In Libro Veritas

Bow

Par maphorno

Cette oeuvre est mise à disposition du public sous un Contrat Creatives Commons (by-nd)

Vous êtes en mode de lecture plein écran. Cliquez sur le lien suivant si vous souhaitez afficher la version classique de cette oeuvre

Table des matières
Que pensez vous de cette oeuvre ?

Début novembre. Situation géographique et description.

Bow, non loin de Kenato, se situe entre deux récifs montagneux, dans un paysage arborescent où se dressent de gigantesques falaises crayeuses. Sur un ter plein aménagé en place centrale dort un ancien restaurant doté d'une terrasse en bois, écaillée de son vernis, de sa peinture par le climat. Jusqu'au début des années soixante-dix, le village comptait plus d'un millier d'habitants. Certains vivaient des produits qu'ils cultivaient, d'autres travaillaient dans les villes alentour. Nul ne sait pourquoi, tous les habitants de cette ville quittèrent les lieux en moins d'un an, laissant leurs biens sur place. Les années s'écoulèrent, des passants la traversèrent comme le vent, ils n'en parlèrent pas. Il n'y eut plus trace de Bow, ni dans les discours, ni dans les mémoires pendant plusieurs décennies. Les propriétaires ne se manifestèrent pas. En 2001, quelques punks en dérive de Kenato vinrent s'y installer.

Image postée par l'inscrit

Monologue
- Maph : " J'ai cru voir un chat, je suis tout seul dans cette chambre, je devrais sortir de ce lit, marcher un peu dans le couloir, me sentir moins crispé. J'ai éteint mon téléphone. N'as-tu pas des renvois d'insanités comme après avoir manger quelque chose de fort, peuvent remonter des intestins, certains relents. Etre masculin - féminin, pas un travesti, un sensuel androgyne. Ton visage avec l'âge et l'alcool s'empâte. D'infimes vaisseaux sanguins ont explosés sur tes joues.
Jeune et efféminé tu plaisais aux jeunes filles et aux hommes plus vieux que toi. Le temps t'a ruiné. Les descentes dans les arrières chambres de tes sombres fantasmes répétitifs n'ont pas suffit à t'effrayer. Des chaînes, écartelé et cagoulé. Du sang coagulé qui ne coule plus. Un viol. Etalé, la tête sur le gazon emballée dans un sac plastique, l'herbe n'a rien fait pour te sauver. Par amour pour toi, la nuit je m'éloigne. Je ne veux plus revenir au monde.
Dans mon sommeil, on avait enduit mon visage d'une pâte. Je ne le savais pas. Je discutais avec Niels, "ton oeil est abîmé", me dit - il. Je sentais une irritation en fermant la paupière. L'iris en fine membrane collée sur mon globe oculaire s'était déchirée. Une bille transparente apparaissait dessous. Avais-je frotté ? La pâte en séchant s'effrita pour y tomber...
Nous nous sommes dirigés vers des fauteuils rectangulaires couverts de graisse, les housses suintaient accrochées au mur. En nous asseyant, le sourire aux lèvres, la lumière changea et des souvenirs de femmes que seuls leurs maris et les enfants de moins de huit ans pouvaient approcher assez prés pour sentir le grain de leurs peaux, me revinrent. La lumière tomba encore. Sourires béats et figés dans une nouvelle atmosphère, la poussière se posait.

