La guerre des boutons roses
L'autre soir pour rentrer de l'Université j'ai emprunté le train de banlieue, mais malheureusement je suis allée beaucoup trop loin. Pour être tranquille je suis montée à l'étage, et tout d'abord je n'y ai trouvé pratiquement personne. Cela m’a semblé suspect comme un désert.
Je me suis dit qu'en une heure j'aurais tout le temps de réviser mon cours pour l'examen qui devait se tenir la semaine prochaine, difficile pour moi qui ne suis pas d'origine. C'est pourquoi en principe je n'ai rien contre les étrangers, qui en Suisse sont plutôt bruns, alors que je suis ultra blonde, sans vraiment militer. Mais ça ne m'empêche pas de me faire remarquer, au point que j’ai souvent eu l’impression d’être suivie, même par des suisses. Pourtant je ne fais rien pour ça, mais je suis plutôt sympathique, et peut-être trop naturelle. Ça passe facilement pour de la provocation.
J'espérais tout simplement qu'en étant presque seule dans le wagon on me laisserait parfaitement tranquille. Mais justement ce soir-là j'étais pour ainsi dire en plein dérangement, et il eût mieux valu pour ma tranquillité avoir quelqu'un auprès de moi pour me tenir une conversation futile. Pour l'avouer franchement j'avais mal aux boutons.
Le train venait à peine de s'ébranler que déjà je tenais difficilement en place, et mes cours universitaires ne captèrent pas suffisamment mon attention pour m'empêcher de percevoir un léger mouvement en provenance du premier niveau. Sans doute rien de grave, et je pensai à un afflux de jeunes passagers. À cette seule idée les tétons commencèrent à me faire mal, et je fus obligée de me pincer les bouts afin d'interrompre une montée de lait. Mais on ne vient pas à bout des boutons comme d’une piqûre de moustique.
Complètement déconcentrée je posai donc mon cours sur le siège d'à côté, pour ainsi dire à la place du mort. Mes pieds en général si à l'aise dans leurs baskets commençaient à me faire étrangement mal. Je n'avais pourtant pas beaucoup marché.
Je fus assaillie par une bouffée de chaleur, comme si je venais de courir un marathon. Je voulus aérer mon corsage mais je me retins, car le wagon ne resterait sans doute pas longtemps désert.
J'eus à peine le temps d'hésiter et de retirer les doigts de mon encolure, qu'une bande prit mon étage d'assaut. Quand je dis « une bande », j'exagère sans doute, sauf en ce qui concerne l'impression d'une certaine détermination que je ne déchiffrai tout d'abord pas. Pour des jeunes, je trouvai que leur déploiement ne présentait ni désordre, ni chahut, ce qui malheureusement ne m’inquiéta pas outre mesure.
Reste que j’aurais dû me méfier dès cet instant-là, puisque les rares passagers de l’étage, pour la plupart des femmes, abandonnèrent la position. Quant aux autres, hommes et femmes, la bande les fit dégager à force de « oust ! oust ! » plutôt menaçants. Je compris que l’on m’avait remarquée : non seulement personne ne me demanda de sortir, mais je restai sur mon fauteuil, comme transie, prise entre une folle envie de déguerpir et une suspecte curiosité d’attendre.
Pour ce qui est du nombre des nouveaux venus, je les comptai mécaniquement, tout en repérant par réflexe la poignée d'arrêt d'urgence : une bonne douzaine, turcs pour la plupart, mais avec quelques blondins. Ils n’étaient sans doute pas étudiants à l’Université, car ils avaient un je ne sais quoi de plus mûr, de plus entreprenant aussi. À en juger par leur tenue je crus pouvoir affirmer qu'ils travaillaient sur des machines.
D'ailleurs, deux ou trois d'entre eux portaient encore leur blouse, et d'autres en guise de bagage n'avaient qu'une sorte de boîte à outils, mais moderne, sans doute prévue pour les transports, en vrai cuir apparent et sans angles coupants. Sans savoir pourquoi, l'aspect de ce genre de boîte me rassura quelque peu. Pourtant je me sentis menacée par un sentiment bien étrange.
— Mince, nous avons de la compagnie ! » dit l'un, qui fit semblant de me remarquer, alors que tous m’avaient repérée depuis leur montée.
Il vint s’asseoir sur le siège d’en face, mais de l'autre côté du passage.
— Pfff ! quelle chance nous avons là ! regardez donc cette aubaine ! » ajouta un autre en parlant très fort, afin que je l'entende de mes deux oreilles.
— Et en baskets avec ça ! » dit un troisième.
— Et d'où c'est donc que tu t'en viens, ma poule ? » ajouta un autre.
Pour toute réponse je repris mon cours et feignit de me replonger dans ma lecture. L’un des jeunes vint s'asseoir, cette fois-ci bien en face de moi. Il était brun comme tant d’autres, la peau presque olivâtre et un œil légèrement fermé. Ses cheveux d’un noir de jais, ondulés, presque bouclés aux extrémités, étaient retenus par une queue de cheval. Je remarquai surtout ses sourcils, assez droits et parfaitement dessinés. Il portait tout comme moi un jean, et un pull léger près du corps. Je ne sais pas pourquoi, mais ses dents irrégulières et surtout les incisives très espacées me firent un drôle d’effet.
— Ben dis donc ! elle est plongée dans ses cahiers, c'est pour ça qu'elle est dure de la feuille! »
Il en fit rire au moins cinq. L'un d'eux vint s'asseoir à côté de moi, pendant que je sentis un corps s'affaler dans mon dos, ébranlant ainsi le siège siamois.
— Mince de mince ! t'as vu les jambes de la poule ! sûr que j'en kif pour elle, man ! »
Celui-là s'en vint occuper le fauteuil d'en face, sans demander la permission.
