In Libro Veritas

Souffle celte

Par alvyane

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Table des matières
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La galette de blé noir

Je me souviens, il y a longtemps de cela, d’une femme aux hanches rondes et au visage griffé par les années de durs labeurs. Ses cheveux poivre et sel étaient nattés et cette natte tombait sur sa poitrine protégée par un tablier de lin brut.

Il fait chaud et doux dans cette cuisine et ma grand-mère a sorti tout ce dont elle a besoin pour faire de délicieuses galettes, avec cette farine fine et grise. Je me mets sur la pointe des pieds pour lire sur le paquet : Farine de blé noir.

Elle a sorti aussi du beurre salé de chez nous et du cidre brut que papé a débouché avant de partir.

- Dit mamé, tu vas en faire beaucoup des crêpes ?

Mon regard est rempli d’étoiles dues à ma gourmandise.

- Non petite… ce ne sont pas des crêpes mais des galettes… ce n’est pas la même chose, ni la même préparation. Pas d’œufs dans nos galettes, petite.

Je la vois mettre de la farine dans la jatte et faire un puis dans la farine. Mamé sourit en me regardant puis va à la gazinière (elle ne veut pas que je m’approche, elle dit que je suis trop petite pour venir l’aider). Je la vois mettre un gros morceau de beurre salé dans une casserole en or (Mamé dit que c’est du cuivre mais je sais bien moi que c’est de l’or de farfadets et qu’elle ne veut pas que ça se sache).

Avec une cuillère en bois, elle remue le beurre pour qu’il n’attache pas et pour qu’il ne devienne surtout pas roux. Elle éteint alors le gaz et me dit.

- Tu vois la bouteille d’eau… et bien tu vas la verser doucement dans le puit de farine pendant que je vais remuer et ajouter le beurre fondu.

Toute fière de ma mission, j’aide donc mamé. La pâte se forme doucement, elle est belle toute grise et lisse. Mais me voici déçue… car c’est déjà fini et mamé ne veut pas faire cuire les galettes tout de suite.

- Non petite, n’oublie jamais qu’un bon plat se prépare lentement.

(Je n’ais jamais oublié d’ailleurs). Mamé prend la jatte et la met en hauteur pour que « Caïn » son chat n’y mette pas les pattes. Au même instant, on entend papé et papa rentrés de la pêche aux bigorneaux. Oubliant ma déception, je vais rejoindre mon grand père et mon père, suivit de ma grand-mère.

Dans l’âtre de la grande cheminée brûle une énorme bûche et maman donne à manger à ma petite sœur, encore trop petite pour aider dans la cuisine… Je fais soudain la moue… mais pas trop petite pour manger des galettes (soupir résigné).

Pendant une demi heure, papé explique à mamé qui ils ont vu sur la plage avec papa, lorsque soudain elle se lève et me fait signe de l’accompagner. Je la suis toute contente… on va faire cuire les galettes.

Elle remet tranquillement son tablier, allume le gaz et pose dessus une lourde poêle en fonte. Je la vois sortir une pomme de terre qu’elle coupe en deux et met dans un bol de l’huile. Mamé pique sa pomme de terre sur une fourchette (quel drôle d’idée).

Elle attrape la jatte, la pose sur la table, prend un fouet et la bouteille de cidre brut que papé a ouvert avant de partir à la pêche. Elle verse le cidre dans la pâte et fouette énergiquement. Mon regard va vers ma grand-mère qui me fait un clin d’œil.

- Petite, c’est bien meilleur avec du cidre qu’avec de la bière.

Je veux bien la croire, moi, du haut de mes sept ans, je n’aime pas la bière. Elle termine, prend une louche et la met dans la préparation. Mamé prend la fourchette où est piquée la pomme de terre, la plonge dans l’huile et la passe délicatement sur la poêle. Ca crépite, c’est drôle. Puis elle prend une pleine louche qu’elle verse uniformément sur celle-ci. Mes yeux s’illuminent, je suis impatiente.

- Tu vois petite, la première on dit toujours qu’elle est pour le chien car rarement réussie, et une galette ne cuis que sur un seul coté pas les deux comme la crêpe.

Je fais un signe d’approbation de la tête, même si je ne suis pas certaine de me souvenir de ce qu’elle me dit… Je sais seulement que mamé n’a pas de chien et que la première galette… sera pour moi avec un peu de sucre.

Pour les autres, mamé a préparé du jambon, des œufs frais et du gruyère qu’elle mettra à cuire directement sur la galette… avec comme boisson du cidre… ou un chouchen brut.

Et devinez quoi… j’ai eu la galette ratée et je suis certaine qu’en faite c’était la meilleure de la fournée.

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