 
Tenté de prendre un chemin différent de celui prévu, au bord de quelque chose où se dessine une voie rapide, un échappatoire, temporaire et inutile, je regarde du fond de l'eau flotter comme des ballons gonfler à l'hélium, les paquets ficelés de ma mémoire fragmentée. Le vent, les bruits proviennent de toutes les bouches. Des plaques de métal mal fixées vibrent entre les paroies creuses de l'appartement, les portes battantes vitrées explosent dans les couloirs frappés de courants d'air.
Nous attendons. Quelqu'un a les clés. Peut-on ne rien faire ? "
La porte s'ouvre, une femme passe le pas lentement. L'enchaînement linéaire de ses gestes et les mots inaudibles qu'elle prononce n'ont aucun rapport avec la situation. Elle ressort comme elle est entrée.
- Maph : "Je rêvais d'une installation de rêve. Apaisante plus qu'une mode frénétique..."
Des néons dans l'obscurité. Au sol, alignés le long d'un mur, des plaques de plexiglas imprimées de photos. Derrière ces images translucides un fil phosphorescent parcourt la plinthe. Contre le mur s'étend le tracé sinueux de ce fil arraché à l'absence. Il disparait dans un trou donnant sur une pièce où se trouve une piscine vide et sans fond.
- Maph : "Je m'avançais dans tout ce qu'il y a de plus poudreux. Ma vue me faisait défaut." Des feuilles mortes frottaient le sol, déplacées par le vent pour former de petits amas, tourbillonnant puis se dispersaient au fur et à mesure. La pièce, ou ce qu'il en restait était froide et sèche. Une partie du toit était tombée et l'air entrait par rafales. Deux murs percés par endroits menaçaient de tomber également. La faible intensité de l'éclairage laissait les couleurs indistinctes, tout se trouvait fondu dans un gris nuancé. Le sol émaillé de petits carreaux blancs sur le bord se discernait suffisamment pour placer le pas sans danger. Le fond semblait se creuser un peu plus à chacun de ses regards."
  
