RETOUR VERS ERRET
Au petit matin, en même temps que L’ARC-EN-CIEL,la belle se réveille.
Ouvrant les yeux, dans un demi sommeil,
qu’aperçoit-elle ?
Eh bien,
un lutin magicien lui tient la main,
avec sur ses épaules, une jaquette,
sur son nez, des lunettes en forme de bicyclette
et sur sa tète, une casquette violette.
Il lui dit :
- As-tu bien dormi ma jolie ?
As-tu fait de beaux rêves, aussi ?
Que désires-tu pour ton petit déjeuner ?
Demande ce que tu veux,
car tout te préparer,
je le peux !
DONNELAVIE, nullement étonnée,
après l’avoir salué,
commande un copieux petit déjeuner.
- Pour commencer j’aimerais,
un grand bol de chocolat au lait !
Ensuite, du miel finement étalé
sur deux grandes tartines de pain beurrées !
Un œuf dur,
de la confiture de mûres,
du jambon, du saucisson,
une salade de cresson aux petits lardons.
Et pour finir…
- Et pour finir ?
Demande le lutin prêt à taper dans ses mains.
- J’aimerais bien un civet de lapin !
- Tout ça tu vas manger ?
demande le lutin prêt à parier.
- Oui ! Un sou je te parie que oui !
- Soit ! Qu’il en soit ainsi !
Bon appétit DONNELAVIE !
Le lutin tape dans ses mains
et hop ! Apparaît le festin.
DONNELAVIE telle une ogresse,
dévore tout sans qu’il n’en reste un bout.
Et le lutin en est quitte pour un sou.
Après avoir fait sa toilette, DONNELAVIE prend congé du magicien en le remerciant d’une gracieuse révérence. Elle descend le grand escalier qui mène à la cour du manoir, où l’attendent celles sur lesquelles elle fonde ses espoirs. La reine lui fait signe de la rejoindre et lui dit :
- Es-tu prête, DONNELAVIE ?
- Je le suis, Fée des Etoiles ! Il me tarde de retrouver ERRET ainsi que ceux qui m’y attendent.
- Nous n’en doutons pas ! A présent, organisons notre départ pour ta planète.
Un joyeux brouhaha s’installe dans l’assistance, Fée des Etoiles réclame le silence afin d’indiquer à chacun la place qui sera la sienne pendant le voyage.
- Mes sœurs, ainsi que sept anges, prendront place dans le Grand Chariot. Moi, je serai sur mon Elan aux bois d’or tandis que DONNELAVIE nous précédera avec ENOZO. Surtout, ne pas oublier les croissants offerts par la lune pour pallier aux petites fringales, car je la connais, elle pourrait se vexer !
- Pourquoi sept anges, fée des Etoiles ?
- C’est un secret pour l’instant ! Tu le découvriras plus tard, lorsque nous serons sur Erret.
Allez, mettons-nous en route, maintenant !
Le signal du départ est donné par un ange soufflant dans un grand coquillage à la sonorité ronde et chaude, semblable à celle d’un cor d’harmonie. Une conque.
Le cortège enchanté s’engage sur la voix lactée, en direction d‘une planète habitée par des zombies en sursis. Elle tourne à l’envers ; son nom : ERRET. A moins que des sauveurs n’arrivent à temps pour donner au soleil la réponse à sont énigme, ses habitants sont voués à une fin inéluctable !
Toutes les planètes saluent le départ. Les étoiles, les constellations, les galaxies. Toutes, sauf les jalouses, cela va de soi !
- Bon voyage ! Bon voyage et bonne chance, DONNELAVIE ! crient-elles à leur passage.
Elles sont heureuses à la pensée que cette petite sœur meurtrie va renaître, que cette petite boule va enfin pouvoir reprendre sa place dans l’univers, qu’elle va recommencer à valser et tourner autour du Soleil, comme une reine, comme avant.
Même le soleil, que Vénus tente en vain d’influencer de ses mauvaises ondes, souhaite au fond de son cœur la réussite de l’expédition.
Eh oui ! Le soleil a un cœur, lui aussi ! Même qu’en ce moment il est gros et qu’il pleure ! Mais attention, quand le Soleil pleure, ses larmes sont comme la lave des volcans : ERRET en sait quelque chose, d’ailleurs !
