? fit une voix perdue dans l’assemblée. C’est leur faute, non, s’ils sont dans ce pétrin ?
- Il y a des femmes et des enfants parmi tous ces gens, des réfugiés apeurés ! cria haut et fort le Seigneur. Des innocents ! Voilà la raison de notre intervention. Mais maintenant, Flavius Silva compte récupérer la cité par tous les moyens qu’ils soient. Éléazar, le descendant de Judas le Galiléen, qui défend Massada contre les Romains, ne voit plus aucun espoir pour tous ceux venus trouver refuge auprès de lui, suite à l’envahissement romain. Il est de notre devoir de les protéger. Je sais qu’ils avaient mal fait en agissant de la sorte il y a sept ans mais des innocents ont peur. Et d’après Michel, mon dévoué Archange défenseur des hommes et du peuple, m’a fait parvenir que le peuple préfèrerait mourir de leurs propres mains plutôt qu’entre celles des Romains. Ils décideront le suicide collectif si tout espoir est vain.
Des hauts murmures se firent entendre dans la foule.
- Nous ne pouvons permettre cela ! insista hautement Dieu pour faire taire l’assemblée. Je ne permettrai pas à Lucifer de s’approprier d’autres âmes pour peupler son royaume et envenimer la Terre. Car il doit probablement planer au-dessus de Massada pour ainsi donner le désespoir aux Zélotes et aux Sicaires. Il faudra peut-être même le combattre en même temps que les Romains s’il vient défendre ce qu’il veut. C’est pour cela que je demande l’aide à beaucoup d’entre vous. Anges, Archanges, Centaures ailés et non ailés et Chevaux Ailés. Soyez prêts à partir cette nuit pour Massada. Mais je n’oblige personne.
Il se retira vivement de la grande salle et Michel vint à le rejoindre.
- Pardonnez-moi, Seigneur ! Mais Gabriel est-il indispensable ?
Dieu s’arrêta brusquement et lui fit face avec rage, au point que le couloir où ils se trouvaient s’assombrit.
- Oui, il sera très indispensable, surtout là-bas ! gronda-t-Il tel le tonnerre. Et il sera une défense au cas où des serviteurs de Lucifer ou Lucifer lui-même viendraient à effrayer et décourager la population. Il sera leur bouclier. Et je ne veux plus t’entendre râler à son sujet ! Gabriel à ses fonctions, tout comme toi tu as les tiennes, et tu te dois de les respecter. Je l’ai créé pour les soutiens, les encouragements, la joie, mais aussi la force pour les hommes qui perdent espoir face au mal. Il a, contrairement à ce que tu penses de lui, la plus lourde tâche à accomplir.
Donner des coups est facile contre l’ennemi, mais le plus dur est de préserver le moral et l’espoir aux victimes de la guerre. Aucun n’est mort au suicide de désespoir dans aucune bataille que vous avez affrontée grâce à lui. Bon nombre seraient morts de peur sans lui. Accepte-le et tu verras que tout ira bien malgré la menace de suicide des Zélotes et des Sicaires. Gabriel saura leur faire retrouver l’espoir et vous gagnerez. Va !
Il s’éloigna et Michel le regarda faire. Certes, pour cette bataille, il avait raison. Il fallait quelqu’un pour préserver l’espoir du peuple zélote et Gabriel avait été créé pour l’espoir. Mais qu’il tienne son rang sur cette bataille-là ou la population mourra et lui sera puni. Il espéra également que Lucifer prendra peur de lui-même, l’Archange Michel, et de son armée pour l’éloigner des gens.
Il rejoignit la grande salle principale où toutes les créatures présentes parlaient encore fortement entre elles de la situation. Il s’approcha de Gabriel qui discutait avec ses confrères Archanges et Hariel.
- Gabriel, ta tâche à Massada risque d’être ardue, lui dit-il. Si Lucifer plane peut-être sur la cité, il te faudra être vigilant, car il peut influencer des gens au suicide. Garde-les sous ton aile, rassemblés, et protége-les.
- Je sais quelle est ma tâche, Michel, dit Gabriel.
- Oui, mais là, Lucifer risque de nous malmener. Des démons seront peut-être dans les rues de la cité, alors fais aiguiser ton épée.
Hariel eut des yeux comme des soucoupes.
- Comment va-t-il s’en sortir seul au cas où ces démons venaient à les attaquer pendant que nous serons sur le champ de bataille ? fit-elle.
- Il a sa trompette, non ?
- Elle ne sert pas à la guerre, protesta Gabriel.
- Eh bien, prends autre chose ; un cor, un carillon, ta voix ou ce que tu veux, mais tu devras nous prévenir en cas d’ennui, que l’on puisse intervenir.
- Je combattrai Lucifer, si je le dois.
- Non ! Ton travail est de protéger la population de Massada et non de combattre les démons. Je m’en chargerai, j’ai déjà combattu Lucifer, mais toi tu en serais incapable ; tu n’as jamais levé ton épée.
Sur ce, il s’éloigna vivement pour se plonger dans le tube du toboggan. Gabriel, quant à lui, resta de glace sous la mauvaise foi de Michel envers lui.
- Si je ne sers à rien dans une bataille, autant rester ici ! grogna-t-il.
Il vint à s’asseoir sur son siège près du trône de Dieu avec une certaine haine.
Chapitre suivant : L’arrivée à Massada