Une suite d'images violentes lui donnent mal au crâne. Il y pense sans rien dire. Il ne veut pas enrager, ni s'arracher la peau. Rester calme et détendu. Soft et transcendant. Dans un état inexpressif, sans vague et qui n'émeut pas. Rester dans les marges de l'envisageable.
Mr. Kenato - "A quoi pensez vous ?"
Maph - "Tout va ensemble dans la dissonance... l'image et le son, l'image sans le son. Le placard grince quand je l'ouvre, je le sens dans ma main. Je n'ai pas de réponse à ma surdité, je ne la dis pas."
Des tables serrées en quinconce dans une salle au rez-de-chaussée, donnent sur un terrain vert. La pelouse entre dans la pièce où ils sont attablés à un ovale nappé de blanc. Bougeoirs et couverts rutilants. Ils mangent des fruits de mer. Un serveur lui passe un plateau brillant. Elle boit dans un coquillage une eau salée sans arriver à attraper la tranche de saumon collée au fond. Mr. Kenato s'est levé pour parler, mais elle n'entend pas. Il déteste le lait et leur en fait part cette fois en criant. Son analyste toujours présent cherche à savoir pourquoi. Quarante-cinq ans. Sa mère le pinçait quand il tétait, interrompant sans cesse l'effort-plaisir qu'il avait à fournir pour se nourrir. Cinquante-deux ans, du poil grisonnant sur un torse légèrement creusé - flash back comportemental (une poupée, nudité,)- déglutissements, il se pince le sein, répète ce qu'il a subit. Son visage prend les expressions tour à tour, d'un nourrisson qu'il a été et d'une mère pour qui il en pinçait. Il rit porte un toast et se rassoit. Elle saisit son poignet posé à sa droite et commença à le serrer. De plus en plus. Sans qu'il ne pousse un, cri sa main effectue un tour complet et se détache de l'articulation. Elle la jeta à terre. Il décrivait un problème de constance chez son frère, on retrouvait le même chez lui différemment.
De quoi traitent ces lignes... d'une attitude latente. Celle de ... j'oubliais ! Maphorno n'arrive pas à gérer les regards analysants sur son passé. Tout ce qu'il a en tête décrit sa fatigue, son insatisfaction et l'ingérence. Tout traîne dans sa vie, il n'atteint pas l'idée précise entrevue, ses visions perdent leur définition s'il ne les rend pas perfectible en maintenant son attention sur elles. Déprime et lascivité le guettent sans la vivacité qui accompagne les éléments positifs de sa recherche. L'auto-persuasion est constante, les feux de pailles multiples. Ivre dans une bulle, ses rencontres avec l'eau trouble allient violence et suavité.
Une bouteille par jour... son corps le débecte. Son crâne devient lisse. Il grossit. Son interlocuteur reste neutre, vide et indifférent. Il craint de suicider avant ses vingt-cinq ans si la situation demeure inchangée. Il lui reproche de ne faire aucun effort : sa proposition de se rendre dans un sex-shop était restée sans réponse, comment une relation de confiance pouvait-elle s' installer ? Les pulsions retombent, le laissent insatisfait... sa psy lui dit qu'il est un grand garçon, il se débrouillera tout seul. Depuis des mois il va voir des prostituées à qui il ose demander ce dont il a envie. Un besoin d'être bien considéré le pousse à n'en parler, en sueur, qu'à ce confident rémunéré. Spongieux Niels absorbe mythes et modèles glissés des papiers glacés.
Un chagrin d'amour l'alite dans sa chambre. Tout l'été improductif. Lorsque sa mère rentre du travail, il fait mine de s'être levé depuis le matin alors qu'il voyage en pyjama de son bureau au lit et du lit au bureau une dizaine de fois dans la journée. Laissant passer les heures avec anxiété. C'était hier il y a plus de vingt ans, ruminant ses années d'ado-laissant. Etendu sur son lit ses yeux roulent sur une boîte de médicaments vide tombée au sol. A éviter de penser, végétal, il en vient à sortir faire les magasins comme on visite les galeries d'art contemporain, avec sensualité, envoûté par les scénographies sophistiquées, par le choc attractif des photos de mannequins. Entrer dans un magasin, c'est se mouvoir dans un espace conçu à la dimension de mes fantasmes, pense-t-il. Cet opéra parle de jalousie, sans cesse il ressasse.
Maphorno glisse sur les sentiments comme sur les sensations qu'elle croise. Elle ne tombe jamais amoureuse, par précaution. Fonctionne indépendamment, mais opère ses choix souvent en fonction des autres, des groupes distincts dont elle fait partie. Son attitude n'est pas tout à fait passive, elle n'a pas d'envie, c'est un confort. Dans une neutralité constante préservée de la douleur et du plaisir il lui arrive de passer plusieurs jours sans décrocher le téléphone. Plus elle avance plus elle se vide. Extérieure à elle même, elle se détache et donne à ses voisins, aux gens qu'elle connaît, les objets chargés de ses souvenirs et de ses crises de sommeil.
