UN REVEIL DIFFICILE
Ce voyageur représentant placier avait en charge plusieurs départements de l'Aquitaine et notamment celui des Landes dans lequel il effectuait sa tournée ce jour-là. Il vendait de l'outillage destiné à l'entretien des arbres : sécateurs, cisailles, haches de toutes tailles, scies de toutes formes et bien d'autres ustensiles dont sa camionnette regorgeait. C'est que sa clientèle était particulièrement nombreuse dans la région. Un million d'hectares de pin maritime, voilà de quoi occuper du monde !Ce matin-là donc, notre VRP avait livré quelques magasins à Mont-de-Marsan, puis avait déjeuné dans un bon restaurant avant de reprendre la route ... Après quelques kilomètres, ses yeux papillonnaient déjà. Il alluma son auto-radio pour lutter contre le sommeil... « Flash info ... l'Egorgeur Basque tient toujours la police en échec... Rappelons que le tueur en série a exécuté hier matin sa septième victime ... La jeune femme a été retrouvée dans un terrain vague de la banlieue bayonnaise ... L'homme opère toujours de la même manière: d'un coup de rasoir il tranche la gorge de ses victimes, qui sont toujours, je le rappelle pour nos auditeurs, des femmes blondes entre vingt et trente ans ... Les enquêteurs de la police judiciaire ont de sérieuses raisons de penser que le serial-killer a trouvé refuge dans la forêt landaise ... Autant chercher une aiguille dans une botte de foin ... C'était un communiqué de notre envoyé spécial dans le Sud-Ouest… ».
Le représentant, un instant interloqué, ne put cependant réprimer un énorme bâillement. En effet, la monotonie du paysage, le tracé linéaire de la route et les débuts d'une digestion difficile étaient en train d'avoir raison de lui. Il s'engagea dans un sentier avec la ferme intention de faire une bonne sieste et ce n'était pas cette histoire de tueur qui allait l'en empêcher.
De sexe masculin et brun de surcroît, il n'avait en aucun cas le profil des victimes. Alors il s'arrêta au beau milieu de la forêt, étendit une couverture sur le sol à l'ombre des pins, s'allongea et tomba rapidement dans les bras de Morphée ...
Ce furent ces hurlements qui le tirèrent brutalement de son sommeil. A travers l'épais rideau de pins et de fougères, des cris de femme parvenaient jusqu'à lui, des cris de terreur dont l'écho se répercutait dans la forêt. Son sang ne fit qu'un tour : l'Egorgeur Basque était sur le point de commettre son huitième meurtre !
Notre homme n'avait pas l'étoffe d'un héros, pourtant, avec l'instinct d'un guerrier, il se saisit d'une des haches qui se trouvaient à l'arrière de son véhicule et se mit à ramper en silence vers l'endroit d'où provenaient les cris. Rapidement, il put les apercevoir. Elle, une jeune femme blonde d'une vingtaine d'années, était ligotée à un pin. Agitée de soubresauts, elle le suppliait en sanglotant pendant que lui, un rasoir à la main, tournait autour de l'arbre, en caressant de son arme le visage et le cou de son infortunée victime.
Profitant de cet instant où le prédateur joue avec sa proie avant de lui porter le coup fatal, notre courageux marchand, avec d'infinies précautions, finit peu à peu par se rapprocher du tueur jusqu'à se trouver en position de l'atteindre d'un bond et de sauver ainsi cette malheureuse.
Mais tout à coup, les évènements se précipitèrent. L'Egorgeur Basque venait de s'immobiliser devant elle : "Adieu ma beauté, il est temps pour toi de rejoindre un monde meilleur ... ». Le cœur hors de la poitrine, notre sauveur jaillit des fourrés, et, avec un hurlement sauvage abattit sa cognée sur le crâne du meurtrier qui s'effondra, touché à mort !
Retrouvant instantanément ses esprits la jeune femme cria à la cantonade avec un air de reproche: « J'aimerais au moins être informée quand le script est modifié au dernier moment ! ». En guise de réponse, on entendit une voix vociférer derrière les fougères : « Coupez ! Coupez ! Quel est l'abruti qui vient de passer devant le champ de la caméra ?! …
Chapitre suivant : OCTOPUS'S GARDEN