L'autre assis à côté de moi posa soudain sa main chaude sur mon genou. Je ne pus retenir un frisson et il s'en aperçut. J'étais plutôt intimidée, mais sans vraiment avoir peur. Une nouvelle vague de chaleur me fit rougir, mais sans lien direct avec ce qui venait de se passer. Mon voisin interpréta mon état comme une réaction due à la timidité.
Je retirai sa main, comme pour confirmer son hypothèse, mais son camarade assis en face posa la sienne et tenta de remonter le long de ma jambe, qui fort heureusement restait protégée par le tissu, qui émit un léger crissement au contact d’un ongle bien volontaire. Je retirai main et ongle et tentai un dégagement en me levant brusquement.
Je repérai l'escalier de descente, mais aussitôt j'aperçus le passage bloqué par un garde en blouson de faux cuir noir. Je me tournai alors vers la poignée d'alarme, plus à portée, située juste derrière moi, à côté de la porte des toilettes, mais l'un des turcs vint se placer devant.
— Laissez-moi passer où j'appelle le contrôleur ! » lançai-je alors, presque en criant.
— Eh là! on te veut pas de mal nous autres! Au contraire on te kif grave. Reste donc assise avec nous ! »
Aussitôt des mains que je n’avais pas vues me poussèrent vers le siège ; je trébuchai sur les jambes des autres et je finis par m'écrouler sur mon coussin de départ. Je choisis alors de faire semblant de rien et de regarder la campagne qui commençait à défiler après la sortie des faubourgs.
— Voilà ce que vous avez gagné les mecs ! Elle nous en veut à présent !
— Et qu'est-ce qu'elle lisait donc là ? » dit celui qui était assis en face de moi, tout en fouillant carrément dans mon sac.
— Non mais dites donc! Comment osez vous ?
— Pfff ! regardez-moi donc ce qu'elle lit, cette intello ! Et elle voudrait nous faire croire que c'est plus intéressant que nous ! Quelle garce!
— Ah ça ! mais ! je ne suis pas votre sœur ! rendez-moi donc mon cours, espèce d'imbécile !
— Tiens ! Prends-le ton cours, bêcheuse, j'en ai rien à fiche de toi après tout ! Tu te crois si intéressante que ça ?
— Moi je suis sûr qu'elle n'a pas de cuuul…lotte », dit un autre, en venant s'insérer entre moi et la cloison côté vitre.
Ma banquette était prévue pour trois personnes, mais tout de même, prise en sandwich entre ces deux-là, je me sentais plutôt à l'étroit. La chaleur de leurs corps commença à passer dans le mien, ce qui augmenta encore ma confusion. Les tétons me faisaient mal, et je les sentais durcir à travers mon corsage. Je ne craignais qu'une chose : que mes si proches voisins s'en aperçoivent.
— Dites donc ! Voyez-vous ça ! » fit remarquer celui qui s'était assis en face de moi, en rouvrant mon sac, « cette petite-là porte à la fois une bombe lacrymo et un paquet de capotes ! Mais dis donc chérie ! t’as toute la panoplie avec toi !
— Mais c'est qu'elle veut nous en mettre plein les yeux, la bombasse ! Regardez-moi un peu le paquet de fille que nous avons là !
— Je sentis aussitôt deux doigts taquins qui parvinrent je ne sais trop comment à défaire un bouton de mon corsage.
— Rendez-moi mon sac ! De toute façon il n'y a rien d'intéressant dedans !
— Tiens ! le voilà ton sac ! Garde tes beaux francs suisses ! Tu nous prends pour des voleurs et des violeurs, c'est ça ?
— Non, je n'ai pas dit ça. Rendez-moi mon cours ! J'en ai besoin. Je n'ai pas le temps de m'amuser, moi ! »
Je profitai de l'accalmie pour tenter de reboutonner mon corsage, mais sans succès. Décidément ces saletés de boutons minuscules étaient bien difficiles à manipuler, à cause de mes ongles longs, d'autant qu'avec les bouffées de chaleur qui m'emportaient j'avais moi-même bien plus envie d'ouvrir mon corsage que de le refermer. Je crois que sans ces vicelards campés autour j'aurais bien voulu faire prendre l'air à ma poitrine. Pour garder une contenance je calai mon sac sur mon giron, et je posai mon cours par dessus.
— Donc selon toi, on n'a rien d’autre à faire que de s'occuper de toi ? Tu sais que t'es pas la seule ici, à faire des études, espèce de snob de bourgeoise suisse !
— D'abord je ne suis pas bourgeoise, et ensuite je ne suis pas suisse.
— Ah! ah ! vous avez entendu comment elle prononce ça : « je ne z’suis pas z’suisse ! » mais c'est qu'elle zozote tout de même un peu la chérie. Je trouve ça plutôt excitant, moi !
— Pfff ! évidemment, si j'ai bien compris, un rien vous excite !
— Ouai, mais p'tet' ben qu'on n'est pas comme toi, à vouloir arracher des larmes aux mecs avec cette p'tain d'bombe » lâcha l'autre placé dans mon dos, qui pour l'occasion avait passé sa tête par-dessus le dossier : sa bouche était à deux doigts de mes lèvres, et j'esquissai déjà un mouvement de recul quand je sentis que des doigts s'exerçaient à défaire le lacet de ma basket gauche, côté fenêtre.
— Eh là ! lâchez mes baskets ! » lançai-je, sans vouloir produire le moindre effet.
Cette phrase-clef entraîna un éclat de rire général : « ah ! ah ! Lâche-moi les baskets ! Elle est bien bonne ! » et bien d’autres balivernes du genre : « c’est elle qui est bonne », etc.