Maphorno est un personnage multiple. Son avenir incertain pousse à chercher ce qui justifie cette existence évanescente, imaginaire. Les influences extérieures qui imprimèrent les marques de leurs caractères sur son "moi" malléable firent d'elle, de lui un puzzle. De quand date la transformation ? Y - a - t - il eut réellement transformation ? Maphorno est un homme à pattes, à dents de singe, à tête de femme. Une femme qui ne peut avoir d'enfant. La fonction naturelle de l'homme ne la concernant pas, elle ne s'intéressa pas moins à sa sexualité; aux différents versants offerts et aux variantes démultipliées par les expériences. Maphorno aime les selles et joue avec, il est porno jusqu'à en tirer son nom. De sexe indéterminé, caméléonesque, une femme aux cheveux cours, travestie en homme.
Elle a grandi élevée par sa mère, une femme seule séparée de son mari, éloignée volontairement de sa famille. Son entourage lui connaissait un mode de vie indépendant. Maphorno était une femme-homme sociable, elle aimait inviter à dîner, mais demeurait seule. Seulement l'un osa la morsure, la cohésion entre eux déclina progressivement jusqu'à la totale dissolution du groupe.
Il-elle hésite entre les différents versants de sa sexualité. La nuit dernière elle se trouvait en compagnies de plusieurs personnes qu'elle côtoie dans la réalité. Elice la belle androgyne était là.
- Elice : "Je ne sais pas ce qui me pousse à t'appeler ou à te voir. Ce doit être ce germe de vice qui m'excite et que je conserve en douce. Tout cela peut mal tourner, du viol à l'agression, c'est la tendance des rapports auxquels je songe lorsque je t'imagine."
Maphorno montre son corps, torse nu toute la journée. Les couleurs réapparaîssent. Ce sont les rayonnements d'une nuit sans rêve avec Elice. Les plates-formes, les angles des murs, les couloirs, les parquets lissés. Une forêt de pilonnes sur une terre dévastée et un tube phosphorescent planté là. La blondeur, les jours heureux hors de tout. Un jardin chez des amis où trône une petite maison sans porte au milieu de la pelouse. A l'intérieur flotte un coffre vide. Pourquoi est-il claquemuré et si difficile d'accès ? Un mécanisme à engrenage, d'activation manuelle, permet d'ouvrir ces murs. Leur hôte fît une démonstration. La pénombre s'était faite sur le jardin à présent rétrécit. Elice s'approcha d'elle. Affleurée à son dos, sombre et sereine elle entama des préliminaires caressantes. Dans son esprit un bras entrait dans son corps. Elles pensaient toutes deux à la même chose, au désir de s'immiscer vers un canal étroit. Aveugle, les sens en délectation, sa compréhension fût perturbée au touché d'un membre viril. Elice, vexée de sa découverte, tourna les talons dans l'obscurité sans laisser à Maph, le temps de la remercier.
Des images le hantent, le harcèlent. Son "moi" masculin ne digère pas son "moi" féminin et le vice versa (dans le liquide des nuits épileptiques). Le premier, laxiste, la libido débridée. D'une hygiène physique tant que morale peu recommandable éprouve une attirance toute particulière pour les perversités sexuelles des club à étages séquentiels. De ceux qui font gravir les marches par échelons mesurés dans la douleur, jusqu'aux alcôves. Son caractère dénote de la passivité propre aux masochistes. Le second très intègre à lui-même est soupçonneusement féministe et guerrier. Séquelles. C'est qu'elle ne le supporte pas. Ils se mélangent. Le parfum d'un shampoing, l'effluve des corps, l'odeur suave des excréments composaient une senteur de fleur trop sucrée. Ils tuèrent leur désir en dormant, écrasé dans son dos, le petit singe mourru étouffé, laissant dans la chair l'empreinte de ses dents de collection.
Un goût amer et alcoolisé, celui des nuits sans orgasme. Le devenir punk d'une femme de trente ans dans le début des années deux mille, c'est un contact différent avec les gens, beaucoup plus direct et sans convention. Le retour en société, ne serait-ce qu'au niveau du regard, à une communication ordinaire demande un peu de temps. Le sperme tiède sur sa chair dégageait une odeur de pelouse fraîchement tondue. Toute image fluviale de cet échangisme reste au-delà de la nuit, dans un lendemain aux teintes plus foncées. Palper, sentir l'inhabituel des réactions, plus à l'absence qu'à l'effervescence. Elle détourna son visage essayant de cerner le profil psychologique de sa relation à elle même.
