In Libro Veritas

ERRET " conte fantastique illustré"

Par Alain/Bernard Barbé/Larquet

Cette oeuvre est mise à disposition du public sous un Contrat Creatives Commons (by-nc-nd)

Vous êtes en mode de lecture plein écran. Cliquez sur le lien suivant si vous souhaitez afficher la version classique de cette oeuvre

Table des matières
Que pensez vous de cette oeuvre ?

L'ETOILE AUX FEES

La planète magique se rapproche de plus en plus. DONNELAVIE peut déjà en deviner le parfum au travers des effluves de roses, de jasmin, de muguet, de lilas mais aussi celui de la bonne confiture de rhubarbe qui mijote sur un brasier dans une cheminée. Elle imagine un grand chaudron en cuivre noirci par le feu de bois, dont les flamme gourmandes se lèchent les doigts de tout ce qui déborde. Ces signes ne la trompent pas, ils l’aident à retrouver sa mémoire. Soudain, comme pour se persuader de quelque chose,  elle se met à penser si fort qu’ENOSO peut l’entendre.
 
- Si nous voulons de nouveau goûter à tous ces bonheurs, il nous faudra absolument trouver et résoudre l’énigme.
- Fais bien attention à tout ce que tu vas voir et entendre, DONNELAVIE, ainsi tu trouveras, j’en suis certain,  la réponse à ce que tu cherches !
- Je l’espère, ENOZO, je le souhaite de tout mon cœur.
- Regarde bien ! Ecoute bien ! Car tu es sur le bon chemin !
 
Leur  arrivée sur l’étoile magique met fin à la première partie du voyage, mais un obstacle imprévu les y attend. En effet, une énorme porte en interdit l’accès. Transparente comme le verre, sans aucun mur attenant, plantée là, au beau milieu d’un vaste champ de coquelicots géants, elle n’a pas de serrure et personne ne la garde !        
 - Comment allons-nous entrer, ENOZO ? Ne pouvons-nous la contourner ?
- Non ! DONNELAVIE. Elle s’élargirait au fur et à mesure de notre tentative.
- Tu pourrais t’envoler et passer par-dessus !
- Non ! DONNELAVIE. Elle grandirait au fur et à mesure de notre ascension.
- Mais alors ! Comment ?
- Elle est gardée par un génie, il ne l’ouvrira que si tu prononces le nom magique.
- Je ne vois aucun génie !
- Tu ne peux le voir, il est invisible !
DONNELAVIE n’est vraiment pas au bout de ses surprises.
- Quel est ce nom magique, ENOZO ? demande-t-elle.
- Ton nom, DONNELAVIE !
- Mon nom ?
- Oui, ton nom !
- Pourquoi mon nom, ENOZO ?
- Parce que si tu en es digne, la porte s’ouvrira, sinon…
- Sinon ?
- Sinon il te faudra abandonner et repartir pour ERRET ! Maintenant, concentre-toi bien et pense à ce qui te tient le plus à cœur. Si ce que tu souhaites plaît au génie, il apparaîtra et nous ouvrira !
 
