In Libro Veritas

Le Passage des Arcades

Par Diantre

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Le passage des Arcades

J'habitais à l'époque dans le quartier le plus mal famé du centre du Mans,  plein centre, à deux pas de la place de la république. Je m'y suis d'ailleurs pour la seule fois de ma vie, fait agressé :"t'as pas une clope" me sort le crasseux qui se tient devant la  porte d'entrée de mon HLM.
 Mon HLM, il se situe dans le "passage des arcades". C'est un passage, comme son nom l'indique, les arcades ? j'aimerais bien savoir où elles sont. Passage jadis huppé, tunnel entre deux rues, trouée dans le bloc d'HLM, il habrite maintenant quelques commerces déglingués, des trucs sans nom ou qui changent de nom au gré des semaines.
A partir de 20 h 00 on y croise que des beurs, défoncés, avec leurs Rodveller, leurs cabots agressifs. Frédéric, mon filleul, refuse d'y entrer, de venir chez moi, s'il n'est pas accompagné. Moi, quelque soit l'heure, je dis toujours bonjour, je serre les mains, je souris. Je passe par les toits quand j'ai oublié ma clé : saute par le balcon, marche sur les graviers, du toit plat du HLM.

N'y vivent que des blacks, des beurs, trimeurs souvent tristes, des serveurs, oiseaux de nuits ou des serveuses du Mac Donald d'à côté. Des vrais ouvriers des villes, mais égarés.
 
 
Un an que je suis là et jamais agressé. Jusqu'au soir où :" t'as pas une clope ?". Je suis coincé dans le hall, grotte qui sépare le passage des arcades, de la porte d'entrée de l'immeuble. Devant moi le type qui m'interpelle, le dos à la porte, et derrière, un black de 15-16 ans, l'air paumé, pas méchant, mais qui bloque l'accès au passage. Je suis coincé mais pas paniqué. Je lui donne une cigarette au gars qui dégage une tension sans nom, "sous Crack" je pense en moi-même. Il l'a prends, se déplace, nez à nez il me lance :"tu m'las pas donné avec amour ta clope" (texto). Je sens plus bien le truc mais  reste très calme, surtout." Je peux pas tout faire tu sais, donner des       cigarette et mon amour avec", et je m'apprète à ouvrir la porte. Là, ce n'est plus de la tension mais de la haine-panique qui sort de ses pores et que je sens. Sans mentir et sans larmes tirer, un quart  d'heure que ça a duré, interminable, le temps suspendu, éternellement,       inlassablement dès que je faisais un geste le type m'agrippait le bras, le relachait tout en me sortant à tout va, hyper-nerveusement "t'as du fric (j'avais toujours sur moi un vieux loden noir en cachemir, élimé, dans une       friperie acheté, mais très chic), tu sais pas c'que c'est  qu'de vivre à Allonnes ou aux Sablons, tu connais pas la zone et le malheur, et encore et encore..." un quart d'heure sans ne rien pouvoir faire ni dire, juste rester calme, sinon il m'aurait tué, je le sentais.

Arrivent enfin des locataires, je leur dit calmement : "pourriez-vous me donner un       coup d' main , il y a là quelqu'un qui n'est pas  bien", et en un éclair tout a basculé : il a sorti sa lame, sous ma gorge il l'a mise,les  locataires speedé ont hurlé
"on va tous les déglinguer ces mecs, on en peux plus", partout des lumières se sont allumés, le mec à la lame s'agitait dans tous les sens, j'ai poussé la porte, ascenceur, une porte qui s'ouvre, c'est ma voisine qui me hurle d'entrer, au loin  j'entends "donne-moi le couteau de cuisine, le grand, je vais l' saigner..., non chéri, non, non, arrête...", c'est le locataire que j'ai interpellé et qui parle à sa femme, deux étages plus haut. Je hurle, "arrêtez", du boucan partout, la guerre en un instant qu'a éclatée, là en plein centre du Mans. C'est plus un HLM, c'est Beyrouth. J'entre chez la voisine, ou plutôt elle m'agripe :"j'appelle la police ! ", pas question  je réponds, pas question ! je me sens coupable. Elle me parle d'elle, me dit qu'elle a beaucoup souffert, mais sans s'étaler, presque timidement, qu'elle vit là avec son fils depuis peu (il est assis à côté de moi, sur le canapé), c'est tout propre chez elle, elle a tout refait elle même, les tapisseries, les étagères, ça sent bon, comme elle, qui est d'une beauté incroyable, grande, fine, blonde, les hanches un peu larges mais les fesses et les jambes superbes dans son jean moulées, petit     T shirt moulant aussi des seins timides et un ventre bien plat, un air  peuple, mais nom de Zeus, que  j'ai envie de la prendre dans mes bras et de lui faire l'amour et je sens à son regard que c'est réciproque, son fils est à côté. Les bruits se sont calmés. Je me lève et lui dit "bonne   nuit, merci beaucoup, et ne vous inquiétez pas, je suis juste à côté".      

Je suis rentré dans mon F1, j'ai bu plusieurs bières puis me suis       endormi je crois, je ne me souviens plus bien.
A ce que je sache, personne n'a appelé la police. Tant mieux. Depuis, suite à des pétitions, il y a des grilles, fermées chaque soir, de part et d'autre du passage des Arcades.