- Maphorno : "Mes lèvres vieillies et le pavillon rétracté de ton oreille ne nous réservent plus d'espace commun. Même observés par ce veilleur de nuit sur une autoroute où plus aucune voiture ne circule. La salle est vide, elle se remplit les lendemains. Il laissa un mot sur la table pour ne pas attendre son retour. Quelles pourraient être les exigences d'une femme à son égard ? Elle les trouve en général très assidues auprès des hommes".
"some are borned to sweet deelight,
some are borned to endless night"
Elle n'avait pas vu les choses sous cet angle, puisqu'il en parlait en ces termes, la donne était changée. Pourquoi pas...! Son amour la protègera pour plus tard. Les fluctuations amoureuses sont à la baise. Que cherche - t - elle ? De façon ponctuelle et spontanée, à lire et fixer les relations lentement tissées entre individus. Plus elle est fatiguée, plus sa perception des liens s'aiguise. Les caractères la transpercent, effets sensibles sur personne sensible, résultat d'une observation saccadée.
Elle lui parle, il sourit et rigole d'un son gutturale et profond. Un rire de l'ordre des sentiments filiaux qui touchent la corde amoureuse. En même temps dans son attitude se perçoit une distance respectueuse.
Les détails sont importants, la pensée la plus infime, la plus fugace, porte le germe amplifié de la problématique. Le sens caché d'une phrase soit disant sans importance la trahit souvent.
- Maph : "Vers neuf ans - en fait entre neuf et onze, l'exactitude s'estompe face à la faible volonté de se remémorer un évènement précautionneusement oublié. Une jeunette de mon âge, Alex - Elice, passa l'après - midi en ma compagnie. Visiblement maman ne l'appréciait pas. Lorsque l'après-midi toucha à sa fin je n'eue pas la permission de la raccompagner. La dureté de ces interdictions, celle de sa voix me heurtait. Progressivement, j'installais une vitre sans tain entre elle et moi. C'était un dimanche soir d'octobre ou de novembre, la nuit était tombée et je haïssais les nuits froides."
A plusieurs reprises, l'année passée elle avait été prise d'anxiété dans ses sommeils. Elle se levait pendant que tous dormaient et errait dans les couloirs de l'appartement, dans la cuisine. La chambre de sa mère se situait dans le prolongement du salon, à la place de ce qui aurait du faire office de salle à manger. Parfois elle poussait la porte du salon, le traversait pour aller l'observer endormie. Mais le plus souvent elle la réveillait pour se plaindre. Lorsqu'elle étaient en froid ou devrait-on dire en violence, des pulsions de vengeance tapissaient le fond de son humeur. Pour toucher la sensibilité de sa mère, elle pensait attenter à sa vie. Il y avait dans la maison deux pharmacies. Celle de la salle de bain renfermait des compresses et autres soigne-bobo. L'autre dans la cuisine contenait des médicaments. Elle s'était mise à fouiller dans cette boîte à suicide.
Ce soir, elle ne se souvient plus à quel moment elle s'était retrouvée seule dans l'appartement. Elle tira du placard les boîtes les plus dangereuses où figurent l'encadré rouge signifiant "toxicité". Elle avala deux à quatre gélules de cinq ou six boîtes différentes.
- Maph : "C'était avant le dîner, maman avait raccompagné Elice en bas. Depuis je bave de mélancolie sur les gens de mon entourage. Je leur dégueule dans le dos. Toute seule, je n'arrive pas à dégueuler, il faut qu'il y ait quelqu'un."
Après ingestion, ils étaient passé à table et à la fin du repas elle prétexta un mal au cœur afin de se retrouver plus rapidement devant la télé. Dans le fauteuil son malaise grandissait.
Le lendemain elle ne fût pas en cours. Le médecin vint - on l'avait installé dans son lit - il observa des pupilles dilatées, elle urina dans un bocal. Plus tard, elle fût interrogée : On lui demanda en agitant une petite boîte en carton devant ses yeux si elle avait avalé des médicaments. Elle nia. Guérie, personne ne reparla de cet incident.
- Maph : "Je retournais à l'école comme si de rien n'était. Je considérais avoir tenté de franchir une limite en silence."
Elle se posait la question de la gravité de son acte. Elle avait nié par crainte de sa mère. Dans leurs affrontements, Maphorno était bien vite expédiée dans sa chambre. Elle biaisait, mentait pour contourner les interdictions, en toute mauvaise conscience. Cette mère était seule, ils étaient seuls face à elle. Il n'y avait qu'elle, bloc monolithique incontournable, l'oeil sur tout. L'unique façon de fuire, s'offrait en ces deux couloirs qui menaient à leur chambre.

