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Corps irradié

- Par Francine Ségeste

-
- Date de publication sur In Libro Veritas : 24 mars 2008 à 11h43
-
Septième et dernier volet du recueil "Destin de sable".
Déjà la mort s'avance...
La vie véhémente
Ne souffle mot
D’un corps elle n’a que faire
Du monde elle s’émerveille.
Ces poèmes sont publiés dans le recueil « Destin de Sable » chez ILV-Edition. Pour le commander, cliquer ici : http://www.ilv-edition.com/librairie/destin_de_sable...
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Non sans terreur...
...J'ouvre "Corps irradié". Bien sûr on y retrouve "Combien de jours encore", qui le clôture. Les titres avaient prévenu.
Que dire ? Puisque j'ai plusieurs fois comparé Francine Ségeste à Eluard, c'est un peu comme si Nush avait écrit pour elle, pour lui, pour nous, "Le dur désir de durer" de son point de vue à elle, "Le temps déborde" de son point de vue à elle. On ne peut que tâcher de retenir ses larmes.
Bien sûr la peur. Bien sûr la convergence terrible, dans deux des poèmes au moins, avec son livre magnifique "Mémoire de la mer" (sur la mort de sa mère). Bien sûr la tristesse de Verlaine dans ses hôpitaux-prisons.
Et pourtant... Quand le mot "mort" envahissait les poèmes d'amour des parties précédentes, le mot "amour" semble envahir ceux de "Corps irradié". Oui, l'amour semble bien vaincre la mort, l'amour partagé, l'amour reçu d'un aimé ou d'une aimée, aimant ou aimante, et l'amour donné. L'amour donné surtout à travers la poésie.
Corps irradié à la plume radieuse. Victoire d'un printemps intemporel.
"Septième et dernier volet du recueil "Destin de sable"" dit l'auteure (et, au fait, elle précise maintenant que "Lucioles de sang" est la 6ème partie du recueil, donc à lire après "L'Ange debout"). Il faudra tout relire de ce recueil impressionnant. J'attends avec impatience l'édition papier, parce que, quand même, un vrai livre, c'est mieux, surtout pour la poésie.
Somme d'une vie du XXe siècle ? Coup de gong d'une poésie du XXIè siècle ? On ne peut, face à "Combien de jour", à "Corps irradié", réagir en simple critique littéraire. Pourtant viendra un temps où on lira ces vers comme ceux de Nerval ou Baudelaire , de Verlaine, d'Aragon ou d'Elaurd : sans se dire "Ah les pauvres, ils ont l'air de trinquer". Viendra un jour où ces verts se feront musique qu'on lira pour le plaisir. Atroce paradoxe de la poésie.
Mais merci à Francine Ségeste d'avoir ainsi transfiguré une vie en merveille. "Combien de jour encore ?" Le plus possible, Madame, beaucoup de jours, pour nous en offrir encore et encore.
...
Chair labourée
Nouvelle terre
Renouveau de l'esprit
La mort est un passage
Etla joie subsiste
Dans l'amour vivifié
Où résonne encore
L'unisson des coeurs
Les mots sont des lacs
Où tu peux nager
Dans l'invincible espérance
De nos bras grands ouverts
L'essence de ta beauté
Te nimbe et t'auréole
Douce lumière éternelle
Dans la chaleur de nos essences
Tout ira bien à présent
Que je peux te porter
Au zénith de la plénitude
Laisse être là
Même invisible
Des poèmes d'âme : pro...
Des poèmes d'âme : profonds, pudiques et touchants. Avec toujours en filigrane un nuage d'espoir.
J'ai adoré : "l'amour est l'ouvroir de la mort".
Je trouve que c'est bien écrit, délicat malgré les descriptions très suggestives. L'évocation d'une fin rejoint la foi d'un commencement, ailleurs.
Et moi aussi, j'y crois.
Ce recueil de poème est, à mon avis, un moment d'harmonie paisible, un retour sur soi-même plein de réalisme mais aussi de sérénité.
Je vais lire les autres.
Combien de jours ?
A la lecture de ce poème, en ce moment, c'est une prémonition qui se dévoile. Envie de répondre par une autre poésie...
Et puis non, ce ne sera pas une poésie.
La poésie est pour le moment trop occupée à veiller au dessus de sa couche.
A ses débuts sur ILV, ne sachant pas son état, alors que moi-même je ne comprenais pas trop ce qu'un certain Lancelot faisait en idolâtrant tant cette auteure, bien avant d'avoir fait légèrement connaissance avec F Ségeste, je lui ai envoyé des missives par MP parce qu'elle n'avait pas répondu aux suggestions que je lui avait fait sur certains de ses poèmes.