Pas question pour DONNELAVIE de repartir en abandonnant si près du but. Certes, les idées ne lui manquent pas, mais laquelle plaira à ce gardien invisible et saura le faire apparaître ? Une seule pourtant retient son attention : « la réponse à l’énigme !».  Elle sait que de sa solution dépend la vie des siens ainsi que celle de sa planète.
Arrivée devant l’étrange porte, elle prononce son nom, en pensant fortement à ce qui lui tient le plus à cœur.
- DONNELAVIE !
Mais la porte reste close.
- Plus fort, DONNELAVIE ! C’est un vieux génie ! Je le connais bien, tu sais, il est un peu sourd !
Elle recommence en élevant légèrement la voix et soudain, le génie de la porte apparaît, faisant, de surprise, se cabrer ENOZO, qui manque de faire basculer sa cavalière. Elle ne doit son salut qu’en se maintenant de justesse à sa crinière. Certes, elle ne s’attendait pas à le voir apparaître si soudainement, tout pimpant malgré son grand âge.
C’est un vieux monsieur génie, assis sur un petit tabouret à trois pieds. Deux petits yeux marrons tout ronds, pleins de malice, scrutent d’un regard perçant DONNELAVIE, de haut en bas et puis de bas en haut. Une grande barbe blanche descend de son menton jusqu’à sa taille. Une épaisse moustache, terminée en accroche-cœur, pend de chaque côté de sa fine bouche. Sur sa tête, soutenue par deux grandes oreilles pointues, trône un grand chapeau haut, effilé, aux larges bords, dont la pointe torsadée pend comme un crochet. De sa veste vert foncé, parsemée de petites étoiles blanches, les trop longues manches plissent comme un soufflet d’accordéon sur ses maigres avant-bras, recouvrant presque entièrement ses mains aux longs doigts décharnés. Un pantalon à rayures blanches et brunes descend en s’élargissant jusqu’à ses fines chaussures noires, dont les bouts pointus et recourbés font penser à la corne d’un rhinocéros. Entre ses doigts se balance, suspendue à une chaîne, une petite clé en or finement ciselée, scintillante de mille éclats en forme de « A».
- Bonjour DONNELAVIE !
- Bonjour monsieur ! Heu… ! Monsieur comment ?
- Monsieur IBOBI, pour te servir ! Jamais si joli nom que le tien ne fut aussi bien porté, ma toute belle ! Je le sais, car parmi tous mes pouvoirs, j’ai celui de lire dans les cœurs et, ce que je lis dans le tien me plaît beaucoup. Aussi, pour te récompenser d’avoir eu une pensée si généreuse, je t’offre cette clé ! Tu pourras la garder après avoir ouvert la porte de verre. Mais avant de l’utiliser, observe bien sa forme ! Comme tu le vois, elle représente la lettre « A »  symbole qui pourrait bien t’être utile pour répondre à l’énigme !
- Oh ! Merci monsieur IBOBI ! c’est promis, je la garderai pour toujours suspendue à
des quatre mots que comporte l’énigme. Le génie sait bien ce qu’il fait en la lui offrant.
Elle en prend possession, et aussitôt, une serrure se dessine à portée de sa main. DONNELAVIE y introduit la précieuse clé et l’énorme porte disparaît, sans faire le moindre bruit, emportant avec elle monsieur IBOBI, le gentil, petit génie et les coquelicots géants, aussi !
ENOZO connaît bien le mystère et la magie de cette planète, Il sait qu’une grandiose réception a été préparée pour les accueillir. A peine ont-ils franchi le seuil, que déjà des Génies tisserands offrent à DONNELAVIE « Le voile du Merveilleux ».
Des anges gardiens leur souhaitent la bienvenue !
- Suivez-nous, nous allons vous guider à dos de nuages jusqu’à notre cité : « La Cité Merveilleuse ! »
- La Cité Merveilleuse ?
- Oui ! Les fées l’ont créée à l’image de ce que fut Erret avant son bannissement.
La  Cité Merveilleuse porte bien son nom. Une fontaine circulaire en granite bleuté, surmontée d’un calice finement ciselé, occupe le centre de la grande place. Des Druides et des Elfes sortent des arcades situées au pied d’une grande maison à colombages. Des ombres dansent, des Esprits malins animent la sarabande des Lutins magiciens. Des anges descendent du ciel tandis que des Fées apparaissent, chacune sur un nuage rose. Fée de la lumière fait naître un feu d’artifice multicolore, en chantant et en valsant avec Fée de la Musique qu’accompagnent les musiciens de la planète magique. Clavecin, violons et violoncelles, trompettes et clarinettes, flûtes et hautbois, tout est là ! Fée de la Glace, transparente comme le cristal, gratifie DONNELAVIE d’une gracieuse révérence et l’invite à patiner sur son miroir enchanté. Fée de la Forêt lui offre un panier d’osier tressé, empli de baies sauvages. Fée de la Nuit fait briller mille étincelles dans le ciel.
Toutes les Fées indispensables à la renaissance de sa planète sont présentes. Elles chantent, dansent, volent, apparaissent, disparaissent.
Une longue avenue traverse la cité. De chaque côté, s’étendent à perte de vue et s’offrent à son regard de somptueuses demeures en marbre, riches d’architectures grecque et romaine. Jardins suspendus, patios aux galeries faïencées, palais aux cours soigneusement carrelées, fenêtres aux vitraux multicolores… Des tours à colonnes, des cheminées sculptées et des pigeonniers surplombent les toitures aux tuiles émaillées.
 
