In Libro Veritas

ERRET " conte fantastique illustré"

Par Alain/Bernard Barbé/Larquet

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Table des matières
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LA MALEDICTION DU SOLEIL

 
Une terrible malédiction frappe cette planète. Pour en comprendre l’origine, il nous faut revenir jusqu’au jour où le soleil se fâcha et la fit tourner vite, très vite comme une toupie, mais à l’envers, comme pour lui faire remonter le temps, comme pour la faire renaître ! Tellement vite qu'il n’y eut plus jamais de nuit. Que le jour, le jour, toujours le jour. Puis il se mit à darder ses rayons, très fort, si fort que d'énormes incendies s’allumèrent. Tout fut calciné et une totale sécheresse s’ensuivit. Erret devint un vaste désert, vierge de toutes traces de vie. Quelques survivants durent cependant leur salut à d’anciennes galeries de mines souterraines ou ils se réfugièrent avec les maigres provisions qu’ils avaient pu emporter, juste avant la catastrophe. Au bout de quelques temps, la température ayant diminué, ils se risquèrent à remonter à la surface et là, quel ne fut pas leur étonnement en constatant l’état de leur planète ou plutôt, ce qu’il en restait !
Avec étonnement ! Le mot est faible. Outrés, indignés serait plus approprié pour ces humains qui ne soupçonnent pas un seul instant qu’ils en sont responsables. Car enfin, qu’ont-ils bien pu faire pour mériter un tel déluge de feu, un tel cataclysme ? Pour quelles raisons le soleil, Dieu des Dieux, a-t-il manifesté une telle colère envers eux ? Ne sont-ils pas irréprochables, ces êtres supérieurs ? Pour eux, c’est certain ! Ils n’y sont pour rien ! Parole d’humains !
 
Il leur faut vite maintenant trouver la réponse à cette question, sinon, la fin de leur planète s’annonce inéluctable. Erret et tous ses survivants seront irrémédiablement réduits à l’état de cendre et pulvérisés dans le cosmos.
Après d’interminables discussions, un grand chef est nommé, car comme toujours, quand la bêtise humaine fait sa loi, il lui faut un grand chef pour la dicter à des sous-chefs, lesquels se font un devoir, même si elle est aberrante, de la brailler haut et fort à des petits chefs qui veillent à son exécution, sans discuter !
Le grand chef s’appelle «MARCHE EN AVANT » parce qu’il marche en avant, les sous-chefs « MARCHENT EN ARRIERE » parce qu’ils marchent en arrière, et les petits chefs  « ON N’SAIT PAS OU ILS VONT » pour la simple raison qu’ils ne savent pas où ils vont ! Et puis il y a les autres, les moutons, les «T’AS LA TETE EN BAS» les « SAUTENT SUR UN PIED  les « MARCHENT SUR LES MAINS » et les «TOURNENT EN ROND ». Vous aurez deviné, je l’espère, pour quelles raisons ces derniers s’appellent ainsi ! Tous font partie de clans différents : Les ETERNUEURS, les TOUSSEURS, les PETEURS et les ROTEURS.
C’est curieux comme les humains, quelles que soient les circonstances, éprouvent le besoin de se nommer, de se cataloguer, de se numéroter et de s’étiqueter !
Le grand chef MARCHE EN AVANT - hiérarchie oblige - rassemble les sous-chefs, les MARCHENT EN ARRIERE : Il leur demande de réunir les petits chefs ON N’SAIT PAS OU ILS VONT, pour une importante conférence au sommet.
Les élus une fois rassemblés, commence  la conférence derrière un gros tas de poussière, à l’abri du regard de tous.
- Quelle injustice ! Nous ne méritons pas ce qui nous arrive ! Après tout ce que nous avons fait pour notre planète, je la trouve bien injuste envers nous !
Car bien sûr ils n’ont rien compris, rien perdu de leur stupide orgueil. Ils restent persuadés, au mépris de tout ce qui est destructeur, que les moyens utilisés pour leur seul bien-être se justifient. Le droit de piller, de souiller, de dévaster, de profiter toujours plus, toujours plus vite, mais surtout, toujours tout de suite ! Telle était leur devise, avant, tel est le résultat de leur bêtise, maintenant !
- Il devient urgent de mettre fin à cette situation ! reprend d’un air hautain, le grand chef. Sinon, il n'y aura bientôt plus aucune trace d’humain, ce qui  serait fort dommageable pour l’univers. N’est-ce pas ! Par conséquent, je vous propose d’aller sur une autre planète !
Toujours fidèles à eux-mêmes, leur planète, encore une fois, n’avait aucune importance.
- Mais comment, grand chef ? Comment ? Vous savez bien qu’elles sont toutes bien trop éloignées de la nôtre !
- Mais tout simplement en signalant notre présence à un vaisseau spatial, s’il en existe encore un ?
- Mais Grand Chef,  comment être vu d’un vaisseau spatial alors qu’il n'y a plus de lumière ? Sinon avec quoi ?
MARCHE EN AVANT ne répond rien, il se concentre, il échafaude des plans. Lui le chef, il pense ! Il réfléchit, lui !
- Attendez ! Et si nous nous accrochions à la queue d'une comète ou d’une étoile filante quand elle passe ?
- Encore faut-il qu'elle passe assez près de nous et pas trop vite, Grand Chef !
 Attendez ! Attendez ! Attendez ! En attendant, la situation se présente mal pour les Erretiens, de plus en plus mal, voire sans espoir. Une idée germe dans le cerveau, pourtant éprouvé, d’un Tourne en Rond qui tournait en rond mine de rien, dans le secteur. Etourdi, il l’est certes, mais il est également ingénieux. Ce qui n’est pas incompatible
- Ecoutez, Grand Chef ! dit-il en faisant des ronds, interrompant ainsi la conférence des élus. Il nous faut approfondir votre idée de la comète et de l’étoile filante !
Le grand chef le regarde avec étonnement en s’interrogeant à voix basse.
- Quel est cet hurluberlu, ce moins que rien, cet étranger qui se permet d’intervenir dans notre conciliabule sans y être convié ?
Intrigué, il l’invite à poursuivre.
- Alors comme ça, TOURNE EN ROND, on est curieux ? … On écoute aux portes ? …On s’immisce ?…
-  Mais non, Grand Chef ! Au cas ou vous ne l’auriez pas remarqué, il n’y a plus de porte !
Le grand chef n’avait rien vu, il ne s’était même pas rendu compte que des barrières étaient tombées. Il est comme tous les marchent en avant qui ne défoncent souvent que des portes ouvertes.
- C’est bon, cesse de tourner et explique-toi !
- A vos ordres, Grand Chef ! Voilà, je ne tourne plus, enfin presque plus, je m’arrête et je m’explique : Si, lorsque passe une étoile filante ou une comète, comme vous le suggérez, Grand Chef, nous respirons une grande bouffée de poussière, que nous toussons et éternuons tous en même temps, profitant de notre faible pesanteur, nous pourrons nous accrocher à sa traîne, nous laisser transporter et ainsi, nous poser sur une autre planète.
 