Image postée par l'inscrit


Le rapt d'une fillette de quatre cinq ans s'organise.
Un type proche du mastodonte se meut semblable à une ombre que personne ne remarque malgré sa physionomie. Tout le temps présent, il sait passer incognito. Tête losange, cheveux longs, son teint de peau hâlé tire sur le jaune. Yeux enfoncés, ou plutôt, trous noirs à la place des orbites et en guise de mains, des battoirs. Il glisse tout contre les gens sans qu'ils ne s'en aperçoivent et s'affaire à de malsaines occupations. Son logis, partagé avec un autre individu se résume à un camion. L'autre se distingue assez mal, reste flou et sans visage. L'autre est celui qui vole la fillette. Elle-même fillette, elle comprend ce qui se trame sans pouvoir l'exprimer, cloîtrée par la terreur. Spectatrice muette. Deux alternatives, parler et se retrouver à sa place, séquestrée, ou bien se taire.
Le camion est parqué dans un endroit à forte fréquentation. Un festival à lieu. Noyé dans la foule bigarrée, personne ne pressent le viol qui se prépare. L'homme dont elle ne voit pas le visage s'est pointé avec un paquet pantelant d'un mètre dix sous le bras. Tous deux s'occupent à cacher leur objet.
- Maph : "Je les ai suivi jusqu'à la maison Casamande et à travers son dédale de couloirs et de salles. Ils l'ont déposée dans l'une d'entre elles, sur un matelas dépouillé, le corps inerte. ils ont délié la couverture. La petite était inconsciente. Enveloppée de cellophane elle resta là un peu comme un plat cuisiné destiné à une consommation ultérieure. Sa tête échevelée bascula sur le côté. Je me suis planquée. J'entends des râles."
Image postée par l'inscrit