Etourdie par tant d’allégresse et de beauté, énivrée par les parfums subtils que dispense généreusement Fée des Fleurs, DONNELAVIE se sent légère, légère comme le duvet de l’oie, malgré l’immense tristesse qui envahit son cœur à la vue de tout ce que fut Erret et qui n’est plus.
Dissimulant sa peine, elle descend de sa monture et se déchausse afin de mieux fouler, de ses pieds nus, le sol de cette planète où la magie n’est certainement pas la seule et unique raison de leur joie et de leur bonheur. Serrant fortement entre ses doigts le médaillon offert par IBOBI, DONNELAVIE médite sur le sens de la lettre dont il est l’effigie. Mais que peut bien vouloir signifier cette voyelle et que symbolise-t-elle ?
Au détour d’un chemin, dans une vasque de nacre coule, fraîche et limpide, une petite source. DONNELAVIE s’y désaltère. Tandis que l’eau, tel un miroir, lui renvoie son image, ce visage dont elle avait depuis si longtemps oublié les traits, soudain, une voix se fait entendre :
- Bonjour DONNELAVIE ! Je suis un génie et j’habite cette vasque. Que puis-je faire pour t’être agréable ?
Surprise, après l’avoir salué :
- Je voudrais être belle !
- Mais tu es belle ! Très belle ! Ton regard est si pur que l’on peut y voir s’y refléter la  générosité de ton âme ! Tes longs cheveux blonds tombant sur tes épaules de nymphe, tes grands yeux bleus, bleus comme l’azur, bleus comme les rêves d’un enfant, ton voile du merveilleux, ta traîne couverte de paillettes d’or et ton diadème de diamant sur ta tête font de toi une vraie princesse !
DONNELAVIE n’en croit ni ses yeux, ni ses oreilles. Elle remercie le génie en caressant la surface de l’eau de ses longs doigts effilés.
 Hum ! Comme douce est ta mainet que tes doigts sont fins !
Mais cesse tes câlins car je pourrais bien
y prendre goût et surtout,
ne plus vouloir te laisser partir, du tout !
Ce qui serait fort dommage
car le but de ton voyage,
 
auquel je rends hommage,
n’est-il pas de rencontrer notre reine,
afin de trouver remède à vos peines ?
Allez va, le temps presse !
 Au revoir, Princesse !
 
Ravie, DONNELAVIE reprend son chemin en chantonnant, un chemin où mille surprises l’attendent, le cœur léger… léger… léger… comme le vol d’une libellule.
 
Au pied d’une cascade s’étend un petit lac ; l’eau y est si claire que l’on peut apercevoir, frétillant, une multitude de variétés de poissons argentés de toutes tailles. Un poisson volant sort de l’eau et l’interpelle :
- Viens te baigner avec nous ! Viens vite, tu verras comme elle est bonne !
Elle hésite.
- Mais si, DONNELAVIE ! accepte cette invitation, tu n’as rien à craindre sur notre planète, voyons !
DONNELAVIE est surprise, mais ne s’étonne plus de rien, car enfin, n’est-elle pas sur L’Etoile aux Fées ! L’Etoile Magique !
Deux fées viennent à sa rencontre, elle accepte sans hésiter l’invitation et se retrouve entourée de cygnes nageant avec grâce à ses côtés.
Des canards cancanent, secouant leur derrière en sortant des bouquets d’ajoncs qui bordent les rives. Des oies sauvages courent et prennent leur envol, criant et tournoyant dans le ciel.  Des colombes, des perroquets, des colibris, une multitude d’oiseaux multicolores chantent et l’étourdissent en tourbillonnant autour d'elle. Des paons font la roue en braillant sur les berges.
 
