In Libro Veritas

LES CONTES-MINUTES

Par Alain BOUVELLE

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Table des matières
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LE VOYAGE

   Ce savant avait une obsession : il avait résolu de consacrer sa vie à comprendre le mystère de l'infiniment petit. Il passait son temps à traquer les plus petites particules de matière, et les nucléons, mesons et autres hadrons n'avaient plus de secrets pour lui. Sa curiosité insatiable le conduisait à reléguer les microscopes électroniques les plus puissants au rang d'antiquités et il était constamment à la recherche d'un moyen d'aller plus loin dans sa quête.

   A force de persévérance, son esprit ingénieux finit par accoucher d'une machine révolutionnaire. C'était un vaisseau dont les dimensions diminuaient régulièrement avec le temps, par un système complexe de réactions en chaîne. Notre homme de science disposait enfin de l'outil qui allait répondre à ses interrogations.
 
Malgré les supplications de sa famille, des ses amis, il s'embarqua pour un voyage sans retour... Les premiers jours qu'il passa dans son engin furent très distrayants : quel émerveillement de voir changer peu à peu les proportions auxquelles on est habitué ! N'en déplaise à Robert Desnos, une fourmi de 18 mètres, ça existe ! Tout dépend de la taille de l'observateur...
 
 
   Le temps s'écoulait et notre spécialiste de l'infinitésimal était maintenant assez petit pour pouvoir s'aventurer au coeur de la matière : il scrutait de l'intérieur les mondes animal, végétal, minéral et batifolait à l'envi à travers des structures cellulaires, moléculaires et atomiques, qui lui étaient familières. Mais ce qu'il n'aurait jamais pu imaginer quand, dans le silence de son labo, il observait ces microparticules, ce sont les vibrations si mélodieuses qu'elles émettent! Si je vous disais qu'un jour, dans un atome d'hydrogène, il servit de partenaire à un électron pour une valse endiablée autour d'un proton !
   Au fur et à mesure qu'il rétrécissait, il pouvait constater que la matière se raréfiait, que la lumière ambiante se faisait plus ténue. Certes au hasard de son chemin il croisait encore quelque quark isolé et il eut même l'occasion d'observer des éléments bien plus petits qu'on aurait jamais osé imaginer. Il leur donnait des noms pour se distraire : c'est ainsi que le Snoopy est devenu la plus petite unité de matière jamais observée ! Cependant, le temps passait, et peu à peu, le vide et l'obscurité se faisaient autour de lui : un jour, ce fut le trou noir...

   Inexorablement, son vaisseau continuait à rétrécir et notre infortuné savant errait maintenant dans un univers fait de froid, de silence et de ténèbres. Il réalisait à présent qu'il allait payer très cher son idée fixe : il était prisonnier d'un monde sans fin et il savait que tôt ou tard le désespoir l'envahirait. En bon scientifique, il avait prévu cette éventualité et froidement il décida d'en finir avec la vie au grand regret de n'avoir pu communiquer au monde ses précieuses découvertes.

   C'est au moment où il allait appuyer sur la détente qu'il aperçut cette faible lueur... Collant son oeil sur l'objectif, il crut reconnaître une structure lumineuse spiralée, semblable à une galaxie miniature. Le coeur battant, il dirigea son vaisseau dans l'un des bras de la spirale. Un spectacle fascinant l'y attendait : des milliards de points lumineux partout, semblables à un ciel étoilé !

   Fébrilement, il scrutait cet horizon dans tous les azimuts, lorsque son oeil fut attiré par cette petite tache brillante qui semblait grossir de jour en jour. En se rapprochant, sa forme et sa couleur se modifiaient : d'abord on aurait dit une orange... puis une orange bleue... Enfin il fut sûr : c'était sans aucun doute possible... notre Terre !
 

Chapitre suivant : UN REVEIL DIFFICILE