In Libro Veritas

LES CONTES-MINUTES

Par Alain BOUVELLE

Cette oeuvre est mise à disposition du public sous un Contrat Creatives Commons (by-nc-nd)

Vous êtes en mode de lecture plein écran. Cliquez sur le lien suivant si vous souhaitez afficher la version classique de cette oeuvre

Table des matières
Que pensez vous de cette oeuvre ?

LAVIEILLE DAME

   La doyenne de l'humanité avait cent vingt ans révolus lorsque cette chose hallucinante se produisit... La vieille femme avait les gencives endolories et bavait beaucoup depuis quelques temps. Son médecin avait tout naturellement diagnostiqué une inflammation due au port d'un dentier complet, qui n'était plus adapté à sa vieille mâchoire. Mais il se rendit vite compte de son erreur et ce qu'il découvrit le laissa sans voix : la dodécagénaire remettait bel et bien des dents de lait !
 

   Mais ce ne fut pas tout: dans les mois qui suivirent, on s'aperçut avec stupeur que sur son vieux crâne repoussaient de jolis petits cheveux, blonds, doux et soyeux ! Il devint clair pour son médecin que sa patiente, par je-ne-sais-quel miracle, était en train de rajeunir. Pendant les années qui suivirent, la métamorphose se poursuivit : la peau parcheminée de la douairière retrouvait peu à peu sa fraîcheur d'antan, ses muscles atrophiés reprenaient de la vigueur, et même ses seins flasques et pendants qui... Enfin, imaginez une femme de cinquante ans, plutôt bien conservée, dont l'état civil accuse cent trente printemps ! 
 

   Evidemment, la communauté scientifique et les médias suivaient de très près ces transformations. Cet incroyable cas de rajeunissement allait peut-être révolutionner la triste condition humaine ... Peut-être la jeune vieille dame détenait-elle le gène de l'éternité ? ... Alors on l'étudia sous toutes les coutures : elle subit avec résignation toutes sortes de ponctions, d'analyses, de radiographies dont les résultats étaient sans cesse décryptés par des ordinateurs surpuissants ...
On était sur le point de trouver la solution ... quand tout espoir fut stoppé net ! 
 
   En effet, on retrouva un jour la pauvre femme pendue dans sa chambre. Sans doute, pensèrent les journalistes, n'avait-elle pas supporté la pression médiatique et avait-elle fini par craquer... Sûrement, dirent les médecins, ses nerfs avaient-ils lâché à la suite de tous ces examens ... A coup sûr, affirmèrent les philosophes, elle n'avait pas accepté l'idée de vivre éternellement et avait mis fin à ses jours ...
 

   Foutaises que tout cela! On avait tout bonnement éliminé la vieille dame ! Un assassinat... commandité par la Caisse de Retraite! 


Chapitre suivant : C'EST MON DROIT