Et savez-vous la réponse que j'ai reçu?
Le choc !
Elle s'excusait auprès de moi !
Pour cause d'hospitalisation il lui était très pénible et difficile d'avoir accès au net. Par contre une fois son accès repris, je recevais une réponse à chacune de mes remarques. Et je commençai à découvrir une amoureuse de la poésie.
Je n'ai pas connu Ségeste mais j'ai connu ses gestes.
J'ai lu cette femme qui se désespère de figer ses souvenirs voyant dans quelle mer ils peuvent aller à la dérive en accompagnant sa mère.
J'ai lu les nouvelles grises, non noires mais grises de sa cité des solitudes.
J'ai parcouru rapidement, trop rapidement sa poésie et regrette à présent de savoir que je ne pourrai pas m'entretenir avec elle de cette poésie autre que la mienne, plus libre et pourtant si pleine de rigueur.
Et j'ai vu son écriture, celle qui ne ment pas et qu'on laisse sur papier avec de l'encre, oui elle m'a dédicacé un livre et j'ai vu cette écriture si souffrante que j'en ai eu peine à lui avoir demandé une dédicace.
Et si j'écris cela aujourd'hui, c'est pour qu'elle sache avant de faire le grand voyage qu'une trace d'elle va rester en moi et que même si je ne suis rien, ce n'est pas rien du tout.
Sincèrement et
à bientôt sur d'autres vers
Si Francine vous était...
Si Francine vous était contée, Jost, elle ne pourrait mieux résumer ce qu'elle est et vit par ses mots : "Déjà la mort s'avance...La vie véhémente Ne souffle mot
D’un corps elle n’a que faire Du monde elle s’émerveille." Elle n'ose pleurer et moi j'ai du chagrin, un gros chagrin pour elle, pour sa souffrance silencieuse et pour son amour de la vie.
J'ai rencontré Francine sur un plateau de télé, animé par un idiot, entourée de femmes écrivains. Moi, je n'avais rien écrit du tout, je témoignais sur la difficile relation mère-fille. Il s'est passé quelque chose de si fort entre Francine et moi que j'en suis encore toute surprise et émue. Les autres écrivaines me snobaient mais ce n'était pas grave, car je venais de faire une rencontre unique qui passait par les mots vrais et les silences.
"Du monde elle s'émerveille"... nous nous sommes émerveillées dans une complicité sans lendemain, juste par le bonheur de savoir que l'autre existe. Quel délice !
Aussi ses poésies cognent dans mon âme comme un écho aux amours de sa vie. Avez-vous déjà vu ses yeux ? Plus grands, plus beaux que jamais dans ce corps décharné par ce foutu cancer. Alors, lisez ses poèmes et vous saurez combien ses yeux ont l'immensité de la mer(e).
je reviens chez toi Francine
pour surfer sur la vague et entendre le ressac de tes mots.
Il me semble me tenir au parapet d'Ostende, écoutant mugir la mer émeraude et rugir le vent, claquant comme mille langues assoiffées de poésie.
Tu n'es pas loin.
Juste au détour de la mémoire.
...
[Commentaire rétracté]
il me faut toujours y revenir... Partout où la poésie s'engage pour DIRE
"L'enfant qui s'accroupit
L’enfant qui s’accroupit
Pour ne plus voir le monde
Rouler dans les ténèbres
M’a regardée et j’étais lui.
Le vieil homme qui courait
Dans les forêts avec sa corde
Cherchant l’arbre attribué
De toute éternité
M’a parlé de son amour enfui
Et j’étais lui.
La prostituée écartelée
Au fond des bouges a craché
Son amertume dans la bassine
Et la semence éjaculée
Des hommes roides
Et j’étais elle.
Seul un oiseau lançait
Dans la nuit ses trois notes
Obstinées
Sans aucun sens encore
Et sans écho
Dans une aube très lointaine
Et j’étais lui."
*****
Dans la lutte une voix chaude
S'élevant
Pleine d'essences encore
Et mille échos
Dans un de ces matins mutins
Et j’étais elle....
...des mains de femme se serrant de toute éternité dans une rencontre suspendue...
(commentaire précédent supprimé pour correction d'une faute de frappe)
mes paroles sans voix ...
mes paroles sans voix
claquent d'effroi
au cou des nuits
chats-huants qui hululent
aux serres de douleur
"une enfance qui cogne"
magnifique poème de l'inoubliable Francine Ségeste !!!!!