Mais quand je me baissai je sentis des doigts assez froids défaire dans mon dos le premier bouton de mon chemisier demi-saison. Je tentai de plaquer mon dos sur le siège pour empêcher l'homme de défaire un autre bouton, mais je m'aperçus alors que je venais de perdre pied sur ma basket, puisque mon voisin d'en face était parvenu à lui retirer son lacet.
— Rendez-moi mon lacet, imbécile !
— On va pas te le bouffer rassure-toi, c'est quand même pas une partie de pâtes au beurre ! »
Je fis semblant de ne pas relever l’allusion, qui suggérait sans doute une partie de jambes en l’air. En fait cet abruti ne manquait pas d’air, puisque mes jambes ne lui appartenaient pas. Mais avec les bandes il ne faut jamais être aussi sûre de soi.
— C'est seulement pour mater tes jolis p’tits petons » dit mon voisin de gauche, qui sur le coup se serra tout contre moi. Il tenta d'enlever ma basket, mais comme je plaquais mon pied au sol il n'insista pas.
Pourtant, pendant que je protestais de ce côté, l'homme dans mon dos passa une main et parvint à déboutonner un deuxième bouton. Je sus alors que ma peau apparaissait désormais nue jusqu’aux omoplates. Ce n'était pas encore trop grave ; mais lorsque je tentai de me reboutonner, mon voisin de droite passa une main entre mes cuisses, pendant que celui d'en face récupérait mon sac et mon cours, que j’avais déposés sur mon giron.
J'essayai alors de m'esquiver en croisant mes jambes et en repoussant la main entremetteuse, mais alors mon pied décolla du sol et je sentis qu'on m'enlevait l’autre basket, qui avait déjà perdu son lacet.
Je replaçai mon pied sur le sol froid, qui me fit frissonner. Sans savoir pourquoi le courant d'air frais qui passa sur mon pied nu ouvrit mon sexe. Craignant de perdre l'autre basket je maintins mes pieds fermement au sol, mais sans refermer complètement mes jambes. Je notai non sans plaisir le contraste de température entre mon pied nu et mon pied encore chaussé.
L'homme derrière mon dos dégrafa alors un autre bouton, puis franchit la frontière du dossier en passant ses bras de part et d’autre de ma tête pour s’en venir déboutonner mon corsage. « Mince, pensai-je, le troisième bouton ! »
Lorsque je tentai de l'empêcher à deux mains, en tâtonnant pour trouver son visage posté juste au-dessus de mon crâne, une main qui ne m'appartenait pas s'attaqua à ma braguette et parvint à défaire un bouton. Je voulus réagir mais l'homme derrière mon siège retint mes bras au-dessus de ma tête, pendant que celui qui s'affairait sur ma braguette parvint à défaire un autre bouton.
Ces taquineries m’agaçaient, ou plutôt m’inquiétaient, car, curieusement, elles ne ressemblaient nullement à un jeu, mais me paraissaient calculées, comme si les hommes s’étaient concertés bien avant ma rencontre. J’avais plutôt l’impression étrange que sous couvert de jouer avec moi ils étaient en train de me traquer. Pour l’instant je n’apercevais sans doute que quelques mailles du filet qu’ils essayaient de lancer sur moi.
L'homme dans mon dos me relâcha, et je tentai de reboutonner ma braguette; mais pendant ce temps je sentis que deux autres boutons étaient perdus dans mon dos. Je ne parvins pas pour autant à me reboutonner.
— On ne voit pas encore le slip, mais ça va venir !
— Compte là-dessus ! » rétorquai-je alors, en essayant de refermer mes jambes.
Je ne me rendais pas compte qu'en répondant ainsi je rentrais dans leur jeu.
— Je parie qu’elle est rasée !
— Et bien fendue ! »
Je me sentis alors si décontenancée d’avoir été si franchement devinée, que je croisai et serrai mes jambes, mais sans lâcher un mot de protestation. J’eus l’impression saugrenue que ces mots avaient frappé mes organes, car mon éducation ne m’avait pas préparée à les entendre prononcer si crûment. Je ressentis comme une poussée dans l’utérus, mes lèvres s’ouvrirent imperceptiblement, et mes mâchoires se décrispèrent.
Après tout, dans la bouche de ces hommes, ces mots n’étaient que des compliments, et ne cherchaient pas nécessairement à me vexer ou à m’humilier. Mais en parlant ainsi de moi j’eus le sentiment qu’ils me voyaient déjà nue. Je refermai ma bouche comme une idiote, croyant par là empêcher le regard des hommes de pénétrer mon intimité.
Malheureusement, encore une fois, en croisant mes jambes j’avais offert mon autre pied au voisin d’en face, qui s’attaqua aussitôt au lacet. Je tentai alors de me pencher en avant pour arrêter son opération, sans toutefois décroiser mes cuisses; mais en me penchant je découvris mon dos, et l’homme qui surveillait mes arrières défit deux autres boutons. S’il continuait à cette cadence il parviendrait bientôt à l’attache de mon soutien-gorge.
Je tentai alors de l’arrêter en abandonnant ma basket et en ramenant mes bras vers l’arrière afin de repousser sa tête, mais encore une fois il retint mes poignets, et deux autres mains en profitèrent pour déboutonner encore plus loin mon corsage. Ils s’y prirent si franchement que l’un des boutons fut arraché.
Simultanément, sans que je puisse reporter mes bras en avant, deux autres mains m’ouvrirent les jambes et me maintinrent par les genoux, pendant que des doigts s’en prenaient à ma braguette. Je perdis là deux autres positions, et l’un des hommes dit :
— Ça y est les gars, on commence à y voir clair. »
L’homme placé dans mon dos lâcha mes poignets, comme pour m’autoriser à défendre mon avant-garde, où mes genoux étaient maintenant assiégés. Je portai donc mes bras sur la ligne de front pour me débarrasser des envahisseurs, et tout en refermant mes jambes je parvins à rajuster l’un des boutons de ma braguette, mais ce faisant je permis à l’homme qui gardait mon dos de me déboutonner vers le bas, le long de la colonne, où il passa une main rugueuse qui me fit frissonner. L’un de ses doigts poussa une reconnaissance vers l’agrafe de mon corsage, encore protégée par le creux de mes omoplates.
Je voulus réagir, mais sans succès. Bien au contraire des doigts parvinrent à déboutonner encore plus loin mon corsage. Je baissai alors la tête et je m’aperçus que le galbe de ma poitrine commençait à apparaître.
Je tentai de me relever en parlant d’une voix haute, comme pour gronder des galopins :
— Non mais dites donc ! Est-ce que vous savez ce que vous êtes en train de faire ? Maintenant laissez-moi, ou bien j’appelle la police ! »
Pour toute réponse l’homme d’en face, côté fenêtre, me montra la basket qu’il détenait, et en défit le lacet. Désormais je me voyais mal quitter le wagon, sans chaussures !
La bande perça à jour mon hésitation et ne fit pas l’erreur de chercher à me retenir. Décontenancée je me laissai retomber sur mon siège, et je commençais méticuleusement à reconquérir mon corsage. Personne ne m’en empêcha, mais de nouveau, dans mon dos, je perdis plus de boutons que je n’en avais difficilement gagné sur la proue.
Mon dos était maintenant pratiquement nu. Les doigts de l’ennemi commençaient à titiller l’agrafe de mon soutien-gorge. Au lieu de me défendre je me contentai de supplier qu’on me laisse, pendant que j’essayais nerveusement de fermer un troisième bouton sur mon corsage.
Comme pour bien me montrer que rien ne s’opposerait à mon départ, non seulement la bande me laissa faire, mais encore mes baskets furent sagement rangées dans mon sac, ce qui n’arrangeait pas vraiment mon affaire. J’eus l’impression fugitive que des mains attentionnées préparaient mes bagages. Mais pour quel voyage sans chaussures ? Cette pensée déclencha dans mon dos un frisson étrange. Je dus ravaler ma salive pour ne pas paraître émue.
Alors que je ne m’y attendais pas le moins du monde, l’impensable se produisit : l’homme d’en face, proche de la fenêtre, s’empara de mon pied et aussitôt en suça les orteils.
Je ne pus retenir un cri, et j’ouvris la bouche à m’en décrocher la mâchoire. Mais comme je ne protestais pas vraiment contre cette torture, complètement anéantie par la surprise je cédai mon autre pied, qui fut à son tour assiégé.
Avant de le sucer savamment on le massa, le tritura en tout sens. Je sentis ma chatte s’ouvrir et je commençais à me contorsionner sur mon fauteuil, cédant ainsi sans mot dire à l’assaut des langues.
Tout comme leurs compliments plutôt crus avaient attenté à mon intimité, cette attaque sur mes pieds rentra si profondément en moi que mon sexe frémit. Je ne parvins pas à le contrôler, et je me mordis la langue en essayant de refermer violemment ma bouche.
Lorsque je repris mes sens je voulus protester, mais au lieu de ruer je me contentai de supplier. On continua donc à me sucer avec application, pendant que très rapidement le lacet de ma basket gauche fut enroulé à mon poignet droit, sans que j’en comprisse la raison.
Je voulus me débattre, mais sans avoir à me forcer on me maintint les bras, et lorsque le travail de liage fut achevé sur l’autre poignet je ne parvins pas à m’ôter ces maudits lacets, même en faisant appel à mes dents.
Les lacets avaient été serrés tellement fort sur mes poignets que par réflexe je vérifiai si je pouvais encore ouvrir mes doigts. Dès cet instant je devins obsédée par les lacets et je perdis beaucoup de vigilance sur les autres points stratégiques de mon corps.
Trop préoccupée par cette manœuvre je ne m’étais pas aperçue que mes jambes se trouvaient suffisamment écartées. En fait je me présentais le pubis en avant, légèrement cambrée. On essaya alors de dégrafer ma ceinture, mais comme je résistais les mains n’insistèrent pas. Pourtant ce que j’avais reconquis de ma braguette fut de nouveau perdu, et plus loin encore.
Je voulus alors récupérer mes baskets dans mon sac afin de pouvoir quitter le train. Je me dis qu’après tout l’absence des lacets ne m’empêcherait tout de même pas de marcher. Mais lorsque l’on recommença à me sucer les orteils je fus aussitôt reprise par un étrange plaisir, et au lieu de protester je tentais comme une idiote de défaire avec mes dents les lacets de mes baskets, tellement serrés autour de mes poignets qu’ils s’étaient enfoncés dans ma chair.
Entre deux morsures que je m’infligeai par maladresse, je suppliais derechef mes assiégeants de me laisser. Malheureusement il y avait dans le ton de ma voix, non pas la requête classique d’être « laissée tranquille », mais plutôt une prière pour ne pas subir plus avant les effets insupportables mais délicieux que m’avaient imposé les suçons sur les orteils. Mais au lieu de prendre mes griefs en considération, on m’écarta les jambes.
Je laissai alors les lacets de mes baskets s’enfoncer dans mes poignets, tout en résistant au plaisir qui montait de mes orteils, et je parvins à poser mes paumes sur le fauteuil, afin de prendre appui pour tenter de fermer le ciseau de mes jambes. Mais mes pieds étaient bien tenus, et mes voisins de fauteuil qui se pressaient tout contre mes épaules parvinrent à bloquer mes bras, rien qu’en se serrant contre moi. Dès lors je dus supporter impuissante la vision de mes orteils dévorés par les bouches, sans pouvoir refermer mes jambes ni défendre mon dos.
Quand on lécha mes talons et les plantes des pieds je tentai de me tordre pour me dégager, mais j’étais complètement coincée latéralement par les deux acolytes qui me prenaient en sandwich, serrés tout contre mes épaules.
On remonta les jambes de mon jean, et aussitôt je sentis les langues sur la part la plus sensible de mes chevilles, et jusque sur les mollets. Je voulus crier, appeler, mais les sons se muèrent en plainte. Je ne pus émettre que des « non ! non ! » qui me parurent bien timides. Je sentis alors que des doigts nerveux reprenaient plusieurs positions sur ma braguette, qui se retrouva aux deux tiers déboutonnée. En fait, mon sexe semblait s’ouvrir avec elle, et je craignais déjà de le voir apparaître aux yeux de tous, fidèle aux mots crus que les hommes avaient utilisés pour désigner mes charmes.
Les deux acolytes qui servaient de serre-livres à mon corps relâchèrent leur pression, de sorte que je pus dégager mes bras afin de reboutonner ma braguette. C’est alors que je sentis dans mon dos se défaire deux autres boutons, puis des doigts commencèrent à s’amuser avec la boucle de mon soutien-gorge, comme pour mieux me démontrer qu’elle se trouvait parfaitement disponible, et que je ne contrôlais plus sa fermeture.
Mais de mon côté j’étais à la fois obsédée par ma braguette qui bâillait sur mon slip, et par les lacets de mes baskets qui me sciaient les poignets. D’autant que j’étais toujours perturbée par les langues qui ne cessaient pas de me lécher les pieds, alors que mon jean avait été retourné jusque sous les genoux.
Je parvins à refermer un seul bouton de ma braguette, mais mon voisin côté fenêtre, qui déjà avait fouillé dans mon sac, se servit de l’une de mes boucles d’oreilles (que j’avais retirées à la fac à cause des démangeaisons qu’elles provoquaient sur le lobe) comme d’un anneau qu’il passa entre le lacet qui lacérait la peau de mon poignet gauche, et cette même peau qui ressentit violemment la froidure du métal.
Le diamètre de cet anneau atteignait huit centimètres, ce qui me donnait d’habitude, avec mes cheveux blonds, l’air d’une gitane anachronique. J’eus la curieuse impression, comme on dit vulgairement, de me mélanger les pinceaux, car de coutume mes lacets pas plus que mes boucles n’avaient rien à faire avec mes poignets.
Ce soudain désordre imposé à mes artifices jeta un trouble réel dans mon corps, d’autant que mes orteils n’étaient pas faits pour être sucés, mais plus simplement « pour aider à la marche ». En bonne suédoise j’ai conservé un certain pragmatisme de mes organes et de mes outils. Les pieds sont faits pour marcher, la bouche pour manger, et la tête pour étudier. Quant au sexe je dois avouer que je n’avais pas encore décidé de sa fonction, qui pour moi était restée assez floue. Au fond, je crois bien que je lui avais laissé l’initiative, sans toutefois lui permettre de décider pour moi.
J’essayai donc de me défendre et d’ôter l’anneau passé entre ma peau et le lacet attaché à mon poignet, et dans le même temps je tentai en me débattant de soustraire mes pieds à l’avidité des bouches. Mais des mains fermes maintenaient mes chevilles afin d’en faire profiter les langues, qui se servaient de mes charmants petits pieds comme de cornets de crème glacée.
Parfois un regard lubrique se levait vers moi, comme pour bien me faire sentir en toute conscience la langue en application. À ces moments-là je dois avouer que le plaisir devenait si fort que j’étais obligée de branler ma tête pour dire silencieusement « non », d’autant que ces regards fixés sur moi me faisaient un peu honte.
Je ne reconquis aucune position. Bien au contraire, puisque l'autre bras fut bloqué, et on passa l’autre anneau de mes boucles autour de mon poignet droit.
Je voulus empêcher cette opération en m’aidant de l’autre main, mais pendant ce temps mes jambes furent écartées davantage, et des doigts bien décidés vinrent en finir avec les derniers boutons de ma braguette.
Lorsque mon poignet désormais solidaire de son anneau fut relâché, je portai mes mains vers ma braguette afin de me refermer, mais mes orteils furent si délicieusement sucés que je ne parvins même pas à lancer cette réparation. Le plaisir si inattendu et inouï que je prenais sur mes petons m’empêchait de crier. Plutôt, je ne voulais pas crier, pour ne pas perdre le bénéfice d’une telle expérience, qui sans doute ne se reproduirait pas de si tôt. Ce n’est pas tous les jours que l’on a l’occasion de se faire masser et sucer les pieds dans le train. Non seulement je prenais beaucoup de plaisir, mais encore j’étais fascinée par l’audace de ces hommes, qui dans un certain sens m’honoraient. Je me fis tout de même cette curieuse réflexion, qu’ils devaient me connaître assez pour ne pas craindre que je puisse avoir les pieds sales. Ou bien, plus simplement, ils devaient penser qu’une fille comme moi devait être mangeable des pieds à la tête, et sans doute baisable de la tête aux pieds.
Les jeunes se mirent à rire, et je ne pus même pas empêcher une main de passer sous ma ceinture pour défaire le bouton stratégique de la taille, juste sous mon nombril. Je fus assaillie par l’impression saugrenue qu’ils allaient me déboutonner le ventre, en confondant mon nombril avec un bouton. Je sentis parfaitement le passage de la main, qui s’attarda sur mon ventre en passant entre ma peau et la ceinture. Non seulement mon sexe se dénoua, mais je ressentis comme un pressant besoin de pisser, qui se transforma en désir d’introduction.
On écarta ensuite les battants de la braguette, et je vis apparaître mon slip bleu, qui déjà livrait par transparence mon ouverture.
Je voulus alors, en rassemblant toute ma volonté malgré les suçons sur mes orteils, reboutonner au moins le bouton central de mon pantalon et rendre à ma braguette une ouverture décente, quand je sentis dans mon dos des doigts nerveux qui s’exerçaient à dégrafer la boucle de mon soutien-gorge. J’abandonnai aussitôt le bouton de mon pantalon, que j’étais parvenue à refermer, pour rabattre de nouveau mes bras vers l’arrière.
J’entendis les anneaux de mes boucles s’entrechoquer autour de mes poignets et sur la barre chromée du dossier. J’essayai alors d’empêcher l’homme de dégrafer mon soutien-gorge, mais entre temps une main revint sur mon pantalon, et déboutonna l’agrafe de sécurité de la taille. Puis, pendant que je combattais à l’arrière, mon corsage perdit au moins quatre boutons, et d’après la position des mains qui opéraient je compris que mon soutien-gorge devait être à présent complètement visible.
Malheureusement je ne pus empêcher les tétons de pointer, et j’entendis des sifflements d’admiration, qui s’adressaient sans doute à la joliesse de mes seins. « Pourvu, pensai-je alors, que ces salauds ne s’aperçoivent pas que mes tétons pointent ! » Mais on n’en était pas encore là, puisque mon corsage n’était sans doute pas déboutonné jusqu’au bout : la région boréale de ma poitrine ne devait pas encore être visible.
Pendant ce temps je crus parvenir à empêcher le pire dans mon dos, en l’occurrence que mon soutien-gorge ne soit dégrafé ; quand le pire arriva vraiment, mais ailleurs, puisque mes boucles d’oreilles, qui en fait étaient devenues des boucles de poignets, furent passées dans le tube supérieur et transversal du dossier de mon siège. Il me fut donc impossible de ramener mes mains vers l’avant, bien que je puisse encore faire coulisser les anneaux de mes boucles le long du tube, ce qui me conférait l’illusion d’une certaine liberté.
J’essayai toutefois de lutter contre le déverrouillage fatal de mon dos, mais sans succès. Les bretelles me refusèrent leur soutien et je sentis ma poitrine s’affaisser doucement sur l’avant. Je voulus crier, mais je fus immédiatement bâillonnée par une langue venue de l’arrière. Je voulus ramener mes bras en avant pour défendre mon ventre, mais je n’obtins qu’un glissement latéral des anneaux le long du tube de mon dossier. Lorsque la langue se retira je pus apercevoir mes coudes de part et d’autre de ma tête, et en regardant vers ma poitrine je vis que l’échancrure entre mes seins s’était considérablement élargie.
Dès lors, sans que je puisse rien y faire, des doigts vinrent patiemment achever la boutonnière de mon corsage, qui fut latéralement rabattu de façon à bien exposer ma poitrine, toujours défendue par les bonnets.
De nouveau j’obtins des sifflements d’admiration, et comme une idiote je ne pus m’empêcher d’être flattée. Je le fus d’ailleurs par des doigts, qui à travers le tissu transparent des bonnets s’en vinrent taquiner mes pointes. Je ne pouvais donc plus cacher à la bande mon excitation, et pour comble de honte je fus assaillie par une soudaine montée de lait.
Prise entre la rage de m’être fait avoir et le plaisir qui montait sans cesse de mes pieds, j’avais moins honte de l’ouverture complète de ma braguette que de celle de mon sexe ; moins honte de mon corsage à découvert que de la poussée de lait qui mouillait le fin tissu des bonnets.
Je tirai de toutes mes forces sur mes bras, mais tout ce que je parvins à faire fut d’enfoncer les lacets dans mes poignets, et de faire glisser les anneaux de mes boucles le long de la barre transversale du dossier.
Je finis par abandonner en comprenant combien mes boucles étaient de bonne qualité. Je ne baissai les bras que mentalement, car en réalité je ne pouvais plus les ramener devant moi pour me défendre.
Je voulus défendre mon dos et empêcher les bretelles de mon soutien-gorge, dégrafées, de m’abandonner tout à fait. Mais il suffit à mon voisin d’en face de tirer lentement et simultanément sur les bouts des bonnets, pour faire venir vers lui le soutien-gorge, qu’il porta à ses narines, pendant que son acolyte exposait parfaitement ma poitrine nue entre les pans de mon chemisier grand ouvert.
— Et voilà le travail ! » dit-il, en me pinçant l’un des bouts.
Je voulus protester, mais il saisit l’autre bout entre pouce et index, et me força à ouvrir la bouche sous l’afflux du plaisir.
— Quelles merveilleuses aréoles ! dit-il, je n’en ai jamais vu de si roses !
— Et d’aussi durs tétons », fit un autre, en portant carrément sa bouche sur mon sein droit.
— Eh ! dites donc, mais c’est-t-y pas du lait qui se pointe là ?
— Mince de mince ! comme dirait ma prof, mais sais-tu que t’as raison, man ?
— Je suis sûr que son clito est aussi dur que ses tétons », dit une bouche qui soudain absorba avidement mon gros orteil.
Encore une fois les mêmes mots insidieux me firent la même impression, mais mon intimité commençait maintenant à être bien visible ! Les mots crus commençaient décidément à rencontrer mes organes nus.
Sous l’effet d’une langue sur un téton je ne pus retenir un « ah ! » de surprise, et je tentai de résister au plaisir. Mais comme un autre larron suçait toujours les orteils de mon autre pied, je sentis que je cédais peu à peu sous les dents qui me mordillaient la chair si sensible, là où pourtant jamais ne sont prélevées les empreintes digitales. A défaut de trahir mes tortionnaires devant la police, ces empreintes inutiles mais subtiles ne trahissaient que moi devant mon tribunal intérieur.
Je fermai les yeux juste au moment où une autre bouche aspira complètement l’autre aréole. Mon vagin se contracta et mon clitoris pointa.
— Mince de mince, dit une autre voix, c’est qu’elle est parfaitement rasée, la salope ! »
Cette fois, je peux dire que les mots touchèrent l’organe, et sans que je sois touchée, mon sexe coula. J’eus à peine le temps de réagir que déjà deux doigts avaient écarté mon slip, puis mes lèvres. Je voulus crier mais la même langue rentra une nouvelle fois dans ma bouche, m’empêchant d’apercevoir ce qui devait fatalement se passer entre mes jambes.
— Belle huître », dit l’homme qui m’auscultait.
Sa façon de m’explorer correspondait exactement à leur façon de parler de moi, ou du moins de mes organes.
J’entendis qu’une main fouillait, non pas déjà en moi, mais dans une boîte à outils. Je sentis la froidure d’une lame d’acier passer sur la peau de mes hanches, puis le bruit caractéristique d’un coup de ciseau.
L’homme qui me maintenait coite me relâcha, comme pour me permettre de réaliser ce qui se passait en bas : on tira sans ménagement sur mon slip coupé, qui au passage érafla mon cul. Je réalisai seulement alors que ma chatte était aussi à l’air que mes seins.
— Dis donc, dit l’un, qu’est-ce qu’elle est bien fendue ! »
Nous voilà, me dis-je alors, sur les lieux du crime. C’est à ce moment là que j’aurais dû me mettre à hurler, mais je n’en fis rien. Sans doute parce que je considérais ces mots comme une sorte de promesse de jouir de mon sexe comme je venais de jouir de mes orteils. Ces mots n’étaient en somme que la transposition, à propos de ma chatte, de la phrase crue : « elle a des beaux pieds ! » qui en fait en dit plus long qu’on ne pense, le galant anticipant je ne sais quelle séance de suçons, qui j’en suis bien certaine ne vaudra jamais la séance que je venais de subir là.
En fait je commençais à être liée par le plaisir bien davantage que par les liens qui empêchaient mes mains d’intervenir dans la région de mon ventre.
Mes deux lécheurs de pieds me lâchèrent, mais mes deux voisins latéraux me saisirent par les genoux et m’écartèrent les cuisses. Mes jambes formaient presque le grand écart, et les hommes déposèrent mes cuisses sur le dessus des leurs. L’un de mes pieds dépassa dans le couloir et fut immédiatement saisi pour être sucé, pendant que l’autre, qui jouissait de moins d’espace libre, retomba aux mains de mon voisin d’en face, côté fenêtre, qui fut obligé de se baisser pour parvenir à ses lubriques fins.
Mais les serre-livres qui me maintenaient bien serrée entre leurs épaules manifestèrent un certain mécontentement, de ne pas pouvoir profiter de la situation. Ils se dégagèrent donc et je craignis le pire, en les voyant retirer leur ceinture, tellement étonnée d’avoir pu jusqu’ici garder la mienne, qui d’ailleurs ne me protégeait guère.
Mais les deux énergumènes se contentèrent de m’attacher au-dessus des genoux, grâce à leurs ceintures, sur les accoudoirs les plus extrêmes du fauteuil. Quant aux accoudoirs qui séparaient les sièges, ils avaient été rabattus.
J’eus donc tout le loisir de bien m’étaler, mais selon une convenance qui pour l’heure n’était pas encore la mienne : les jambes ouvertes à me faire mal, le sexe déchiré derrière ma braguette béante, et ma poitrine tellement bien exposée que je commençais à en avoir mal de désir sur les pointes. Je sentais non sans une certaine honte que mes seins commençaient à enfler.
Quant à mes bras, ils furent assez rapidement empêchés de glisser le long de la barre du dossier, puisque les anneaux qui jadis avaient appartenu à mes boucles d’oreilles furent ramenés au niveau des extrémités de la barre, et enfilés sur les axes métalliques verticaux.
J’essayai de ramener mes avant-bras devant mon visage, mais sans succès : les anneaux de mes poignets ne glissaient vraiment plus le long de la barre, et je me trouvais désormais crucifiée à mon dossier, alors que les deux sièges laissés libres à gauche et à droite de mes hanches n’étaient occupés que par mes jambes écartées, liées par les genoux aux accoudoirs.
— Mince, je sens qu’elle va être bonne, celle-là », dit l’un des jeunes, qui vint s’asseoir sur le fauteuil d’en face, comme au cinéma.
Un autre vint le rejoindre, puis un troisième, et je m’aperçus qu’il ne s’agissait plus de ceux qui m’avaient si délicieusement sucé les orteils.
— Tiens, dit l’un, on va s’en griller une en attendant. »
Je suppose qu’ils parlaient de moi « en attendant », et comme une idiote je me permis de leur faire remarquer qu’il était interdit de fumer, dans la gare, sur les quais, et jusque dans le train. Je me sentis assez fière de mon courage, qui ressemblait plutôt à de l’humour grinçant, jusqu’à m’apercevoir du ridicule de la situation, mes jambes grande ouvertes sur mon sexe, ma poitrine à portée de main, et ma bouche à portée de la première bouche venue.
— Ah ! ah ! je te l’avais bien dit qu’elle était bonne ! Attends donc de fumer mon cigare, ma poule, et ensuite tu viendras encore me parler de l’interdiction de ceci et de cela !
— Oui, essaie donc de nous empêcher de te fumer, dit son collègue.
— Vous allez bien voir avec le contrôleur, comment il va fumer vos tronches !
— Ah ! ah ! excellent ! excellent ! le contrôleur ! Rien que ça ! mais c’est qu’elle espère encore quelque chose, cette folle-là ! Le contrôleur, non mais dis donc ! Tu l’entends !
— Il n’ose jamais venir jusqu’ici le contrôleur !
— Ça va être vraiment coooool pour toi, chérie !