Il y a là tout ce qui fut sur Erret avant la folie des Erretiens. Les animaux, les végétaux, les montagnes, les océans, les mers, les lacs, les rivières, les étangs, les ruisseaux et même les petites flaques d’eau que laisse la pluie, après la pluie, exprès, pour que des lutins malins sautant dedans à pieds joints, éclaboussent, mais sans méchanceté, les fées, celles qui passent tout près, presque exprès, pour les amuser, laissant ainsi échapper des petits : « Non mais  enfin ! Allez-vous cesser, galopins ! ! ! ».
Toutes ces merveilles que la folie des hommes a détruites. Mille merveilles pour ses yeux, mille regrets pour son cœur, mais aussi, mille espoirs pour sa planète.
Quelque chose intrigue DONNELAVIE. Un navire à la silhouette majestueuse des anciens voiliers, est ancré à proximité de la cascade.
- Comme ce bateau est beau ! Que fait-il là ?
- Eh bien, approche-toi, et tu le sauras ! disent les fées.
DONNELAVIE s’en approche, et aperçoit un vieil homme debout à la poupe.
Un grand perroquet vert perché sur l’épaule, le dos légèrement voûté, l’homme, apercevant la curieuse, lui fait de grands signes de la main et l’invite à venir le rejoindre.
Sa chevelure ébouriffée et sa grande barbe blanche lui donnent un visage radieux, illuminé, tel le rayon de soleil qui pénètre le nuage.  
- Ohé ! Bonjour ! Je m’appelle Noé ! Viens vite me rendre visite après ta baignade, j’ai beaucoup à te dire et plein d’amis à te présenter.
Comment est-ce possible ? se dit-elle, s’empressant de le rejoindre sur son mythique vaisseau :
- Bonjour monsieur Noé ! Quel honneur et quel bonheur de vous rencontrer ! Mais 
comment avez-vous échappé à la punition du soleil ?
- Bonjour ! DONNELAVIE.
- Et vous connaissez mon nom ?
- Bien sûr ! ce perroquet bavard me l’a rapporté et puis, il n’y a personne qui ne le connaisse sur la planète magique !
- J’en suis très flattée, Noé !
- Tu aimerais donc savoir pourquoi et comment nous sommes partis ?
- Oh ! Oui !
- Très bien ! je vais te le raconter :
Un jour, il y a bien, bien longtemps, pendant que les humains ne s’occupaient égoïstement que de leur petite personne, détruisant à tour de bras la faune et la flore, loin de leur insouciance, je gardais mes brebis et mes chèvres dans la montagne en compagnie de mon amie et fidèle chienne de berger, SIBELLE. Alors que j’allumais ma pipe, en regardant mon troupeau brouter paisiblement l’herbe tendre des verts pâturages, je vis sortir de la forêt et venir vers moi un énorme loup. C’était une louve, reconnaissable à ses mamelles nourricières saillantes. Je m’apprêtais à la chasser, fort étonné qu’aucune de mes bêtes ne prête attention à ce - comme disent les hommes - redoutable prédateur !
Eux qui ne se rendaient même pas compte que tous les animaux, y compris le lion, le tigre et l’éléphant, prenaient la fuite à leur approche. A l’exception, bien entendu, de ceux qu’ils avaient domestiqué pour flatter leur instinct de supériorité ou bien encore, ceux réduits en esclavage pour leur confort et leur nourriture ! Comme tu peux le constater, je parle au passé parce que maintenant, il n’y plus que leur ombre pour les suivre et encore, grâce à la Lune !
 
