In Libro Veritas

Le Triathlon (en cours)

Par Tsaag Valren

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Table des matières
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Tambours de pluie, battements de coeur

      
Un dernier regard sur mon bloc-cité, grise et triste bâtisse trapue perdue sous la pluie de rage déchaînée du ciel de Syrang. Ce matin, je pars pour un grand voyage. Sac sur l'épaule, athlétiquement chaussé, je me laisse emporter par l'autrottoir, cette abomination roulante pour fainéants citadins, vers le téléporteur interplanètes.

Je croise des travailleurs en pause, fumeurs de Phoriaze ou buveurs de Broisie, quêteurs d'un bonheur à 50 Uni-monnaie la dose. Ils m'ignorent, je m'engage sous un tunnel protégé de hautes barrières encadrées par les rigides gardes impériaux.

Vérification du pass. Ji-Yao Incatur. Motif du départ : Les Jeux.

Les jeux bordel ! Ils traînent, je les jauge. Je vais me marrer, pendant que vous camperez la barrière toute la nuit.

Le contrôleur m'ouvre le sas. Je laisse la Syrang impériale derrière moi. Je quitte physiquement mon monde pour la première fois... et... pas les pieds devant ! Jamais je ne l'aurais cru, ou même imaginé.. Car on entre dans les téléporteurs par la tête. Sortirai-je en Eyristar les pieds devant ? Cette machine bourdonnante m’impressionne, toutes sortes d'énergies étranges y circulent. Elles me transpercent et provoquent frissons sur frissons. Positif, négatif ? Aïe... J'ai peur !

Les premiers téléporteurs furent conçus pour les marchandises. Avec un taux de fiabilité de 99.9%, il me reste un risque d'arriver en
Eyristar, planète organisatrice, sous forme de miliards d'atomes séparés. Emportés par le vent souterrain...une expérience intéressante... probablement.

Des vagues électriques courent le long de ma peau. Ca oscille plus ou moins entre l'engourdissement et la transmission de forces. Manquerait plus que j'arrive à destination complètement légumisé !

- Ca vient oui ?

Je tâte ma couchette molletonnée et les parois de métal du téléporteur. Résonnance. Pas confiance. Je suis sûr que les accompagnateurs me font mijoter pour mieux me cuisiner ! Ils doivent être jaloux de ma chance et ma réussite ! Se rendre en Eyristar est le privilège de si peu d'entre nous... L'Empereur, sa suite, les notables, les grands commerçants et les athlètes seulement. Les vagues d'énergies se sont chaleur et fouets caressants. Elles me percent, me disloquent par dizaines, centaines, milliards, infinités... et je n'ai plus de corps ! Comme c'est étrange. J'ai l'impression d'être... un... un E-mail ? C'est exactement cela. Un E-mail, transformé quelques temps en données brutes. Au commencement était le chaos informatif. A la fin sera... Moi ! L'humain !

Picotements de partout. Je suis toujours dans le blanc téléporteur, allongé, groggy. Surpris. Une femme ouvre la machine. Les pieds devant, mais en vie, mon hôtesse ne ressemble pas à un ange. Quel visage étrange ! Elle... sa peau est complètement blanche, lactée. Et ses yeux... bleus ? Comment est-ce possible ? Elle me domine physiquement d'une bonne tête et me tend sa main pâle. Je la saisis, elle me redresse.
Mon cerveau semble un tambour de machine à laver, qui tourne, tour... Où est le bouton "off" ? J'ai l'impression d'avoir perdu mémoire, connaissances et intelligence.

Quelques minutes s'égrènent, puis je lève enfin les yeux sur l'étrange paysage qui m'accueille.

On dit d'Eyristar qu'elle est une cité souterraine percée de multiples galeries. Pourtant je ne ressens aucune claustrophobie propre à ces lieux. Les plafonds lumineux sont décorés de motifs rappellant le ciel bleu. De faux soleils, dispersés dans ses motifs, se révèlent être des lampes à vitamine K.

Ma pâle hôtesse me tâte sous toutes les coutures. Je suis entier, oui, même s’il me semble que des bouts de mon cerveau se promènent dans le téléporteur. Lorsque le sol cesse de se dérober, je me relève, prêt à conquérir ce nouveau monde. La femme blanche me montre un grand couloir. Destination : les chambres des athlètes.

J'avance, j'empoigne mon destin. Ce monde est si différent de ma Syrang natale ! Le long couloir que je suis est imprégné de l'esprit des Jeux : numérigraphie, souvenies immortalisés le long des murs.... Pas de différences sur nos origines, notre couleur de peau ou notre religion. Nous sommes des athlètes égaux, réunis sous la bannière des jeux Cérébrolympiques. Je plane.

Ces jeux ont une longue histoire. Jadis existaient des jeux Olympiques, héritiers des antiques à la gloire du corps. Les jeux Cérébrolympiques sont ceux du mental. A leur création, ils ne comportaient que peu d'épreuves : Les échecs (discipline la plus populaire), Le mastermind, le jeu de Dame (moins amusant), le scrabble, quelques jeux de rôle...
au fil des années, de nombreuses nouveautés s'y greffèrent, facilitées par une technologie galopante. Ce Triathlon en fait partie.

Galeries, couloir, flèches illisibles... Me suis-je perdu ? Non : un guide Eyristain zélé reconnaît mon uniforme, m'interpelle et me conduit à ma chambre. Petite pièce confortable, munie de lampes à vitamines, ses murs gais sont recouverts d'images de l'extérieur. Je suppose, car peu de monde a vu la surface de Kayer, planète hôte des Eyristans, où la température moyenne avoisine -30°. Les habitants témoignent physiquement de ces générations de vies souterraines : Tous grands, la peau pâle malgré les compléments des lampes, de petits yeux à peine ouverts, pires que les miens ! Pourtant, je suis kinois, comme la majorité des habitants de Syrang.

Le guide m'invite à participer au repas du collectif Olympique dans deux heures.

Non. Je veux mettre à profit les jours restants pour réfléchir à ma stratégie et vaincre. Qu'il apporte le repas dans la chambre.

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