Un autre vint s’asseoir à côté d’eux, sur l’accoudoir, côté couloir, et avant d’allumer une cigarette à son tour, il fit avancer mon cul jusqu’au bord de la banquette, afin que mon pubis puisse dépasser confortablement.
Je me sentis tellement exposée que je tentai de me rétablir, mais en vain. Les hommes, ou plutôt « les jeunes » pouvaient désormais se servir de moi à leur guise, mais ils ne s’excitaient pas exagérément, je n’avais pour eux pas davantage de valeur qu’une cigarette.
— Eh oui, chérie, tu t’es bien fait avoir à ce que je vois !
Il regarda expressément vers mon sexe ouvert, qui malheureusement commençait vraiment à suinter. Il m’était plutôt difficile de faire la maligne dans ces conditions-là ! Mot à mot, je ne pouvais rien leur cacher !
— Vous feriez bien de me détacher avant que...
— Ah ! ah ! avant que quoi, poulette ? Avant que tu t’énerves ? T’entends ça, man, elle va s’énerver et se transformer en bat-man, man, nous arracher nos queues et bouboules et nos langues de chat ah ah ! »
Le jeune était passé en mode « Rap » en riant.
— Elle veut peut-être tirer la poignée d’alarme avant qu’on la tire ! dit l’autre, en se massant le sexe à travers son pantalon.
— Je me demande ce que tu pourrais bien faire, à présent, salope ! T’étais bien contente de te faire sucer les orteils, en attendant !
— En attendant ! En attendant ! Et en attendant quoi, s’il vous plaît ? »
La tournure polie que prenaient mes sentences m’apparut brusquement si ridicule que j’en rougis. Je ne parvenais pas à appeler au secours, tellement je craignais d’être découverte dans une position aussi humiliante. Sans compter les sévices éventuels qui tomberaient sur moi, en cas d’échec.
— Ah ! ah ! non, franchement, je la trouve trop drôle celle-là ! » dit l’autre, en refoulant la fumée de sa cigarette en plein sur mon visage.
— T’es donc pas bien, là, avec nous, bien coo-oooul, jusqu’au bout de la nuuuuit ?
Je compris alors que ces salauds n’allaient pas se contenter d’un aller simple de la rame, mais qu’ils allaient disposer de moi pendant plusieurs aller-retour, ou pire encore m’emmener plus loin, sans que je sache comment. Curieusement, au lieu de m’inquiéter outre mesure, cette pensée faillit m’exciter. Je commençais à comprendre leur patience, qui m’excédait à cause du pouvoir qu’elle leur permettait de prendre sur moi, mais qui aussi me rassurait, comme quand on se trouve en face d’une équipe d’ouvriers compétents, qui vous garantissent un travail propre.
Celui qui semblait être le chef, et que je devinais à l’abri derrière mon dossier, commanda à un autre d’aller empêcher les passagers de monter vers notre étage, en leur signifiant « complet », puis il se pencha sur moi par-dessus le dossier et me fit un suçon dans le cou.
Je ne pus l’en empêcher, mais quand il exigea que je lui donne ma langue, je gardai ma bouche serrée à me faire mal.
Il n’insista pas, mais fit un signe à l’un des protagonistes fumeur, qui s’approcha de moi par-devant, et voulut me faire fumer sa cigarette. Je refusai en toussant.
Lorsque l’autre se représenta côté filtre devant ma chatte, je compris que j’avais tout intérêt à laisser rentrer la langue du chef dans ma bouche et à participer, si je voulais éviter que mon sexe ne s’enflamme.
— Allez, grille-t’en une avant d’appeler la pooolice ! » lâcha le « rapeur » qui rentra son index encore éteint dans mon sexe.
Son acolyte s’agenouilla devant moi et me suça le sein gauche. Puis je sentis les suçons reprendre sur mes deux pieds.
Je commençais à jouir, et le chef dans ma bouche eut bientôt raison de ma langue, qui non seulement ne résistait plus à ses assauts, mais participait à la fête.
Le plaisir commençait à me submerger, quand soudain on me laissa, et trois autres galopins remplacèrent des trois premiers sur le siège d’en face.
Décidément j’avais davantage l’impression d’être une bête curieuse qu’une femme qu’ils s’apprêtaient à consommer. Je crus comprendre qu’ils étudiaient mes réactions, et surtout la façon dont mes résistances cédaient peu à peu à leurs incursions de plus en plus osées et provocantes.
D’autant qu’ils avaient tout le temps devant eux pour profiter de moi jusqu’à satiété ! Tout se passait comme s’ils craignaient de se lasser avant l’heure. Mais je crois aussi qu'ils souhaitaient ne pas avoir l’air de me forcer, mais tout au contraire ils voulaient m’exciter suffisamment pour créer en moi un manque tel, que j’en vienne à les supplier.
Je dois avouer que leur méthode était plutôt subtile, car en opérant de la sorte, tout en ne pouvant rien faire contre eux, je ne pourrais m’en prendre qu’à moi.
L’un des hommes sortit de sa belle caisse à outil un petit sac qui devait contenir son casse-croûte, puis de ce sac dégagea une banane qu’il se mit en devoir d’éplucher tout en me regardant, comme pour me faire envie. Il est vrai que je commençais à avoir faim.
Après avoir épluché la banane il la mordit à peine, puis la présenta devant ma bouche afin de m’en donner une part, comme à une prisonnière reléguée au cachot.
Il me fit comprendre que je n’avais droit qu’à un petit bout, et que je n’avais pas intérêt à me croire maligne au point de l’engloutir toute.
A peine fut-elle mâchée par mes dents timides qu'il la présenta devant mon sexe ouvert, me regarda droit dans les yeux, et sans prêter attention à mes protestations et aux mouvements désordonnés de ma tête, il m’enfonça la banane jusqu’au fond.