In Libro Veritas

LES CONTES-MINUTES

Par Alain BOUVELLE

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Table des matières
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HÔTEL TERMINUS

    Ce magnat de la finance avait passé sa longue existence à amasser de l'argent. Rien ni personne n'avait pu l'arrêter dans ce qu'il avait toujours considéré comme un combat ... Et son combat - « my struggle for money » disait-il - avait été impitoyable pour les êtres qui avaient croisé sa route. Tous broyés par la machine à billets, tous sacrifiés sur l'autel du Lingot ! Ouvriers et employés, associés et collaborateurs, femmes et enfants .... personne n'en réchappa ! Le boss avait su extraire de chacune de ces proies jusqu'à la dernière goutte de jus de dollar sans jamais se retourner, ni jamais exprimer la moindre gratitude à quiconque. Chaque soir, il adressait au créateur une prière qui tenait en peu de mots: « Pourvu que ça paye. Ainsi soit-il ». Jusqu'à un âge très avancé donc, il avait continué à accumuler les milliards sans qu'aucun état d'âme, aucune culpabilité ne titille jamais son esprit serein.
 
 
     Mais à l'approche de la mort, tout homme se doit de penser à son avenir, non ? Voilà que notre Baron du Portefeuille, non qu'il fut pris de remords, mais songeant à préparer un hypothétique séjour de longue durée dans l'Au-Delà, donna à sa vie une orientation toute nouvelle. Il rassembla les lambeaux de ce qui fut son éducation judéo-chrétienne pour se bricoler une morale à même de lui éviter les flammes de l'Enfer, si ce n'est de lui gagner une place au Paradis (pourvu que ça paye, hein ... ). Les derniers étant les premiers au Royaume des Cieux et vice-versa, il mit autant d'acharnement à s'appauvrir qu'il en avait mis à s'enrichir hier et éprouva autant de plaisir malsain à faire le bien à ses congénères qu'il en avait eu à les piétiner jadis.
   A ce train-là, notre homme se trouva fort dépourvu lorsque la Faucheuse se présenta. On peut par ailleurs se demander pourquoi la mort vint-elle le faucher alors qu'il l'était déjà ? Mais bon, c'est une autre histoire.

     Alors revenons à notre brebis égarée ... qui n'avait cependant pas perdu le nord car sans même avoir eu le temps de se refroidir, notre ex-milliardaire fut emporté par deux anges devant les portes du Paradis. Là, Saint Pierre arborant un large sourire l'attendait en se frottant les mains: « Très cher ami, dit-il en lui tapant sur l'épaule, entrez et admirez votre résidence pour l'éternité. Comme vous pouvez le constater, nous n'avons pas regardé à la dépense ».

     Et en effet, le Paradis était somptueux. Tout y respirait luxe et richesse. Saint Pierre ajouta: « Il ne reste plus qu'à faire nos comptes. Je consulte l'ordinateur ... Mais dites-moi, mon ami, je rêve ou vous n'avez plus un sou ?
- C'est que ... Je me suis acheté une conduite ...
- Une conduite ?!... Mais, mon pauvre ami, vous n'y pensez pas... Comment comptez-vous payer l'hôtel ? ... ».

  L'autre ne sachant que répondre, Saint Pierre décrocha nerveusement son téléphone: « Allo ... Lucifer ? Je crois bien que j'ai un client pour toi ... ». 

Chapitre suivant : L'APPRENTI SORCIER