In Libro Veritas

Poste à pourvoir

Par JOST VINCENT

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Poste à pourvoir

            Il y a toujours une place qui se libère, pour cause de départ à la retraite, suite à une démission, à un décès brutal et inattendu ou alors plus simplement parce qu’une place libérée fait qu’une place se libère.
Moi, j’ai attendu souvent que cela se produise ; mais je n’ai pas fait qu’attendre.
 
            Mon premier chef était alors assez proche de la retraite, mais pas assez à mon goût.
Notre boite était en période d’embauche et je ne pouvais pas me permettre d’attendre qu’un des nouveaux ne vienne prendre la place qui m’incombait.
 
Mon gentil poste de technicien à tout faire m’avait permis d’avoir accès à tout. Je connaissais tous les liens qui pouvaient mener à tout dans l’entreprise et au dehors. Il était donc temps que je me prenne par la main et j’allai donc aider mon chef à partir plus tôt que prévu en changeant sa date de naissance sur l’ensemble des données administratives qui faisaient référence à lui.
Chez nous, l’informatique est infaillible, pas comme dans certaines banques. Et dès le lendemain matin le courrier automatique qui désigne qui devra quitter la boutique avança le nom tant attendu de mon chef à la direction.
Ce fut mon premier lapin avec la place libérée ; une autre prit ma place.
 
            Cette nouvelle arrivante était trop jeune pour que je puisse réussir à la vieillir assez pour l’envoyer sur le banc des retraités. Une nouvelle approche à mon problème s’imposait.
 
            Je m’incrustai peu à peu dans sa vie. Je devins le parrain de sa fille et le meilleur ami de son mari. Si je ne pouvais pas jouer directement avec la place qui m’attendait, je décidai de la jouer indirectement.
Durant nos soirées amicales, j’expliquai à mon nouvel ami combien il valait mieux que ce pour quoi on l’employait. Je lui disais qu’il devait, lui aussi avoir de l’ambition pour pouvoir rayonner auprès de sa femme et de ma filleule.
Je l’ai tant remonté qu’il en fut convaincu et se trouva en quelques mois un nouveau job où il était enfin valorisé… à l’autre bout du pays.
Ma responsable démissionna afin de suivre son mari, je n’allais plus revoir ma filleule mais une place se libérait.
 
            Et là, encore une fois, rien ne se conclut comme prévu. La direction réorganisa les services et il n’y eu soudain plus besoin de remplacement.
Cette fois je décidai de voir un peu plus grand. Il fallait m’assurer un remplacement. Il fallait qu’un poste, qu’importe lequel, se libère.
 
            C’était la veille de la grande convention du groupe. L’encadrement devait se rendre à Paris. J’ai simplement scié l’essieu de la voiture de société et, comme prévu ils ont roulé un peu trop vite, comme prévu les roues se sont désolidarisées de la direction laissant choir cinq postes à intégrer.
 
            Je ne sais toujours pas qui occupe ces cinq places. Je sais seulement que le directeur, lui, est toujours en poste. Ne pouvant aller à la convention suite à divers problèmes intestinaux il m’avait cédé sa place qui venait de se libérer.
 
            A la fin de mon jugement divin, l’ensemble des jurés a déclaré que j’étais innocent. Non pas innocent des faits qui m’étaient reprochés, mais simplement innocent du point de vue de l’esprit.
Depuis, malgré ma relaxe, j’ère dans les méandres du purgatoire attendant inexorablement que la porte du paradis s’ouvre et qu’une place se libère.