LA LUNE INTERVIENT, L'ENIGME
Un jour, un autre jour de ses interminables jours, le soleil stoppe net ce tourbillon, s’immobilise face à la planète proscrite, ne bouge plus d'un rayon et semble attendre quelque chose. Sa chaleur de moins en moins intense, presque douce, presque supportable laisse enfin l’air respirable. Puis quelque chose prend lentement place entre le Soleil et Erret, juste dans l’axe. Quelque chose de rond, semblable à une énorme sphère. Est-ce une étoile ? Une planète ? Ils n’en savent rien, mais toujours est-il que grâce à ce phénomène, ils ne voient plus cette boule de feu incandescente, ce brasier dévastateur.La Lune, c’est elle la mystérieuse sphère qui fait écran. La Lune qui s’ennuie de ne plus pouvoir jouer à cache-cache dans les nuages avec Erret. La Lune malheureuse de ne plus pouvoir se mirer dans ses océans, ses mers, ses lacs et ses étangs. La Lune triste de ne plus pouvoir tourner, valser, danser et jouer à l’éclipse avec sa petite sœur aux yeux bleus. La Lune qui, au fil du temps, assiste avec tristesse à la déchéance, à l’agonie de son amie.
Pourtant, à plusieurs reprises, avec le ciel comme allié, elle avait tenté de lui venir en aide, faisant naître des vents violents accompagnés de pluies diluviennes et de grêle, des cyclones, des ouragans et des tornades. Mais rien à faire, les Erretiens étaient restés sourds et aveugles à tous ces signes annonciateurs du désastre.
Un jour, lasse de cette situation, elle décide d’intercéder auprès du soleil en faveur de son amie, de solliciter sa clémence, son pardon.
- Soleil, grand maître de l’univers, puis-je solliciter de ta part une faveur ?
- Je t’écoute, Lune ! répond-il de sa grosse voix.
- Eh bien voilà, Soleil, tu es le maître et tout l’univers est le reflet de ton infinie lumière.
- Ou veux-tu en venir, Lune ?
- As-tu oublié qu’Erret fut ta préférée, ton trésor, ton joyau ?
- Oh ! Non, je n’ai rien oublié, Lune, rien du tout. Aussi, quand je regarde ce que les humains en ont fait, une immense peine m’envahit, mais surtout, je ressens un immense désir de les punir !
- Alors ! Pourquoi la punir elle aussi ? Je te trouve bien injuste !
La lune, consciente de son charme, le flatte. Elle lui fait ses yeux de biche et le caresse de son regard de velours. Pour le séduire, elle s’est parée de ses plus beaux atours. Elle a mis son beau collier de cristaux de glace, de la poudre d’étoile filante sur ses paupières, de la poussière de Mars sur ses joues et du rouge de Jupiter sur ses lèvres. Elle a jeté sur ses épaules un voile de nuage. La Lune scintille comme un diamant ; auréolée d’un halo lumineux rouge et violet, elle est belle, irrésistiblement belle. Il ne peut et ne doit rien lui refuser. C’est du moins ce qu’elle espère.
- Où veux-tu en venir, Lune ? demande le Soleil.
S’il accepte d’écouter ses doléances, c’est que le charme lunaire opère.
- Je te trouve bien injuste envers Erret !
- Ah ! Tu trouves que je suis injuste ?
- Oui, mon seigneur, elle n’est pas responsable des méfaits dévastateurs perpétrés par les humains, ni de leur conduite. Ne les a-t-elle pas fait naître ? Ne les a-t-elle pas nourris ? Ne les a-t-elle pas Soignés ? Enfin Soleil ! ne leur a-t-elle pas dispensé ses bienfaits à volonté sans compter ?
- Et comment ces êtres stupides l’ont-ils remerciée ? Peux-tu me le dire ? Ne l’ont-ils pas violée, souillée, polluée, ravagée ?
- Mais est-ce sa faute ? Je peux concevoir que tu les punisses, eux, mais pas elle, pas Erret ! Ne mérite t-elle pas d’être épargnée ?
