In Libro Veritas

L'Humanisme en Economie

Par Pablo

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LA MUTATION

Il nous faut bien dénoncer l’absurdité et l’injustice d’un système économique qui mène à « la misère dans l’abondance ». En analysant ce qu’on a appelé la crise économique, nous nous apercevons qu’il s’agit de la manifestation d’un véritable changement de civilisation pouvant être décrit comme le passage de «  la rareté à l’abondance ».

Par ces termes nous ne prétendons évidemment pas que la planète est devenue brusquement un vaste paradis aux ressources inépuisables.

Au contraire, dès que dans un pays industrialisé on parvient à créer de plus en plus de biens et de services avec de moins en moins de main d’œuvre, le problème essentiel cesse d’être celui de la production ; c’est celui de sa répartition qui devient primordial. 

Si cette mutation n’est pas maîtrisée, le chômage augmente en même temps que la production et la croissance élargit le fossé entre riches et pauvres.

On l’a observé pour la première fois dans l’histoire du monde, aux Etats-Unis, au cours des années 1920. La crise qui a éclaté avec le krach de Wall Street en novembre 1929 s’est manifestée par la baisse des cours des matières premières, l’effondrement du marché agricole, une énorme diminution de la production industrielle et le dépôt de bilan de plus d’un millier de banques. Les dégâts s’étendirent ensuite aux autres pays développés qui comptèrent bientôt plus de 35 millions de chômeurs dépourvus de toute ressource, alors que s’amoncelaient des montagnes de vivres que, faute de clients, on détruisait pour maintenir les cours.

Puis ce fut la guerre, transformant les chômeurs en soldats et en morts. Elle fut suivie d’un répit, qui ne dura que trente « glorieuses » années. Mais depuis soixante ans, la mécanisation a fait place à l’automatisation et à l’informatisation. L’accélération exponentielle de la science, des connaissances, des savoir faire et des technologies, bref, des moyens de production, a fait vivre à l’humanité cette mutation; elle est la plus grande de tous les temps, plus profonde et bien plus rapide que toutes les évolutions du passé.

A ceux qui douteraient que cette mutation est bien celle définie, rappelons quelques chiffres récents, La production n’a pas cessé de croître :

En France, au cours des dix dernières années, le PIB s’est accru de 205 milliards d’euros, soit en moyenne, de 30 Euros par personne et par mois. Aux États-Unis, il a augmenté en 20 ans de 2.000 milliards de dollars, soit 75%. La production mondiale par habitant, donc en dépit de la croissance démographique, a été multipliée par 2,5 entre 1960 et 1990. En 30 ans, la production alimentaire mondiale est passée de 2.300 kilocalories quotidiennes par individu à 2.700, soit respectivement de 90% à 109% des besoins fondamentaux, et ceci avec un nombre d’agriculteurs qui a diminué.

Et cette production croissante a bel et bien été réalisée avec de moins en moins de labeur humain. En France, entre 1850 et 1997, le nombre d’heures de travail annuel d’un salarié est passé de 5.000 à environ 1.600. Rapporté à la durée totale du temps éveillé sur l’ensemble du cycle de vie, le temps de travail qui était de 70% en 1850 ne représente plus que 14% aujourd’hui.
Plus généralement, le volume total d’heures travaillées a diminué dans tous les pays industrialisés ; en France il est passé de 40 milliards en 1973 à 35 milliards en 1994, soit une baisse de 12,5% en vingt ans.

Les progrès techniques au cours des dernières décennies a été tel qu’au moins dans les pays industrialisés, l’humanité dispose maintenant de nouveaux esclaves mécaniques, électriques ou électroniques ; que ce soit des robots, des appareils automatiques, programmables ou asservis, ils sont innombrables. Nous avons même appris à changer la nature, à la commander pour lui faire produire ce que nous voulons, comme nous voulons, quand nous voulons.

Cette « relève » des hommes par la science et la technologie ayant transformé, en quelques dizaines d’années, les processus de production dans pratiquement tous les domaines et à tous les stades, on observe qu’il s’agit aujourd’hui non pas de produire n’importe quoi en abondance, mais de mettre ces esclaves d’un nouveau type au service de tous, sans discrimination.

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