LES FEES
Au cœur de la Cité Merveilleuse se trouve le palais. De grands balcons surplombent des jardins suspendus, eux-mêmes supportés par une enfilade de colonnes toscanes polies de la base jusqu’au chapiteau. Posées sur leur piédestal, elles sont reliées entre elles par des arcades finement sculptées dissimulant une somptueuse galerie. De grands parterres de fleurs multicolores, ainsi qu’une multitude d’arbres aux essences rares, inondent le jardin de mille senteurs.
A leur arrivée, Fée des Etoiles fait un geste et toutes les fées apparaissent autour d’elle, dans une joyeuse bousculade, sur les marches qui mènent à la fontaine aux condors. Les unes assises à leur guise, les autres debout à leur goût.
- S’il vous plaît, mesdemoiselles ! Présentez-vous !
Tellement pressées d’user de leurs dons et de venir en aide à Erret et ses habitants, toutes veulent le faire en même temps, mais, le soleil a mis son veto : jamais personne jusque-là ne s’est autorisée à enfreindre ses ordres. « On dépend du Soleil ! On écoute le Soleil » ! Mais parfois, on lui désobéit, aussi… !
- L’une après l’autre ! Mesdemoiselles !
- Moi la première ! dit l’une des fées.
- Non moi ! proteste une autre en la poussant du coude.
- Il n’y a pas de raison ! Ce sera moi ! s’écrie une autre encore, écrasant discrètement le pied de sa voisine.
- Arrêtez ! lance la reine. Cessez de vous conduire comme des enfants capricieuses ! votre comportement me fait vraiment honte. Avez-vous oublié DONNELAVIE ? Que va-t-elle penser de nous maintenant ?
Mais bien au contraire, la hâte avec laquelle les fées veulent intervenir rend DONNELAVIE encore plus heureuse. Elle ne peut s’empêcher de rire aux éclats, d’un rire de joie et d’espoir retrouvé.
Cela ne lui était pas arrivé depuis bien longtemps, si longtemps que deux petites larmes coulent sur ses joues. D’un coup de sa baguette magique, Fée des Etoiles les change en deux magnifiques perles qui se transforment aussitôt en une paire de boucles d’oreilles dont DONNELAVIE, après l’avoir remerciée, s’empresse de se parer. Enfin, pour faire cesser le désordre, la reine désigne la première fée en l’invitant à se présenter.
- Fée de la Forêt ! c’est à toi de commencer !
- Je suis « FEE DE LA FORET ! » Des chênes, des sapins, des frênes et des acacias, enfin de tous les arbres. Je peux réaliser tes souhaits, tous tes souhaits, mais comme nous partageons tout, nous, chacune d'entre nous n’en accomplira qu’un seul ! Pour te servir ! Sans désobéir !
- Je suis « ORBLEU ! » Fée de l'eau, des océans, des mers, des sources, des ruisseaux, des torrents, des rivières, des fleuves, des cascades, de la pluie, de la neige, de la glace, et de la rosée du matin qui te va si bien au teint !
- Et moi « LIMPIDE ! » Fée des montagnes, des collines, de l'air, du vent et des nuages où je suis souvent mais, rassure-toi, j’en redescends ! De temps en temps !
- C’est vrai qu’elle est souvent dans les nuages, lance ORBLEU. Elle en oublie même de m’aider à faire pleuvoir !
LIMPIDE lui tire la langue en la gratifiant d’un petit sourire mesquin.
- Moi, je suis « GROSSEPATATE ! » Fée de la clé des champs et des prairies, des potagers, des fruits, de la vigne et du vin. Je suis un peu forte, c'est vrai ! Mais je m’en fiche, je me plais bien comme je suis. Je ne risque pas, moi, comme LEGERE, de me faire emporter au moindre courant d’air !
- Que dis-tu ! réplique LEGERE. Je m’envole peut-être au moindre courant d’air, moi ! Mais dis donc, toi ! Ne roules-tu pas comme un gros ballon sur ton bidon, quand tu te penches un peu trop sur la boisson ?
Les autres fées se mettent à rire et l’applaudissent.
- Elles se chamaillent souvent comme des enfants, mais tu verras, toutes sont de merveilleuses Fées ! s’attendrit la reine.
-«GAZELLINETTE !» C’est mon nom ! Fée des animaux volants, mordants, rampants, griffants, grognants, miaulants, aboyants, piquants, gratouillants. Mais toujours gentiment ! Sans oublier les poissons bâillant silencieusement, c’est évident !
- Moi, c'est « MIREILLE ! » Fée des sentiers, des routes et des promenades, et puis, en chantonnant sur un air de fête, des petits chemins qui sentent bon la noisette !
- Moi, c’est « CHAUMINE ! » Fée des maisons, des moulins, des ponts, des ports, des nids « douilletés » et des terriers cachés. J'aime aussi, bercée par le chant des cigales, m’endormir à « La Belle Etoile ».
- A la belle étoile ? lui demande DONNELAVIE étonnée.
- Oui ! «La Belle Etoile ! »
Tu sais, ce petit manoir !
Celui-là même resté gravé dans ta mémoire !
Si tu veux le revoir,
viens ce soir !
Mais pas trop tard !
- Le manoir de mon village ?
- Mais oui,
pardi !
J’ai recréé sur Paradiscaché dans les alpages,
le même petit village
enveloppé de nuages.
J’aurai plaisir à t’y inviter
si tu le désires, ma beauté !
- Merci CHAUMINE, je me ferai une joie d’honorer sans hésitation ton invitation !
La fée suivante se présente avec une telle ardeur que tout le monde en reste bouche bée.
- Oui mais sans moi, tout serait bien terne ! Bien triste ! Bien sombre et Infiniment ennuyeux ! Je suis « ARC -EN-CIEL ! » Fée des couleurs et de la lumière ! Je suis la plus belle ! Admire mon œuvre autour de notre planète, fillette !
Ainsi c’est elle qui a capturé l’arc-en-ciel, celui qui maintenant, tel un paquet cadeau, enveloppe PARADIS. DONNELAVIE la félicite.
- Je te félicite ARC-EN-CIEL, c’est magnifique !
- N’est-ce pas ! dit-elle, ouvrant les bras.
- Et moi alors ! Qui suis-je sinon la plus jolie ? demande « ETINCELLE » de sa voix pétillante. Je suis la Fée du feu et des volcans. J'aime jouer avec la fumée qui monte en tourbillonnant dans les cheminées et, quelquefois, mais quelquefois seulement, avec les allumettes ! N’est-ce pas, sœurettes ?
- Ah non, ETINCELLE ! s’écrie la reine. Pas les allumettes !
-Je suis ! dit la suivante d'une voix suave. « ENCHANTERESSE ! » Fée des rêves, des contes et des histoires, de la fête, et aussi des cauchemars, quand on me fâche ! Ce qui ne va pas manquer d’arriver si vous continuez à vous chamailler !
Les autres fées lèvent leurs épaules et rient, sachant très bien qu’elle ne le fera pas.
- Elle est soupe au lait, mais pas méchante ! reprennent en chœur toutes les fées.
Seules les vilaines sorcières le sont !
Pas les gentilles fées comme nous ! Voyons !
- Moi, « PETALE ! » Fée des fleurs. Je parfume les feux de bois, les douces soirées d’été, les matins de printemps, les saisons et le cou des dames. Ne suis-je pas indispensable à votre nez délicat, mes sœurs ? Qu’en penses-tu ? Si nous respirions ma dernière création ?
PETALE fait un geste et enveloppe DONNELAVIE d’un nuage parfumé.
- Hum ! Comme il sent bon ! Qu’y as-tu mis pour qu’il embaume ainsi ? Et comment s’appelle-t-il ?
- Pour ce qui le compose, c’est un secret ! Mais pour ce qui concerne son nom, je te laisse le soin de lui en donner un.
- Merci PETALE ! Il s’appellera « PARFUM DE PARADIS » en souvenir de vous toutes, mes amies !
Beaucoup de fées attendent pour se présenter, elles en trépignent d'impatience.
- Je suis « QUATRE SAISONS !», Fée du temps qui passe ! Du printemps des bourgeons, de l’été des moissons, de l'automne des vendanges et de l’hiver aux tisons ! Ne vous suis-je pas indispensable ? Sans moi, que feriez vous car je suis incomparable ! Irremplaçable ! In-com-men-su-rable !
- Incommensurable, peut-être ! Mais prétentieuse, c’est net ! Que l’assemblé répond à l’unisson !
- L’automne ! c'est la saison que je préfère, jus de raisin et jus de pommes ! lance GROSSE PATATE, pour détendre l’atmosphère, en passant sa langue sur ses lèvres tout en se frottant le ventre.
- « LEGERE » je m’appelle ! Et pour te servir, papillon, libellule ou abeille, je deviens ! Je suis la Fée des tout-petits, petits, petits... « J’insectise à ma guise ! »
Puis elle se transforme en une magnifique petite abeille qui vient se poser aussitôt sur le nez de DONNELAVIE. Elle la prend délicatement entre son pouce et son index, la pose sur sa main, puis elle lui chante cette petite chansonnette, composée, pour la circonstance, par SYMPHONIA :
Petite abeille, toi si jolie,
Vite déplie tes ailes,
Envole-toi,
Ramène-moi
Du miel et du pollen.
L’auteur de cet inoubliable chef-d’œuvre en profite pour se présenter. En toute modestie, enfin, presque !
-« SYMPHONIA ! ». Puisque j’en possède les clefs et l’harmonie !
Fée de la musique je suis !
Je fais chanter et danser !
Je symphonise ! Je concertise !
Je tangotise ! Je valsise !
Et je raptise le monde à ma guise !
N’est-ce pas chouette,
mes poulettes ?
- Oh ! Moi je suis « DOUCE ET BELLE ! » Fée de la nuit. J'allume les étoiles, fais briller le ciel, naître le jour et dès qu’il pointe le bout de son nez, dans la chevelure de Bérénice, je me glisse ! Je m’y endors le plus vite possible pour ne plus avoir à vous entendre jacasser comme des pies ! Bonne nuit !
C’est maintenant à la dernière des fées de se présenter.
Un grand voile transparent descend de ses épaules jusqu’au sol. Une couronne de laurier enserre sa tête et entre ses mains, elle tient une plume blanche.
Pour moi, elle est la plus jolie ! se dit DONNELAVIE.
- « COLOMBE !» Je suis la fée de la paix et de la liberté, de l'amitié et de la tolérance, du partage de la sagesse et de l’amour ! Je suis la réponse à l'énigme que vous a posée le Soleil !
- La réponse à l'énigme, dis-tu ? demande DONNELAVIE.
- Oui, je vous aiderai à la trouver et à…..
Mais la reine intervient rapidement. Posant son index sur sa bouche elle lui dit ;
- Chut ! COLOMBE ! n’ajoute rien ! Les Erretiens doivent trouver seuls la réponse à cette énigme ; sinon… elle n’aura aucun sens.
- Et s’ils ne la trouvent pas ?
- S’ils ne la trouvent pas ! ce sera tant pis pour eux ! C’est qu’ils ne méritaient pas la seconde chance qui leur est offerte ! Voilà, belle impatiente ! Nous sommes maintenant toutes présentes et à ton service !
- Comptez-vous maintenant, mesdemoiselles ! propose la reine.
- Une, deux, trois, quatre, cinq..... ..... seize !
- Combien dites-vous ? Seize ! Mais la dix-septième ! Où est-elle passée ?
En effet, il en manque une, et pas la moindre.
- Mais où donc est-elle encore passée ? demandent en chœur toutes les fées.
Toutes se mettent à l'appeler : « ASPIRATA ! ASPIRATA ! ».
