UN NOUVEL ECHANGE
Le système actuel, est basé sur un échange précis, l’échange marchand qui se décompose en vente et achat : la production crée la capacité de vente par les produits qu’elle fournit, et elle crée aussi la capacité d’achat par la distribution, directe ou indirecte, qu’elle fait des revenus. Or la production moderne donne naissance à une capacité de vente de plus en plus grande, tandis qu’elle crée une capacité d’achat qui va en s’amenuisant avec les suppressions d’emplois, le travail à temps partiel, etc. Cet échange-là, qui a déjà cessé pour tous les non actifs, tend donc à diminuer pour l’ensemble des actifs.
L’économie devrait au contraire élargir l’échange entre un individu et la société, en posant en principe que tout citoyen a, à la fois, le droit, toute sa vie, de recevoir de quoi vivre, et le devoir de participer, selon ses moyens, à la vie de la société qui l’entretient.
Mais comment assurer la distribution du pouvoir d’achat si ce n’est plus par référence au travail ? La réponse est évidente : par référence à ce qui est offert à la vente, car la richesse à répartir est celle qui est produite pour être consommée. Et si on décide de produire plus avec moins de main d’œuvre, cela entraînera plus de revenus et plus de loisirs. A la monnaie capitaliste doit donc être substituée une monnaie créée au fur et à mesure que cette richesse est produite, proportionnellement à elle par l’intermédiaire de prix politiquement définis, et annulée au fur et à mesure qu’elle est vendue pour être consommée.
Cette monnaie de consommation n’est qu’un pouvoir d’achat qui ne sert qu’une fois : elle ne circule pas et ne peut pas produire d’intérêts. Mais elle reste le bulletin de vote du client sur la production à renouveler, puisqu’il garde sa pleine liberté pour choisir ses achats. Il n’y a aucun obstacle technique à sa mise en place : le montant de la masse monétaire émise pendant une période donnée est égal au prix total des biens mis en vente dans le même temps. Ainsi, à toute nouvelle production correspond l’émission d’une nouvelle quantité de monnaie. Une part de cette somme est affectée en priorité aux services publics, l’éducation, la santé, la recherche, etc., et le reste est réparti entre les citoyens, dont les revenus sont donc nets de tout impôt ou taxe. Tous ont un compte individuel qui est périodiquement réapprovisionné.
Ces comptes sont débités à chaque achat, la somme correspondante étant annulée, un organisme public étant seul habilité à alimenter chacun des comptes personnels. Pour les débits, la plupart des commerçants sont déjà équipés de machines qui utilisent, par exemple, une carte à puce.
L’économie reposerait donc sur trois piliers :
- le revenu social, versé à chacun, toute sa vie, pour vivre. C’est sa part d’usufruit d’un héritage commun ;
- le service social, qui est la participation de chacun aux tâches qui restent à faire ;
- la monnaie, gagée sur les richesses produites, qui permet d’équilibrer production et consommation.
C’est ainsi que pourront être gérées les ressources de la planète, mais sans confondre, comme on le fait aujourd’hui, les ressources humaines avec les biens mesurables et consommables. Se posent alors inévitablement les questions de savoir quelles tâches devront être assurées pendant la durée d’un service social, et si le revenu social doit être égal pour tous.
A vrai dire, je penche pour l’égalité des droits économiques puisque le labeur humain, conjugué aujourd’hui avec l’outillage dont on dispose, fournit un rendement qui n’est plus proportionnel au labeur. Comment dans ces conditions, discriminer la part qui revient à chacun ?
Cependant l’égalité économique absolue de tous n’est pas indispensable. Rappelons par ailleurs ce vieil adage d’Alexis de Tocqueville qui affirmait que l’égalitarisme était un danger pour la démocratie car même si cela part d’un bon sentiment, ce travers amène la moindre inégalité à devenir insupportable pour l’absurdité des Hommes.
Il est alors possible de prévoir, surtout dans les débuts, tel ou tel mode de répartition avantageant, par exemple, l’ancienneté, les aptitudes, la responsabilité, la collaboration intellectuelle. En fait, je ne vois pas le critérium dont on pourra se servir, car l’idée d’abondance hurle d’être accouplée à celle d’une répartition variant avec les individus, l’abondance excluant de faire des portions ».
Par ailleurs, ces décisions doivent résulter d’un débat politique.
Mais de nouvelles exigences sont apparues : d’une part, la centralisation des décisions a montré ses limites, notamment avec l’expérience soviétique, d’autre part le développement de la bulle spéculative a mis en évidence l’impuissance des gouvernements, mêmes démocratiques, face à la finance internationale, et enfin la mondialisation de l’économie a suscité, par réaction, le développement d’économies locales, à une échelle plus humaine. Tout cela fait naître, ou révèle, le besoin d’organiser le débat démocratique à tous les niveaux économiques.
C’est ce qui m’a conduit à introduire dans l’idée de contrat civique : L’enseignement initial n’aura plus pour objectif de rendre un jeune "employable", mais de lui montrer toutes les possibilités qui s’ouvrent devant lui. Assuré d’un revenu suffisant pour vivre décemment, ce jeune pourra poursuivre cette formation jusqu’à trouver sa voie, et même, éventuellement, faire plusieurs essais, faire des voyages, avant de s’intégrer, par exemple à temps plein, pendant plusieurs années, dans une entreprise. Tel pourra décider, même jeune, de s’engager à mi-temps dans une entreprise, et de consacrer le reste de son temps à entreprendre une nouvelle formation pour se réorienter, à participer à la gestion d’une association ou de sa commune ou encore à s’occuper d’un parent. Tel autre, après quelques années dans une entreprise, ou dans un service public, ou dans un travail de production artisanale, pourra prendre une année sabbatique pour cultiver son jardin. Ou pour déménager, bâtir sa maison, s’initier à l’apiculture avant de se transformer en producteur de miel et même conseiller en apiculture.
Tel autre, en faisant valoir son expérience acquise, pourra demander les moyens de prodiguer ses conseils de son domicile. Tel autre, inspiré, voudra du temps pour écrire un livre ou un opéra, pour mener à bien une recherche, ou suivre l’entraînement intensif d’un sport, ou pour se consacrer à la vie politique, ou bien il demandera les moyens d’exploiter un brevet, etc. etc.
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