Comme il a fière allure, ENOZO, avec sur son dos sa belle cavalière, emmitouflée dans sa crinière. Quel honneur pour lui d’être le premier, d’être le «guide». DONNELAVIE ne peut dissimuler sa joie, elle rit et chante à tue-tête.
Dans une vaporeuse robe blanche, vient ensuite, assise sur son élan, la reine Fée des Etoiles. Un voile rose tissé au paradis par des hirondelles couvre sa tête. Suit enfin, constellé d’étoiles, le chariot des fées tiré par quatre licornes aux sabots de cristal et à la corne d’ivoire. Tel un albatros, il glisse sur le vent guidé par les anges. Son avant en forme de galoche, sa couleur pourpre et ses filets d’or le font ressembler au traîneau du Père Noël. Deux magnifiques lanternes vénitiennes aux vitres multicolores, scintillent de part et d’autre du siège des conducteurs, de plus petites illuminent chaque travée où se tiennent sur les banquettes de velours vert foncé, toutes les fées. Elles sont bien sagement assises, habillées d’une grande robe de satin jaune. Un long chapeau marron et pointu, enveloppé d’un voile de soie transparente, coiffe leur tète. Elles font penser, ainsi plantées sur leur siège sans bouger, à un bouquet de tournesols en plein été.
Le merveilleux cortège avance comme suspendu par un fil sur la Voie Lactée, des cigognes formant un V volent gracieuses de chaque coté.
A son arrivée devant le portail, CERBERE le dragon, sortant à peine de son sommeil, se frotte les yeux et commence à bâiller. Attention ! Un dragon qui bâille, c’est danger ! Le soleil aurait-il omis de l’avertir ? Aussi, avant que l’incorruptible gardien ne pose ses brûlantes questions, Fée des Etoiles envoie-t-elle les trois anges experts en « Bonne nuit » pour qu’ils interviennent. Une bonne pincée de poudre à endormir dans chaque œil et hop ! «Redodo » monsieur dragon !
DONNELAVIE n’a cessé de penser aux siens depuis son départ pour la lune, elle n’a pas oublié un seul instant le but de son voyage. Les Erretiens non plus d’ailleurs, car suite à l’espoir suscité, sans aucune nouvelle de leur chère envoyée, l’inquiétude et la crainte ont pris la place à l’enthousiasme de son départ. Le grand chef, MARCHE EN AVANT décide donc de convoquer les chefs, les sous-chefs ainsi que les responsables de chaque clan.
- Mes amis ! leur dit-il, le moment est grave car nous sommes sans nouvelles de
DONNELAVIE ! Depuis combien de temps est-elle partie? Quelqu’un l’a-t-il mesuré?
- Oui, Grand Chef ! Moi ! répond un MARCHE SUR LES MAINS.
- Alors, combien ?
- J’ai totalisé les tours effectués par les TOURNENT EN ROND.
- Alors ! Combien cela fait-il ?
- Ça fait deux fois vingt-quatre tours. Grand Chef !
- Deux fois vingt-quatre tours ! Mais encore, MARCHE SUR LES MAINS ? Sois plus précis !
- Deux fois vingt-quatre tours, ça fait quarante-huit tours, Grand Chef !
- Déjà quarante-huit tours ? Comme le temps passe !
N’ayant plus de jour, plus de nuit, plus de montre et donc plus d’heures, les ERRETIENS ont décidé d’utiliser les TOURNENT EN ROND en guise d’horloge. Explications :
- Pendant que les TOURNENT EN ROND, tournent ! les T’AS LA TETE EN BAS, comptent ! Les tours sont ensuite additionnés par les MARCHENT SUR LES MAINS, lesquels se font un devoir de répondre, au quart de tour, à qui leur demande. Exemple :
- Il est deux tours et quart ! Ou bien : il est sept tours et demi ! Ou bien encore : il est vingt quatre tours moins un quart, docteur SCHEITZER ! Quant aux SAUTENT SUR UN PIED, ils sautent d’un pied sur l’autre les fractions de quart de tour. Un tour correspond à une heure, un pied à une minute, une pointe de pied à une seconde. Il n’y a là rien d’extraordinaire ! Enfin, pas pour eux…. !
Ainsi les MARCHE EN AVANT et les MARCHENT EN ARRIERE savent, au pied près, avec plus ou moins de retard ou d’avance, quel tour il est. C’est selon l’humeur ou l’état de fatigue des TOURNENT EN ROND !
Certes cela peut paraître « Chadockiens !* » Mais ça fonctionne ! La preuve :
« Ça fait quarante huit tours que DONNELAVIE est partie !
C’est un MARCHE SUR LES MAINS qui l’a dit !
Combien de tours cette attente va-t-elle encore durer ? Ce n’est pas la nourriture qui leur manque car de la poussière, il y en a, même trop !
C’est l’eau ! Bien que protégées du soleil par la lune, leurs réserves s’épuisent et bientôt, ils n’en auront plus. Sans eau, la poussière n’est pas digeste.
Des vigies T’AS LA TETE EN BAS et MARCHENT SUR LES MAINS sont désignées pour scruter le ciel sans relâche. Des veilleurs TOURNENT EN ROND, sont chargés de surveiller les vigies, pour le cas où celles-ci manqueraient à leur tâche. Plus tard, après plusieurs tours de TOURNENT EN ROND, un petit point lumineux, grossissant à vue d’œil, apparaît dans le ciel.
- Grand Chef ! Grand Chef ! s’écrit une vigie vigilante.
- Que se passe-t-il, MARCHE SUR LES MAINS ?
- J’aperçois enfin quelque chose dans le ciel et cette chose avance vers nous, à toute vitesse !
- Et qu’est-ce que c’est ?
La chose est maintenant bien visible, MARCHE SUR LES MAINS peut en distinguer les formes.
- On dirait des extra-ERRESTES, Grand Chef !
- Des extra-ERRESTES, dis-tu ?
- Oui, Grand Chef !
- Combien sont-ils ?
- Trois, Grand Chef !
MARCHE EN AVANT, levant les yeux vers le ciel, peut apercevoir, prenant formes peu à peu, trois silhouettes.
La première est une femme plutôt rondelette, habillée d’une salopette à carreaux jaunes et bleus. Un fichu rouge à pois verts couvre sa tète et ses épaules. Elle descend bien tranquillement en sifflotant. A ses côtés, un petit gros et un grand maigre, chacun gesticulant et tenant à bout de bras, l’un, un seau, l’autre, un balai.
En effet, c’est bien ASPIRATA en compagnie de ses deux aides, GENIAL et JAVAILE DE POULET. Tous trois envoyés par FEE DES ETOILES pour procéder au ménage.
Le cortège s’était arrêté quelques instants afin de leur laisser le temps de rafraîchir la planète. Prenant pied sur ERRET, ASPIRATA s'écrie, retenant bien évidemment son souffle :
- Pouah, quel chantier ! Il ne faudrait pas croire que c’est parce que je suis Fée que ce sera vite fait !...
Elle va la faire fumer, sa baguette, et ses aides ne vont pas chômer.
A la vue de cette fée des ménages, craignant un déluge non souhaitable pour leurs pauvres poumons déjà bien éprouvés, les ERRETIENS retiennent leur respiration, ferment leur bouche et pincent leur nez. Mais non, à son signal, les grains de poussière se rangent en file indienne, face à elle, et disparaissent sans mot dire, tous, sans exception. Même les plus récalcitrants cachés dans les recoins obtempèrent. Les taches les plus rebelles subissent le même sort sous l’action de ses deux assistants. Tous les coins et recoins d'ERRET sont passés au crible, nettoyés, aseptisés, dé-pou-ssié-rés ! De plus, aucun ERRETIEN n’échappe à la toilette, même ceux qui ne veulent jamais se laver. Il y en a toujours, des «ceux qui ne veulent jamais se laver » !
Bien qu’ERRET tourne toujours à l’envers et que tout soit encore sans dessus dessous, les ERRETIENS sont maintenant prêts à accueillir les Fées. Une chance leur est offerte, une incroyable et ultime chance, celle qu’ils ne doivent surtout pas laisser passer, et ils ont bien l'intention de la saisir !
La poussière ayant enfin disparu, ils peuvent sans aucune retenue manifester leur immense joie aux arrivants, par des cris, des chants et des danses. C’est d’ailleurs tout ce qui leur reste, chanter, danser et crier. Mais heureusement, le retour de DONNELAVIE voit renaître l’espoir dans leur cœur, bientôt, grâce à elle, ils pourront se montrer plus généreux envers celles et ceux qui auront mis fin à leur cauchemar.
Chapitre suivant : L'ARRIVEE SUR ERRET