In Libro Veritas

ERRET " conte fantastique illustré"

Par Alain/Bernard Barbé/Larquet

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1 ERRET


La planète presque vide, presque morte.

La planète bannie par le Soleil !
 
Plus d'océans, de mers, de lacs, de rivières ; plus de pluie, plus d'eau, plus d'arbres, de forêts, de fleurs ; plus d'insectes, de papillons ; plus d'animaux, plus d'oiseaux, de lions, d'éléphants, de zèbres, de girafes ; plus de chiens, plus de chats, plus de basse-cour, de poules, de canards, de lapins, de dindons ; plus de fermes, plus de vaches, de moutons, de cochons ; plus de chevaux. Tous les animaux ont disparu, décimés,  évaporés, volatilisés.
Plus de vent, presque plus d'air, presque plus d’oxygène, finis les saisons, le printemps, l’été, l’automne, l’hiver, plus rien existe  de ce qui fait la vie ! Plus de maisons, de champs de blé, de tournesols, de coquelicots, disparus les vergers, les fruits, les légumes, plus rien à manger, plus rien à boire, plus rien à voir ! Plus de nuits, plus d'arc-en-ciel, plus de couleurs, plus de musiques, plus d'histoires, plus de rêves ! Plus d’amour !
 
Il n'y a plus rien ! Qu’un sol brûlé et quelques survivants. De pauvres êtres hébétés, vivant au ralenti, comme des automates.
 
Certains marchent la tète en bas sur les mains, d’autres vont à reculons ou tournent en rond, d’autres encore sautent sur un pied, tantôt sur l’un, tantôt sur l’autre, afin ne pas user davantage leurs souliers déjà bien fatigués. Comme si cela devait changer quelque chose ! C’est bien la preuve que leur cerveau fonctionne à l’envers. Ils n’ont plus un seul cheveu sur la tête et leur crâne, lisse comme un œuf, laisse s’évaporer le peu de matière grise qui leur reste. La couleur de leur peau ridée est terne, leur teint cireux. Toute la détresse de cette planète moribonde se lit sur leur visage émacié. Leurs yeux exorbités, hagards, semblent chercher l’introuvable. Ils ne sont plus que des zombies, errants dans tous les sens sur le résidu de leur planète, Erret ! Leur respiration courte semblable à celle du poisson jeté là, sur la berge, par un pêcheur qui n’a que faire de sa douloureuse agonie, ils sont au bord de l’asphyxie, haletants pareil au soufflet d’un vieil accordéon fatigué d’avoir trop fait danser. Leur bouche, entrouverte en quête d’oxygène, laisse entrevoir des dents jaunes, noirâtres. Les femmes sont de très vieilles femmes et les hommes, de très vieux hommes. A cause de l’épaisse poussière qui recouvre le sol, les enfants sont condamnés à vivre au fond des galeries. Du fait de leur petite taille, ils ne peuvent en sortir que juchés sur les épaules d’un adulte.
Pourquoi les enfants n’échappent-ils jamais à tous ces désastres perpétués par la cupidité et l’égoïsme de leurs parents? Pourquoi ne sont-ils jamais épargnés ? Pourquoi n’y a-t-il pas dans le lait des mamans, lorsqu’elles mettent au monde ces êtres innocents, quelque chose qui les immunise, qui les rende invulnérables, intouchables, inviolables, imperméables à toutes les folies des grands, pourquoi perdent-ils, eux aussi, leur si touchante candeur en grandissant ?
Ils n’ont, pour apaiser leur faim, que des boulettes de charbon de bois et on ne sait par quel miracle, pour étancher leur soif, une maigre ration d’eau puisée au fond d’un puits de mine. Ils sont tellement maigres qu'ils ne peuvent se permettre de tousser ou d'éternuer car il ne reste presque plus de pesanteur. Ils risquent de disparaître à tout jamais dans l’espace en soulevant d’énormes nuages de poussière. Ils portent, suspendu à leur taille pour ne pas s’envoler, un grand sac rempli de pierres. Le froid, le brouillard, une vision de cauchemar est leur quotidien. Le désespoir et la peur s’ajoutent à leur désarroi. Dorénavant, Erret est synonyme d’enfer ! C’est ce qu’ils en ont fait ! C’est ce qu’ils se sont fait.

Chapitre suivant : LA MALEDICTION DU SOLEIL