LE ROND DE CUIR
Monsieur Dustylo avait exercé toute sa vie le sombre métier de guichetier dans les Postes et Télécommunications. Il incarnait l'archétype même du petit fonctionnaire vicieux et tatillon, champion hors pair de la tracasserie administrative. A ce titre, il avait, toute sa vie, tyrannisé les malheureux qui avaient eu la mauvaise inspiration de s'adresser à son guichet, leur réclamant infailliblement un imprimé par ci, un tampon par là, assouvissant ainsi sa coupable manie en toute impunité, toujours protégé par quelque point obscur du sacro-saint règlement qu'avait concocté l'administration des Postes. Jamais l'homme n'avait manifesté la moindre pitié pour ses congénères qu'il se délectait à voir perdus dans leurs paperasses, résignés dans leur file d'attente, craintifs et soumis lorsqu'enfin ils parvenaient à son guichet et qu'il "s'occupait" de leur cas ... Ah ! On peut dire que ces pauvres administrés furent soulagés quand ce maudit Dustylo prit sa retraite.
Mais à toute histoire, il y a une morale, et notre bougre pour s'être comporté de la sorte ne l'emporta pas au paradis ... Un beau jour, il mourut et lorsqu'il se présenta devant Saint Pierre, le célèbre apôtre, non sans avoir pris le temps de finir son journal, releva lentement la tête de derrière son guichet, ôta ses lunettes d'un geste théâtral et dévisagea le mort avec un sourire narquois : "Dustylo ... voyons ... Avez-vous le duplicata de votre certificat de décès sur formulaire réglementaire CERFA ? ...
Mais à toute histoire, il y a une morale, et notre bougre pour s'être comporté de la sorte ne l'emporta pas au paradis ... Un beau jour, il mourut et lorsqu'il se présenta devant Saint Pierre, le célèbre apôtre, non sans avoir pris le temps de finir son journal, releva lentement la tête de derrière son guichet, ôta ses lunettes d'un geste théâtral et dévisagea le mort avec un sourire narquois : "Dustylo ... voyons ... Avez-vous le duplicata de votre certificat de décès sur formulaire réglementaire CERFA ? ...
Non... C'est très ennuyeux. Dans ce cas veuillez vous diriger vers le guichet Enfer."
Chapitre suivant : LE TELESPECTATEUR