Le soleil réfléchit, se gratte le front, roule sa moustache entre ses doigts et répond :
- Très bien Lune ! j’accède à ta requête, mais en faveur d’Erret et parce que tu es son amie ; les humains, eux, ne méritent pas ma clémence.
Pour la Lune, ce n’est pas suffisant. Erret sans les Erretiens ne serait plus Erret, et puis ils sont eux aussi ses amis. Il lui faut insister davantage, au risque d’attiser sa colère.
- Je t’en prie, Soleil, n’ont-ils pas droit à une seconde chance ? Accorde-la leur, s’il te plaît !
Le soleil reréfléchit , se regratte le front, reroule sa moustache entre ses doigts, mais cette fois hésite :
- Non ! Ils m’ont bien trop souvent déçu. Je ne leur fais plus confiance car ils ne respectent rien, ce sont des prédateurs ! Si je n’étais pas intervenu, ils auraient finit par polluer tout le cosmos avec leurs machines de guerre et leurs engins qui sèment la mort. Non Lune ! ils ne méritent pas de vivre. Ma décision de les exterminer est prise !
La Lune est tenace, elle n’a pas dit son dernier mot, la Lune ! Elle ose une autre tentative:
- Ecoute soleil, donne-leur une épreuve à surmonter, une énigme à résoudre.
- S’ils échouent, alors tu pourras à tout jamais les éliminer.
Elle a bien joué la Lune. Le Soleil ne rereréfléchit pas, ne se reregratte pas le front et ne se rereroule pas la moustache entre ses doigts. Il répond cette fois sans hésiter :
- J’accède à ta supplique ! Sachant par expérience que je ne prends aucun risque, connaissant trop bien, pour l’avoir longuement observée, la nature humaine ! Leur renaissance dépend de leur réponse, sinon…
- Sinon ? demande la lune, le sourcil interrogateur.
- Sinon, seule Erret retrouvera sa place parmi nous ! Dorénavant et jusqu’à ce que j’en décide autrement, tu resteras immobile entre elle et moi. Elle continuera à tourner comme une folle à l’envers et les humains continueront à vivre dans le chaos !
La Lune fait une majestueuse révérence et se confond en remerciements.
- Je te remercie, Soleil, mon tout-puissant, mon seigneur, mon maître !
- C’est bon Lune, c’est bon ! Dis-moi ?
- Oui votre honneur ?
- N’en fais-tu pas un peu trop ?
La lune rougit et d’une voix suave demande :
- Et quelle est cette énigme, maître ?
- Ta curiosité ne m’étonne guère, belle Lune !
C’est vrai qu’elle est surprenante, la Lune ; elle apparaît, disparaît, se cache, se voile, se dévoile !
- Ecoute bien ! lui dit le soleil.
Elle comporte quatre noms, de leur découverte dépend mon pardon !
Le premier commence par la lettre A : Bien triste celui qui n’en a pas !
Le second ne peut se prodiguer sans mon premier !
Quant au troisième, de la vie on fait fi si mon tout ne bat pas pour lui !
Enfin, mon tout est le quatrième, mais il est introuvable
si pour l’énigme il ne bat pas insatiable !
( Quand même chouette,
ce soleil poète amoureux d’ERRET !
Car il aurait pu rester sourd à cette
requête et continuer à faire la tête ! )
- Peux-tu me donner quelques indices ? demande la Lune.
- Oh que non ! Je te sais suffisamment bavarde et prête à tout pour venir en aide à tes amis.
- Dommage ! Mais que dois-je dire et que dois-je faire, à présent ?
- Rien ! Tu ne dois rien dire ! Tu ne dois rien faire ! Ce sont eux, seuls, qui doivent trouver le moyen de mériter ma clémence, et ce, sans l’aide de personne ! Pour l’instant, je ne veux surtout plus les voir. Tu resteras entre eux et moi, comme je te l’ai dit ! C’est tout !
- Très bien, maître ! répond la Lune en faisant demi-tour.
Ainsi elle était parvenue à ses fins, enfin presque ! Elle avait obtenu un répit pour ses amis, mais, allait-elle rester passive ? Allait-elle obéir ?
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