- Maph : "Avant mon retour, quelqu'un c'était introduit chez moi. C'est à moi qu'il ou elle en voulait, dédoublement assassin. Tapis dans l'encoignure de la porte j'ai senti la chaleur qui émanait de son corps. Il passa lentement, mon oreille frôla son haleine. Dans un soubresaut, il tomba sur ma jambe, s'accrocha autour de mon tibia. Il y avait un chat aussi à la forte personnalité, je n'ai pas de chat. Ce truc à mon tibia se détacha, tomba à terre. A mon tour je lui tombais dessus essayant de le maintenir. De même force physique, j'esquivais mal les coups et nos postures habillées s'imbriquaient sur la moquette. Le chat vint se parasiter à mon dos."
Flash back. L'alarme déclenchée ne l'affola pas. Porte béante, il attrapa une chaussure par la pointe et fit exploser le système de réglage avec le talon aiguille. Fouillant mollement les tiroirs, il ne se doutait pas qu'elle rentrerais maintenant. Il entendit la porte se rouvrir, lâcha tout, se colla contre un mur et glissa jusqu'à l'endroit le plus sombre, prés des gonds.
Maph - "J'espérais qu'il ne viendrait pas." Ses yeux ont croisé des liens avec une nonchalance non dissimulée. Pourquoi l'aurait-elle séduit sinon à fin d'avoir une position privilégier à ses yeux. Quand on tient un poisson hors de l'eau à pleine main, il arrive que des écailles s'accrochent à la peau comme des aiguilles. Il se tord avec vigueur, glisse comme un savon. Lorsque sa main trempait dans l'eau, les poissons la caressaient en passant entre ses doigts.
Image postée par l'inscrit
Kenato.
Il y a de la zone dans la ville, mais une bonne solidarité entre les gens du milieu de la rue. Hier Niels et Béla avaient prévu de louer un camion pour se rendre à Bow. Le rendez-vous était fixé dans l'après-midi, mais elle ne vint pas. Les retrouvant après leur retour, elle prétexta s'être endormi dans sa chambre d'hôtel. Ils sentent la rue. L'un frappe un peu l'autre dans sa masse vibrante.
Le premier jour, arrivée en gare de Kenato aux prémices de l'aube elle trouva son immeuble sans problème : un ancien hôtel. La ville lui rappelle un endroit qu'ils côtoyèrent pendant leurs adolescences communes. On arrive en train directement, sans changement. La ville qui précède Kenato sur la ligne ferroviaire s'appelle Palmier. Dans ses souvenirs, elle cherche des palmiers et elle en trouve mais ne sait pas s'ils sont réels. Il faisait encore nuit et le matin menteur planquait sa clarté derrière les montagnes kenatares abruptes. De ce voyage sur les rails, des souvenirs épars : les lueurs indistinctes des habitations, l'insomnie et la buée sur la vitre, s'effaçant au contact de ses lèvres.
Au pied de cet ancien hôtel passe une route bruyante et une rivière non moins sonore. Encore une image du passé. A Kenato aux heures d'extraction de la pierre c'est cette eau qui alimente les scieries enfoncées dans les carrières. Son flot animé des rocailles se blanchit mêlé à la poudre siliceuse.
Trois odeurs distinctes empestent les lieux communs. Le hall d'entrée fleure un détergent qui manifestement n'est pas venu au bout de la crasse. L'ascenseur dégage un relent d'insecticide âpre aux parois nasales et le couloir à son étage, une odeur de chien mouillé, d'urine de chat.
Cette nuit là, la population était agitée. Les dérivés en vadrouille quémandaient aux passants argent, alcool, capotes... Elle pris le car pour rendre au centre ville, fut crachée aux abords d'un cinéma indépendant délabré qui remettait au goût du jour des films censuré lors de leur sortie au millénaire dernier : "Joie de la sodomie pré-pubert", "Blood" et autres perle de la dégénérescence présente ici. Les affiches dataient de leur première sortie en salle. Les pancartes publicitaires périmées, pendues telles des guirlandes poussiéreuses, jamais mises à jour, contribuaient à l'ambiance attendue de Kenato. Les gens y séjournent pour cela. Son décor d'abandon, de siècle vaincu attire des personnages portant de lugubres desseins sur les corps désinvoltes et graciles de créatures trop fraîches pour se défendre et prémunir le glacis juvénile de leur peau. Quelques éléments traînent dans la rue hagarde. Elle entre dans les toilettes pour dames, accolée au cinéma. Certains hommes s'immiscent on ne peu plus librement, sans contrainte si ce n'est celle de Maphorno lorsque hystérique elle pousse la porte et se met à hurler un borborygme suraigu. Signal que leur présence est désormais indésirable. Ils sortent tous. Une femme entre deux âges profère des injures à propos d'une autre : _"Elle cette salope elle me suçait!". Maphorno détourne la tête feignant l'indifférence quand à la direction de cette réflexion sarcastique. Les cabines propres à s'en asphyxier ne la rebutent pas tant son envie est pressante. D'ailleurs elle y reste un temps incalculable. Son jet d'urine ne se tarit pas, elle en met partout. Son territoire est là, dans ces chiottes grunges pour dames. La tension redescend de l'autre côté de la porte. Elle effectue une torsion, les fesses encore à l'air pour atteindre le cordon de la chasse d'eau. Autour de son bras pend accrocher par le cou, l'ourson peluche de son enfance, qui se décroche et coule dans la tiédeur de sa déjection. Elle l'en retire dégoulinant, ouvre la porte et l'essore sous un robinet. Elice est là côté d'elle, les mains sous l'eau.
Image postée par l'inscrit
La maison Casamande était un centre de réadaptation qui appartenait à la ville de Kenato. Ils avaient franchi les limites de sécurité qui bordent le domaine, qui le sépare de la réalité en passant par un bois.
Max était mort, il avait été pris en photo avant son décès. Un accident avait fait glisser la voiture sur le bas-côté de la route. Tous étaient parvenus à se hisser hors de la carcasse embourbée sauf lui qui sombra avec elle. Un peu étourdis, les autres, Niels, Béla , Alex-Elice et Maphorno se retrouvèrent sur l'étendue d'un terrain vague. Ils y jouèrent comme des enfants drogués. Un arbre planté au milieu de l'herbe mi-haute dont les branches retombaient vers le sol, ils était fous de joie, ils se mirent à courrir. Qulqu'un avait sorti son appareil. Sans avoir été évoqué, la poésie du lieu les unissait, il y avait une évidence. Combien de temps dura cet intermède ? Sans fin brutale, les consciences se dissipèrent dans la rosée et se mélangèrent à l'herbe. Des photos sont là, elles témoignent.
Après les évènements de la nuit dernière, les mouvements de sa tête sur l'oreiller amenèrent une image à son esprit. Tirer sur l'oreiller, modifier la position de sa nuque, un paysage se cale devant elle, sous ses paupières closes. Une ville, un décor de pierre, une sorte de forteresse Kenatar. