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L'ange gardien du démon-tome 2 : Le Paradis et l'Enfer-1ère partie

Par Caroline Miftari

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Table des matières
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Jeu des sentiments

Quelque chose lui chatouilla le nez le lendemain, ce qui le réveilla doucement. Il ouvrit les yeux et se trouva face à l’une des petites Fées des saisons, dont Hiver, toute cristalline, lui chatouillant le nez avec gaieté et rire, accompagné d’un petit courant froid hivernal.

- Oh, bonjour, toi, dit-il d’une voix encore ensommeillée avant de se frotter les yeux en s’asseyant.

Quelque chose remua sur sa tête avant de s’envoler. Il sentit alors les dernières chaleurs et l’odeur de l’automne dans un petit courant frais. La Fée Automne vint se poser sur son genou pour s’y asseoir. Les deux dernières petites Fées, Printemps et Été, étaient également là, virevoltant autour de lui. Toutes étaient vêtues selon les saisons qu’elles représentaient et faisaient naître, couronnées de fleurs, de feuilles rousses, de cristaux de glace ou encore de feuilles vertes. Leurs petits vêtements avaient également les couleurs similaires à leurs saisons, des couleurs douces printanières, du roux d’automne, d’un blanc bleuté d’hiver et d’un vert feuille d’été. Même leurs petites odeurs les identifiaient à leur saison respective.

Gabriel les avait toujours connues depuis le jour où elles furent créées. Elles venaient souvent le réveiller le matin sous des petites chatouillent comme maintenant et des rires. Pégase vint à enfoncer à nouveau son museau dans ses cheveux pour lui dire bonjour et Gabriel le caressa doucement.

- Je me lève, j’arrive. Nous allons aller à La Cité de Dieu pour voir s’Il a quelque chose pour moi aujourd’hui.

Il se leva alors et s’étira en grognant avant de se vêtir calmement. Une fois prêt, il quitta ses appartements en effectuant un plongeon dans le vide avant d’ouvrir grand ses ailes, suivi de Pégase. Il prit directement la direction du Ciel Nord pour se rendre dans La Cité de Dieu et entra au palais.

Michel était déjà de retour et semblait discuter ferme avec Le Seigneur. Gabriel resta à l’entrée et attendit patiemment que leur conversation soit terminée pour s’avancer doucement. Puis il s’inclina bas devant Dieu qui posa des yeux satisfaits sur lui.

- Que désires-tu, Gabriel ? demanda-t-Il avec un sourire.

Michel se tourna à son tour vers son confrère.

- Y a-t-il quelque chose pour moi ? demanda sereinement Gabriel tout disposé.

- Non, hélas, répondit Dieu. Nous sommes trop occupés sur ce qui concerne Massada. Les Romains avancent et je doute qu’ils n’y aillent pas de main morte sur les Zélotes. Je suis trop occupé par la situation pour préparer le moindre message pour mes Messagers. Tu es libre de faire ce que tu désires de tes journées jusqu’à ce qu’un événement sérieux concernant Massada se déclare. Va et profite de te détendre.

Quelque peu déçu, Gabriel s’inclina à nouveau devant son Seigneur en Le saluant.

Michel regarda à nouveau Gabriel comme si Lucifer en personne marchait sur les dalles du palais pour se rendre au toboggan d’envol et y disparaître gracieusement. Son Maître intercepta son regard peu approbateur.

- Qu’as-tu donc contre Gabriel ? demanda-t-Il avec agacement.

- Je trouve juste que sa présence lors des batailles nous est absolument inutile. La plupart du temps, il ne se bat pas. Il ne fait que rester auprès des assiégés des villages à jouer avec les enfants et aider les vieillards.

- C’est sa fonction en temps de guerre : rassurer les victimes et leur redonner courage et espoir. Il leur livre ces messages par le cœur. Mais s’il avait à se battre, il le fera aussi rudement qu’un Dragon et tu sais qu’il peut être très fort s’il devait à sauver et protéger des vies humaines.

- Je ne l’ai jamais vu à l’œuvre en ce qui concerne cela.

- Sans doute n’en a-t-il encore point eu besoin. Nos armées sont fortes et indestructibles. Tu diriges tellement bien les batailles que Gabriel n’a pas besoin d’y intervenir.

- Si nous sommes si forts et que les gens ne risquent rien, il est inutile dans la population et serait bien plus salutaire sur le champ de bataille si ses pouvoirs sont si grands. Qu’il nous aide au moins ! Vous avez donné toute Votre force dans son âme et il ne s’en sert pas pour nous aider lors des combats.

- C’est assez ! Tu sais que ma force est l’amour, et c’est ce qu’il donne en temps utile ! Il viendra avec vous à Massada si cela doit l’être et rassurer la population zélote.
Va-t’en et tiens-moi au courant le plus possible. Allez !

Il fit un vif geste de la main comme pour chasser un insecte mais lui offrit quand même un sourire amical et d’encouragement. Michel s’inclina bien bas et vint à disparaître par le toboggan.

Gabriel se cacha vivement en voyant Michel prendre son envol, ayant quelque peu espionné la conversation qu’il avait eue avec Dieu alors qu’il avait entendu son nom dans le tube du toboggan. Il s’était alors posté sous ce dernier pour écouter les échos. Il ne remercia point Michel de sa confiance envers lui, au fond de lui-même. Pourtant, jamais il ne s’était senti inutile nulle part, tant que Dieu lui confiait la mission qui lui était propre dans une bataille.

Bah ! Michel pouvait penser ce qu’il voulait de lui, mais lui-même désirait plus que tout combattre de temps à autre et vivre de véritables émotions fortes telles que celles-ci.

Il regarda Michel s’éloigner dans le ciel pour se diriger ensuite vers la Terre et prendre la direction de Massada. Pégase vint à lui, tout content, en s’ébrouant toujours aussi joyeusement.

- Allons au Jardin d’Eden pour prendre un bon bain en compagnie de nos amis, dit Gabriel. J’ai du temps devant moi.

Sur ce, ils se dirigèrent alors dans le Ciel Ouest pour déboucher à l’endroit prévu.

Le Jardin d’Eden était verdoyant et paisible. Bon nombre de créatures venant de toutes les cités du Ciel venaient à s’y reposer et passer des temps merveilleux. Il survola le Jardin pendant un temps pour trouver un endroit agréable où se poser près de l’un des bassins qui regorgeaient d’Anges, Angelots et de Chérubins qui jouaient entre eux comme des petits fous joyeux.

Son cœur fit un bond dans sa poitrine et le fit soudainement sourire en voyant Hariel en tenue légère et entrant paisiblement dans l’un des bains avec des congénères. Aussitôt, il vint à se poser auprès d’elles.

- Bonjour à vous ! fit-il gaiement.

- Oh, regardez qui va là, s’extasia l’une des Anges. L’Archange Gabriel en personne ! Venez nous rejoindre.

Gabriel sentit ses joues s’empourprer en voyant Hariel le regarder avec supplice et voyant sa peau rose traversant son aube légère sans pour autant dévoiler quoi que ce soit, bien qu’il en devina les dessins.

- Je ne veux aucunement vous déranger dans votre détente, se défendit-il.

- Mais vous ne nous dérangez aucunement, prince, dit l’une des femmes qui s’avança. Avec tout le monde qui s’y baigne vous ne serez pas plus dérangeant que les autres.

- Allez, viens ! supplia encore Hariel.

- Non, avec tout mon attirail, je risque de couler.

Les filles s’esclaffèrent gaiement.

- Nous ignorions que Dieu avait fait de l’Archange Gabriel un grand timide.

- Je ne le suis pas ! C’est juste que… Euh…

- Tu as des messages ? demanda Hariel avec une certaine déception.

- Non, rien pour le moment. Dieu est très concentré sur la situation de Massada.

- Alors venez ! insista l’une d’elles.

- Non, je préfère aller dans un autre bassin, celui-ci étant quelque peu bien peuplé.

Les trois jeunes femmes passèrent un regard autour d’elle.

- Il n’y a presque personne dans celui-ci, dit l’une au doux nom de Néamiah. Venez ! Cela fait très longtemps que l’on ne vous a pas vu au Jardin d’Eden.

- Non, je ne pense pas que ce soit sage. Je vais plutôt aller m’allonger sous le soleil d’Actéon* et rêver un peu. Je vous souhaite un bon bain de détente à toutes.

Alors qu’il allait s’éloigner, il se sentit soudain poussé vers le bassin et fut plongé dans l’eau cristalline qui étouffa son cri de stupeur. Il refit aussitôt surface en s’agitant et secouant sa chevelure trempée avant de regarder vers ceux qui avaient osé lui faire pareille farce. Il vit toute une petite équipe d’Angelots et de Chérubins riant comme des petits fous en s’accrochant entre eux, tout comme ceux qui avaient vu le spectacle.

- Je m’en doutais ! sourit méchamment Gabriel avec amusement.

__________
* Cheval de l’aube rayonnante tirant le char de Hélios.
Voyez, je suis complètement trempé !

Mais personne ne s’en soucia et riait encore d’un rire plus amusé et poli que méchant et grossier. C’était chose courante que de se faire pousser dans l’eau par les Angelots et les Chérubins quand des Archanges ou des Anges venaient à taquiner timidement les jeunes femmes dans leurs bains. C’était une chose qui était déjà arrivée à Gabriel mais cela faisait maintenant un bon siècle que cette farce ne lui avait pas été décernée. Mais jamais la colère n’avait pris le dessus sur les farces, sauf si elles étaient vraiment de très mauvais goût.

- J’aurais dû me méfier, grogna quelque peu Gabriel avec un sourire en détachant la sangle de son épée accrochée à son dos pour la poser sur le bord du bassin. Eh bien, puisque je suis mouillé, autant en profiter pleinement.

Il retira tout ce qui était encombrant, épée, gibecière, jambières, etc. Il ne laissa que sa cabade pour éviter aux jeunes femmes anges trop coquines à venir l’embêter, et avant tout garder sa dignité, et il profita sagement de l’eau si limpide et à la température si agréable.

Hariel, toute heureuse, vint à lui avec joie et s’accrocha à son cou pour lui donner un nouveau baiser sur la joue. L’eau dans laquelle était plongé Gabriel sembla bouillir tout autour de lui sous ce geste et tous purent voir avec gaieté son halo de lumière s’illuminer encore plus. Hariel plongea son regard dans le sien avec délice avant de le lâcher. L’Archange ne put que la fixer passionnément sous les œillades de ceux présents autour d’eux et se détourna en sentant leurs propres regards trop lourds d’amour à supporter.

Ils restèrent ainsi paisiblement à barboter agréablement quand les Chérubins et les Angelots vinrent à se battre entre eux dans des grands éclats de rire, éclaboussant en même temps les Anges qui grognèrent de mécontentement. Ils se décidèrent à changer d’endroit, mais Hariel vint à monter sur le dos de Gabriel avec gaieté en s’accrochant à lui comme jamais. Sous la bousculade, Gabriel perdit son équilibre et coula avant de remonter à la surface, bien qu’ils eurent pied dans le bassin. Hariel éclata d’un rire joyeux avant de s’accrocher à nouveau à son cou avec entrain, ce qui le fit reculer jusqu’au bord où elle le garda prisonnier en l’y gardant plaqué. Leurs visages se frôlèrent alors et Gabriel crut sentir les lèvres de la jeune Ange effleurer les siennes par inadvertance mais sans les toucher. Ils restèrent à nouveau ainsi à se fixer un long moment, Hariel ayant enroulé ses bras autour de son cou. Il lui sourit tendrement avant de l’étreindre contre son cœur sans pour autant lui donner de baiser, ne s’y osant pas encore.

Il grogna au bout d’un moment et relâcha la jeune femme qui ne le lâcha pourtant pas à son tour.

- J’ai une aile légèrement douloureuse contre le rebord, dit-il. Ça me fait un peu mal.

Hariel s’écarta enfin avec un petit sourire et Gabriel remit son aile en place avec soulagement.

- Ça va mieux, dit-il. Elle était légèrement mal repliée.

Elle eut encore un sourire encore plus beau quand deux Angelots vinrent à sauter dans l’eau auprès d’eux, ce qui les éclaboussa assez pour s’obliger à sortir, agacés par ses enfantillages.

Une fois sortis, Gabriel et Hariel firent battre leurs grandes ailes, faisant virevolter le surplus d’eau dans leurs plumes. Il ramassa ses affaires pour éviter à ce que les petits Anges aillent à les cacher pour jouer et ils vinrent à s’étendre dans l’herbe tendre et grasse du Jardin, auprès d’autres Anges qui prenaient des bains de soleil et se séchant. Il se laissa tomber sur le dos en étalant ses grandes ailes sur le sol. Hariel vint à s’asseoir près de lui, gracieuse comme jamais, ses boucles dorées trempées collant à son front et à ses épaules.

- Dieu qu’il est bon d’avoir un peu de repos, dit Gabriel avec un soupir.

- Le repos, ce n’est pas ce qui nous manque le plus au Paradis.

- Oui, je sais, mais cela fait du bien quand même !

Hariel ria doucement.

- Pourtant, toi, l’Archange Gabriel, a moins de messages à livrer que les Messagers de Dieu qui doivent livrer et recevoir toutes sortes de prières.

- Je n’y peux rien. Dieu m’a créé ainsi. Que veux-tu que j’y fasse ? Toi-même as beaucoup de temps pour toi, comme nous tous ici. Nous avons l’Éternité pour accomplir des prouesses et des miracles.

- Mais l’Éternité est bien longue sans quelqu’un qui sache t’aimer, dit-elle avec un regret amer dans la voix en s’amusant avec les volants de son aube.

Gabriel tourna les yeux vers elle avec ce même regret.

- Eh bien, qu’est-ce qui t’empêche de céder à cela ?

- Je ne sais pas. Je connais bien quelqu’un mais il ne déclare pas ses sentiments pour moi.

Gabriel reçut comme une dague en plein cœur.

- Tu as quelqu’un en vue et que tu aimes en secret ? demanda-t-il avec mélancolie.

Elle tourna ses beaux yeux bleus sur lui avec un sourire étrange et acquiesça. Gabriel se redressa alors, abasourdi.

- Est-ce que je peux savoir qui sait ? demanda-t-il avec le ton le plus neutre possible.

- Je ne sais pas si c’est une bonne idée que je te le dise. Et puis j’ignore s’il ressent réellement quelque chose pour moi.

« Tu sembles troublé. Est-ce que ça va ? Cette nouvelle te choque-t-elle ?

- Eh bien… je ne sais pas.

Il s’allongea sur le ventre en s’appuyant sur les coudes et regarda au loin, dans la foule de créatures, pour savoir qui aurait pu s’emparer du cœur d’Hariel qu’il aimait comme un fou. Il se mit à se plonger dans ses pensées en tripotant les plumes de son aile qu’il avait ramenée devant lui au-dessus de sa tête.

Voyant son air préoccupé, Hariel s’approcha un peu plus de lui. Sans dire un mot, elle vint à appuyer doucement sa tête contre son épaule et Gabriel put aisément respirer son odeur si douce qu’un autre prenait peut-être aussi un réel plaisir à faire.

Sans crier gare, une nouvelle bande de Chérubins vinrent à embêter Gabriel, accompagnés d’Angelots tout aussi joyeux. Ils vinrent à tirailler les ailes de l’Archange avec des rires et des supplices infantiles.

- Viens jouer !

- Non, laissez-moi, je ne suis pas d’humeur.

- Allez, Gabriel ! Tu es notre préposé. Viens jouer, juste un moment. Allons jouer à saute-mouton avec les nuages.

Ils tiraillèrent encore vivement ses ailes dans de grands éclats de rire et des conjurations interminables et bruyantes. Bah ! Après tout, cela ne pourrait que lui changer les idées que de jouer un peu avec cette petite équipe de petits Anges.

- C’est entendu, dit-il en retrouvant sa gaieté avant de se lever. Mais nous jouons à cache-cache au milieu des nuages au-dessus du Jardin d’Eden.

- Oh non ! fit un petit Chérubin. Tu as des ailes bien plus grandes que nous et c’est toujours toi qui gagne. Jouons à saute-mouton !

- Non, car vous êtes sans arrêt des troupes à me sauter dessus et cela me fait mal aux ailes. C’est les nuages qu’il faut sauter, et non moi. Nous jouons à cache-cache, un point c’est tout.
La dernière fois que nous avons joué à saute-mouton vous m’avez littéralement arraché les plumes d’une aile et j’ai eu mal pendant trois jours. Jouons à cache-cache et c’est tout, c’est moi le chef.

- D’accord ! Mais c’est toi qui compte le premier.

- C’est d’accord.

- Tu comptes jusqu’à cent. Et interdit de tricher ! Interdit d’utiliser tes pouvoirs de télépathie pour nous retrouver ou ta vision perçante à travers les nuages.

- Vous avez la parole de l’Archange Gabriel, s’inclina-t-il.

- Alors, allons-y ! s’extasia un Chérubin avant de prendre son envol. Vas-y, compte !

Tous les petits Anges s’envolèrent et Gabriel les regarda s’envoler avant de détourner les yeux pour ne pas voir leurs cachettes. Il baissa les yeux sur Hariel avec un air presque implorant.

- Tu veux jouer ? demanda-t-il.

- Tu te comportes comme un Angelot, rit-elle. Mais pourquoi pas ?

Elle déploya ses grandes ailes chaleureuses et vint à rejoindre les Chérubins et les Angelots qui s’esclaffèrent de joie en voyant la jeune femme les rejoindre au jeu. Gabriel vint à s’appuyer le front sur son bras contre un arbre près de lui et se mit à compter jusqu’à cent.

Chapitre suivant : États d’alertes