ULTIMA EXPERIENTIA
Une telle occasion ne se représenterait plus jamais car c'était scientifiquement impossible ! Alors, le bon docteur Joseph comptait bien profiter de l'aubaine pour mener une observation médicale particulièrement rigoureuse. Certes il avait déjà maintes fois assisté à ce type d'expériences, et le nombre de "patients" qu'il avait eu à examiner dans ces circonstances était assez impressionnant. Pourtant les résultats qu'avait obtenus notre illustre médecin n'avaient pas été à la hauteur de ses espérances. En effet, il se heurtait toujours au même problème : parvenu à l'instant critique de l'expérimentation, il n'arrivait jamais à interpreter les symptômes qu'il observait sur ces visages d'hommes et de femmes. Rictus en tous genres, clignements d' yeux, claquements de dents, lèvres qui écument, langues qui pendent, nez qui saignent ... mais jamais un mot pour expliquer à ce brave docteur ce qu'ils ressentaient vraiment.La belle affaire ! Aujourd'hui, il allait savoir ... Notre homme de science savait qu'il disposerait tout au plus de trois minutes pour mener à bien son observation. Il s'y était préparé mentalement et cela se voyait car le calme qui émanait de sa personne tranchait avec l'agitation et la fébrilité qui caractérisaient le reste de son entourage. Il est vrai que le tapage qui régnait sur la place était un peu gênant et les cris qui fusaient ça et là ne favorisaient pas la concentration. Mais un bon scientifique ne se devait-il pas de rester serein en toutes circonstances.
Quand le moment fut venu, il s'avança vers la machine ( on aurait pu dire "sa machine", puisque c'était tout de même à son initiative qu'on l'avait adoptée), ferma les yeux et attendit. Comme il l'avait prévu, tout alla très vite. Il comprit que l'expérience avait commencé quand son front cogna le sol et qu'il se sentit soulevé. Alors il rouvrit les paupières ... Quelle émotion mes amis ! Non seulement il pouvait voir, voir de ses yeux cette populace qui le contemplait avec un mélange de haine et d'effroi, mais tous ses sens fonctionnaient bel et bien : ses oreilles percevaient la rumeur diffuse qui émanait de la foule, ses narines humaient l'odeur de la mort qui régnait partout et il pouvait sentir le goût du sang envahir sa bouche ...
Malheureusement il ne put poursuivre son "check-up" sensoriel car ses fonctions vitales cessèrent plus vite que prévu. Cependant, nul doute que le docteur Guillotin éprouva tout au moins un léger picotement à la base du cou quand le bourreau, après avoir montré sa tête au peuple de Paris, la planta sur une pique !
NDLR : Il est à noter que le docteur Joseph Ignace Guillotin n'est pas mort guillotiné contrairement à ce que l'on dit. Grand bien lui fasse si on considère qu'en inventant la "cravate à Capet" son objectif était de rendre les exécutions plus... humaines. Mais que les historiens me pardonnent je n'ai pas pu résister.
NDLR : Il est à noter que le docteur Joseph Ignace Guillotin n'est pas mort guillotiné contrairement à ce que l'on dit. Grand bien lui fasse si on considère qu'en inventant la "cravate à Capet" son objectif était de rendre les exécutions plus... humaines. Mais que les historiens me pardonnent je n'ai pas pu résister.
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