Une louve de cette taille aurait dû les faire fuir, mais non, elles n’en firent aucun cas et continuaient à paître, le plus tranquillement du monde. C’était un signe et je n’allais pas tarder à en comprendre la signification.
En effet, s’asseyant face à moi, voici ce qu’elle me dit ;
- Je te salue, NOE ! Je m’appelle OURGA et je suis chargée par le Soleil de te délivrer un message !
- Un message ?
- Oui ! Et de la plus haute importance !
Bien qu’ayant l’habitude de parler avec les animaux, cet entretien me parut pour le moins étrange. Qu’est-ce que le soleil pouvait bien avoir à me dire de si important qui nécessitait l’envoi d’un loup pour me le faire savoir ?
- Je te salue, OURGA ! Que contient ce message que tu dois me transmettre ? Parle, mon amie, je t’écoute !
- Le soleil, jugeant la conduite des humains intolérable, a décidé de les éliminer de leur planète, mais avant, il te charge de construire une Arche !
- Une Arche ?
- Oui NOE ! Un grand vaisseau sur lequel tu embarqueras tous les animaux de la création, ainsi que toutes les fées, les Elfes, les Druides et les Lutins. Puis tu confectionneras un grand sac de jute dans lequel tu mettras de la terre et des graines de chaque plante. Ensuite, tu façonneras quatre grandes jarres en grès. Dans la première, tu verseras de l’eau de source et de la rosée du matin. Dans la deuxième, de l’eau de mer, des coquillages et du sable fin. Dans la troisième un arc-en-ciel et dans la quatrième, des nuages. Aucun humain, hormis toi, ne devra prendre place à bord de l’Arche. Lorsque tout sera embarqué,  tu partiras, guidé par des anges, pour une autre planète bien cachée parmi les étoiles aux confins de la voix lactée. Les fées et les magiciens y feront naître un monde semblable à celui qui accueillit les humains, avant que ceux-ci ne le souillent et dilapident sans vergogne  ses richesses !
- Et qu’adviendra-t-il des humains ? lui demandai-je.
- Ils seront éliminés après votre départ !
- La louve disparue, je me mis alors avec empressement à l’ouvrage, peiné qu’aucun humain ne puisse être sauvé. Mais il est vrai que leur conduite a causé leur perte et précipité leur fin. Et puis, on ne discute pas les ordres du maître de l’univers  !
Après plusieurs semaines de travail sans relâche, l’Arche fut enfin terminée. Il me fallut encore plusieurs jours pour tout embarquer, car la liste était longue. Le plus difficile fut la capture de l’arc-en-ciel, mais fort heureusement, une fée s’en chargea. Quant aux nuages, ils entrèrent docilement dans la jarre, l’un derrière l’autre, en file indienne, je n’eus plus qu’à mettre le bouchon pour les empêcher de s’échapper. Ce fut un jeu d’enfant pour l’eau de source, de même que pour l’eau de mer. Pour le sable, ce fut également facile, il me suffit, pour l’encourager, de lui faire miroiter qu’il finirait en château et pour les coquillages, en colliers ou en boucles d’oreilles. Quant à la timide et délicate rosée du matin, je dus, pour la convaincre, composer un petit quatrain. Ecoute ;

Douce et satinée comme la peau du bébé,
Fraîche et légère comme la fleur du nénuphar,
Veux-tu bien sans attendre, car nous sommes pressés,
Me faire le plaisir d'habiter cette jarre.
 
- Convaincue et Charmée, elle accepta ! La preuve ? Regarde, il en reste encore un peu au fond !
Noé enlève le bouchon de la jarre et laisse échapper quelques gouttes de rosée. Elles viennent se poser délicatement sur les joues de DONNELAVIE, la rendant, comme si cela était possible, plus belle encore.
- Lorsque tout fut embarqué et l’Arche prête pour le départ, je vis revenir OURGA, suivie de ses louveteaux et de sa meute. Elle monta sur le toit de la cabine, puis, fixant le soleil bien en face, elle donna le signal du départ en hurlant comme seuls savent le faire les loups : Une longue et unique fois.
Comme tu le sais, DONNELAVIE, le soleil n’autorise personne à le regarder, mais parfois, il fait exception et accorde ce privilège à qui mérite sa confiance. Il faut croire que cette louve fait partie de ceux-là !
Nous partîmes alors que le soleil commençait à darder, telles des milliers de flèches effilées, ses rayons exterminateurs sur ce qui fut notre merveilleuse, mais dès lors misérable planète !
Nous fûmes les témoins de son incommensurable colère en nous élevant dans les airs. Les humains s’enfuyaient de toutes parts, cherchant à fuir l’insupportable chaleur. Hommes, femmes, enfant furent stoppés net dans leur course à la survie, des scènes insoutenables que je ne veux pas te décrire se déroulèrent sous nos yeux impuissants.
De gigantesques flammes s’élevèrent au-dessus des villes et des forêts. La planète n’était plus qu’un immense volcan crachant ses flammes et déversant ses laves
incandescentes.
Les glaciers se mirent à fondre, les étangs, les rivières, les fleuves, les lacs, les mers et les océans se transformèrent en de gigantesques geysers de vapeur, dépassant la cime de ses plus hautes montagnes. Blanche pour commencer, et puis grise, et puis noire, et puis… !
Et puis nous comprîmes alors que c’était la fin, car lorsque tout ne fut plus que ruines et cendres, le soleil, continuant à harceler sa surface en l’inondant de sa chaleur torride, l’arrêta sur son orbite, tout en la faisant tourner, telle une toupie folle, sur elle-même, mais à l’envers, et surtout, bien en face de lui.
Le soleil parachevait son œuvre, comme pour être sûr que plus rien ni personne, n’échappe à son courroux, comme pour la laver de ses impuretés, de ses virus, de ceux qui ne la méritaient pas ! Oh ! Bien sûr, il aurait pu la faire disparaître, mais il n’en fit rien. Pourquoi ? ?
 
