In Libro Veritas

LES CONTES-MINUTES

Par Alain BOUVELLE

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Table des matières
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BETTY

 Depuis quelques temps, le comportement de Betty avait changé. Mélancolie, perte d'appétit, constipation et spasmes nerveux étaient les principaux symptômes que sa maman avait cru remarquer et cela était devenu à la longue une source d'inquiétude à la maison. Sur les conseils d'une amie, elle avait décidé de prendre rendez-vous chez un psychologue qui obtenait, paraît-il, de bons résultats.
 
 Au jour fixé, elles se présentèrent donc à son cabinet. Le praticien vint les accueillir et, en vrai professionnel, en profita pour les observer un instant. La dame, la cinquantaine, bien mise, nez poudré, bouche ourlée d'un rouge à lèvres tapageur avait une fâcheuse tendance à l'embonpoint. Ses mains aux ongles longs et vernis caressaient doucement la tête rousse de la petite Betty qui somnolait sur ses genoux. La demoiselle avait de beaux yeux  noisette en amande - quoiqu'un peu globuleux - et on l'eût trouvée en tout point adorable si ce n'était le tic dont elle était affublée et qui lui donnait en permanence l'air de renifler.
 
 Elles entrèrent toutes les deux dans le bureau, mais le psychologue suggéra qu'il était préférable qu'il reste seul avec Betty. Un peu désappointée, la femme dit alors d'une voix doucereuse: « Mon bébé chéri, tu vas parler avec le gentil monsieur pendant que maman se repose juste à côté. » Et elle appliqua ses lèvres grasses sur le charmant museau de Betty avant de quitter la pièce en lui lançant un dernier regard humide.
 
 Le « psy » installa sa petite patiente sur un fauteuil et se plaça près d'elle afin d'entamer le dialogue.
 Je dis dialogue, mais c'est une façon de parler ... Car Betty resta muette pendant toute la séance. L'homme sentait bien le désir refoulé qu'elle avait de s'exprimer, mais cependant pas un mot ne sortait de sa bouche ... Loin d'être troublé par un tel mutisme - c'était chose courante dans ce genre de pathologie - il entreprit d'examiner le comportement et les attitudes de Betty et à travers le silence qui s'était installé entre eux. Et comme s'il lisait à livre ouvert dans son petit cerveau, il entendait la petite voix de Betty lui crier son mal être: « Pourquoi faut-il que je sois si différente? Pourquoi tout est difforme chez moi? Mes yeux trop gros, mes dents trop longues, mes oreilles trop grandes! Et surtout pourquoi maman dit toujours que les crottes que je fais sont minuscules? Un monstre ... je suis un monstre! » ...
 

 Après en avoir assez ... entendu, si je puis dire, le spécialiste ouvrit la porte de la salle d'attente: « Madame, si vous voulez bien entrer ... ». La matrone regarda tendrement sa Betty, le soleil de sa vie, la prunelle de ses yeux: « Viens-là ma fille, viens voir maman! ». Et se tournant vers le psychologue: « Alors, c'est grave docteur? »
 

 Comme c'était grave, il hocha gravement la tête: « J'ai bien peur, madame, que votre petite Betty ne soit atteinte de schizophrénie ... ». Alors, devant l'air consterné de la « maman », le spécialiste du comportement animal rajouta: « Pour être clair, votre lapine se prend bel et bien pour un être humain! »

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