Soudain, dans le lointain, se fait entendre une voix, qui n’est pas de satin !
Voilà ! Voilà !
C’n’est pas la peine de crier comme ça !
Elle arrive ! ASPIRATA !
Elle arrive ! s’écrie la dix-septième fée, survolant bien tranquillement le sol en sifflotant.
- Alors, encore dans mes nuages ? lance « LIMPIDE » à son passage.
Et oui, c'est bien elle, « ASPIRATA ! » La Fée des ménages, avec à sa suite : le p’tit boulot «GENIAL» génie de la lessive, et l’grand « JAVAILE DE POULET » un Elfe, ancien serviteur de la noblesse. Mais pour ASPIRATA, ce sont des aides, pas des serviteurs, car il n'y a pas d’esclaves au Paradis !
Jugés depuis très longtemps bien trop dangereux, il n’y a pas de fée de l'or jaune, pas plus que de fée de l'or noir ! Pourquoi ? ? ? Allez savoir !
C'est bien le Paradis ! se dit DONNELAVIE, avant de questionner la reine :
- Mais où sont ceux qui l'ont mérité ?
- Ils sont tous en voyage dans l'Univers ! N’as- tu pas remarqué les petites voiles qu’il y a sur chaque étoile ?
- C’est exact ! répond DONNELAVIE.
- Eh bien, comme des Brigantins, elles nous servent au transport de nos hôtes pour des voyages que nous organisons dans la galaxie.
- Des voyages organisés ?
- Mais oui ! Aujourd’hui par exemple, certains sont partis en voyage de noces sur VENUS, pendant que d'autres se baignent sur NEPTUNE ! Demain, safari photos dans la constellation du LION avec notre guide, CELUI QU'A VU L'OURS ! Après-demain, tous à la pêche dans la constellation du POISSON et de la BALEINE ! Un arrêt sur MARS, et hop on repart, pour SATURNE ! Les planètes, les étoiles, les constellations, toutes participent à la distraction des PARADISIENS.
- Les PARADISIENS ?
- Oui, DONNELAVIE ! C’est ainsi que se nomment les habitants du PARADIS ! Le va-et-vient des voyages dans la galaxie ne s’arrête jamais, c’est pour cette raison que tu ne vois personne :
« Le PARADIS, c’est le PARADIS » !
DONNELAVIE se remémore chaque mot, chaque phrase prononcés par Fée des Etoiles, COLOMBE, la LUNE et ENOZO. Tout ce qu’elle vit en ce moment ressemble à un puzzle où se cachent de précieux indices. Elle comprend maintenant qu’il lui faut en assembler les éléments pour trouver la réponse à l’énigme. Perdue dans ses pensées, elle n'entend pas la reine l'appeler
- Tu rêves, DONNELAVIE ?
- Oh ! Oui Je rêve, Fée des Etoiles ! Je rêve en souhaitant que tout ce que je vois sur PARADIS se réalise sur Erret !
- Cela ne dépend que de vous ! Nous, nous vous aiderons à faire renaître votre planète mais attention ! vous et vous seuls agirez afin qu’elle continue à vivre !
CHAUMINE s’adresse à DONNELAVIE en là prenant doucement par le bras.
- Tu dois être fatiguée ? Que dirais-tu d’une bonne nuit de repos à La Belle Etoile ?
- C’est vrai, CHAUMINE, je le suis. Toutes ces merveilles entrevues m’ont un peu fait tourner la tète. J’accepte ton invitation et puis il me tarde de revoir le petit manoir de mon village !
- Suis-moi, nous allons prendre le chemin qui mène à l’étang où s’endort L’ARC-EN-CIEL.
- L’étang ou s’endort L’ARC-EN-CIEL ?
- Oui, DONNELAVIE,
lorsque tout doucement tombe la nuit,
l’étang offre son lit
à L’ARC-EN-CIEL notre ami,
il vient s’y reposer en catimini,
quand il en a envie !
C’est ainsi sur PARADIS !
Chapitre suivant : RETOUR VERS ERRET