Nous apprîmes, beaucoup plus tard, que quelques humains avaient survécu à l’apocalypse.
- Comment, Noé ?
- Comment ? Eh bien c’est très simple, dès qu’un humain montre le bout de son nez, tout l’univers le sait !
 - Ah bon !
- Mais oui mon petit, c’est ainsi !

- Nous nous sommes donc rendus si indésirables, Noé ?
- Eh le mot est faible, DONNELAVIE ! Vous étiez pires que cela !
- Maintenant je suis pressée de connaître la suite de votre voyage ; raconte encore ! S’il te plaît, Noé !
- Notre voyage fut merveilleux et sans obstacle. CERBERE, le dragon gardien de la Voie Lactée, avait reçu l’ordre du soleil de ne point s’opposer à notre passage. Nous pûmes alors débarquer sans être inquiétés sur notre nouvelle planète.
Là, je commençai par vider le sac de terre, semer les graines et verser l’eau de source au sommet de cette montagne. Celle que tu peux apercevoir au loin survolée par les aigles.
Ensuite, après l’avoir imbibé d’eau de mer, je répandis le sable fin, dispersai dessus, les coquillages, accrochai les nuages dans le ciel et libérai l’arc-en-ciel. Il ne me resta plus, pour finir, qu’à déposer la rosée du matin sur les jeunes pousses.
 