MARCHE EN AVANT se gratte la tête avec ses deux mains et dit :
- Ton raisonnement mérite réflexion, TOURNE EN ROND ! Nous allons faire une tentative, mais avant tout, un entraînement s’impose. N’est-ce pas messieurs ?
- Oh ! Oui, Grand Chef !
- Très bien ! ordonne t-il. Préparez-vous, je donnerai le signal !
 
Ils font un tas de leur sac de pierres pour le cas où tournerait à la catastrophe la tentative que même les rochers environnants semblent l’approuver. Ensuite, car ne l‘oublions pas, la menace de disparaître à tout jamais dans l’infini pèse sur les survivants, TOURNE EN ROND prend soin de fixer, à cette amarre de fortune, un long cordage en partie calciné, échappé de l’enfer. La section la plus fiable est arrimée à la taille du grand chef. C’est normal ! 
Question :
- Et les autres ?
Réponse :
- Eh bien les autres se partagent les risques. C’est normal ! Puis, pour pallier la fragilité de cette ligne de vie, ils se prennent par la main. Le Grand Chef, MARCHE EN AVANT, est le premier près du tas de sacs, mais, le dernier dans l’ordre du départ parce que lui, il ne part pas. C’est normal ! TOURNE EN ROND loin du sac, mais ! le premier dans l’ordre des disparus. C’est normal !
 
A ce stade de l’aventure, il n’y a là rien d’anormal. Même lorsque le décompte commence. Ce qui est plus que normal sur une planète qui tourne à l’envers.
- Trois, deux, un, éternuez, toussez !
At, At ! At choum ! font les uns tandis que les autres toussent. Ce qui, évidemment, a pour effet de soulever un énorme nuage de poussière et de les rendre encore moins visibles. Le Grand Chef fait de son mieux pour retenir son cerf-volant humain, mais, malgré tous ses efforts, la corde finit par se rompre et les mains, par se lâcher. Le vide aspire les premiers de cordée qui se volatilisent dans l’espace doucement, mais sûrement. Les autres reviennent sur Erret au prix de multiples efforts, éternuant, toussant, vociférant des mots gros, la tète en bas, les pieds en haut. Un MARCHENT EN ARRIERE, rescapé de justesse, s’adresse au grand chef en reprenant péniblement sa respiration :
- Sauf votre respect, Grand Chef, ce n’est pas une bonne solution !
- Mais cette solution  n’était pas la mienne ! ! ! répond MARCHE EN AVANT.
Plutôt faux-cul ce grand Chef MARCHE EN AVANT qui fait marche arrière ! Non ?
Tout le monde rattache son sac de pierres à sa ceinture, médite sur son futur, mais et surtout pas, sur les causes de son présent. Ce serait trop leur demander !
Non, cette solution n'est certainement pas une bonne solution, d’autant que plusieurs d’entre eux ne donnent plus signe de vie. TOURNE EN ROND, l’ingénieux, ajoute malheureusement son nom à la liste des disparus et ça ! ce n’est pas normal !
Mais comment faire cesser cette punition ? Punition infligée par l'astre suprême « Le Soleil » déçu des humains, de leur conduite, de leurs agissements, las de constater le mépris avec lequel ils ont traité sa planète préférée.

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