In Libro Veritas

Les grandes journées de la Constituante

Par Albert Mathiez

Oeuvre du domaine public.

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LES CRAINTES INSTINCTIVES DU PEUPLE ÉTAIENT JUSTIFIÉES

Le peuple avait l'instinct que le roi cherchait à fuir et il redoutait cette fuite comme un péril immense. Il paraît étrange et même contradictoire que les révolutionnaires aient redouté à ce point le départ d'un roi peu ami de la Révolution. Le peuple pourtant avait raison.

Il n'y avait pas à cette date de parti républicain, d'opinion républicaine ; [Note : Excessif. Il y avait dès la fin de 1790 une opinion républicaine, mais cette opinion était confinée dans quelques cercles restreints de publicistes parisiens.] nul ne savait par quelle autorité serait remplacée l'autorité royale : et la fuite du roi semblait creuser un vide immense. De plus et surtout, le peuple sentait bien qu'il y avait d'innombrables forces de réaction disséminées, encore à demi-latentes, qui n'attendaient qu'un signal éclatant pour apparaître, qu'un centre de ralliement pour agir.

Le roi parlant haut de la frontière, dénonçant la guerre faite à l'Église, effrayant la partie timide de la bourgeoisie, lui faisant peur pour ses propriétés, grossissant son armée de contingents étrangers et les couvrant du pavillon de la monarchie pouvait être redoutable. [Note : Jean Jaurès, La Constituante, p. 619.]


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