En quelques coups de baguette magique et d’incantations savantes, Fée des Etoiles, aidée de toutes les autres, fit de notre planète la plus belle de tout l’univers. 
- Regarde, DONNELAVIE, la reine vient à ta rencontre, mais avant que tu ne la rejoignes, je voudrais que tu saches ceci : j’ai vu pleurer la Lune !
- Pleurer la Lune ?
- Oui, DONNELAVIE !  De grosses larmes coulaient de ses yeux rougis, comme lorsqu’on perd une amie !
- Je te remercie, Noé, de me l’avoir dit, je comprends mieux maintenant les raisons de son aide.
Fée des Etoiles  apparaît, majestueuse, assise en amazone sur un Elan aux bois d’or et aux sabots d’argent. Elle est entourée de cerfs, de biches gracieuses, de faons batifolant et sautant comme des cabris. Descendue de sa monture, elle s’adresse de sa douce voix à la protégée de son amie lunaire. 
- Bonjour, jolie maman ! Sois la bienvenue sur la planète magique. J’en suis la reine et je m’appelle Fée des Etoiles, et toi, tu es DONNELAVIE !
- Je vous salue, Fée des Etoiles ! Mais… Vous me connaissez ?
- Nous te connaissons toutes, ma belle ! Comme tu as pu le constater, prévenues de ton arrivée par notre amie la Lune, nous t’attendions ! Nous sommes heureuses qu’elle ait obtenu du soleil une seconde chance pour les ERRETIENS. Vous nous manquez beaucoup, car depuis que nous sommes sur PARADIS, il n’y a plus personne pour écouter nos contes et croire à nos histoires.
- Sur PARADIS, dites-vous ?
- Oui ! PARADIS ! répond la reine des Fées.
- Mais… Je croyais qu’il n’existait que dans l’imagination des hommes ? Pour les inciter à la sagesse ?
- Comme tu es naïve, DONNELAVIE ! Et pourtant, tu es bien placée pour savoir qu’il ne suffit pas simplement d’y croire ! Il faut le vouloir ! Le paradis comme l’enfer sont où l’ont veut qu’ils soient ! Nous, nous avons choisi que notre planète soit le paradis et surtout, qu’elle le reste !
-  Alors c’est donc vrai ! Le paradis existe !
- Oui DONNELAVIE ! Il existe, la preuve en est là, devant tes yeux. C’est l’eau claire et limpide ou tu t’es désaltérée et baignée à ton arrivée. C’est l’air pur que tu respires. C’est le ciel bleu et l’arc-en-ciel qui l’entoure. Ce sont les animaux et les plantes. C’est tout ce que tu vois et entends, tout ce que tu sens et tout ce que tu touches ! Le PARADIS est notre paradis, comme ERRET était et aurait dû rester le vôtre.
C’est notre planète qui nous fait vivre. Tous les bienfaits qu’elle nous procure sont notre richesse et notre bien le plus précieux. Aussi, pour la remercier, nous la protégeons, la respectons et l’aimons comme notre mère ! Sans cela, nous ne serions plus de ce monde ! Le soleil ne pardonne pas à ceux qui portent atteinte à ses sujets !
- Mais avant que nous punisse le soleil, n’étiez-vous pas sur ERRET ? Je me souviens des  histoires que me racontait ma grand-mère, quand j’étais petite fille. Elles étaient toutes pleines de récits fantastiques, de contes merveilleux, d’histoires féeriques et d’extraordinaires magies.
- C’est exact ! Nous y sommes toutes nées ainsi que nos amies les sources, les animaux et les végétaux. Et puis un jour, obéissant au soleil, nous sommes partis avec NOE dans  son Arche.
-  Mais pourquoi,  Fée des Etoiles ?
- Parce que le mal et l’égoïsme ont remplacé, dans le cœur des humains, ce qui fait l’essentiel de la vie : « l’amour, le partage et la paix ».
- Voilà, DONNELAVIE, maintenant que tu connais notre histoire, dis-moi si tu as la réponse à l’énigme que vous a posée le soleil ?
-  Non ! malheureusement, Fée des Etoiles, mais j’espère que tu la connais et que tu voudras bien nous la donner.
- Je la connais, DONNELAVIE, c’est vrai ! Aussi, pour qu’elle vous soit bénéfique, c’est à vous qu’il appartient de la trouver. As-tu bien écouté la réponse à la question que tu m’as posée, il y a un instant ?
- Oui ! Fée des Etoiles !
- C’est bien, parce que des indices y sont contenus et que je crois en toi. Je t’en donne un autre. Ecoute bien : « La réponse est au fond de chacun de vous ! »
C’est vrai, Fée des Etoiles lui a donné des indices contenues dans l’énigme. L’endroit où la trouver se cache au sein de ce dernier : « La réponse est au fond de chacun de vous ! ».  Elle doit maintenant, méditer sur cette phrase. 
- Je dois trouver la réponse, Fée des Etoiles, et je la trouverai !
- Je n’en doute pas, DONNELAVIE, car une maman finit toujours par trouver, pour les siens, ce qui est bon et bien ! Pour l’instant, nous allons toutes unir nos pouvoirs pour que ta planète renaisse et redevienne « un PARADIS ! » Ce qu’elle était auparavant ! 
- Mais quand, Fée des Etoiles ? Et comment ?
Je comprends ton impatience, mais avant que nous partions pour Erret, laisse-moi te présenter mes sœurs. Je te précède jusqu’au Palais du Partage!
- Le Palais du Partage?
- Oui ! C’est l’endroit où nous nous réunissons pour partager.
- Mais que partagez-vous sur la planète magique puisque vous ne manquez, apparemment, de rien, ni argent, ni biens ? N’est-ce pas le Paradis ?
- Détrompe-toi, DONNELAVIE,
si de tout ce que tu crois nous sommes nantis,
il n’en reste pas moins que de cauchemars et de mauvaise pensées,
nous sommes, malgré nous, habités !
 
-  Mais alors, que partagez-vous ?
- Eh bien, celles et ceux dont le cœur est rempli d’allégresse,
partagent avec celles et ceux dont le cœur est enclin à la tristesse.
Celles et ceux dont les rêves furent radieux,
partagent avec celles et ceux dont ils furent moins bleus.
Les mauvaises pensées
par les bonnes sont balayées.
Il en est ainsi pour tout ce qui n’est pas joli !
 
 
 

Chapitre suivant : LES FEES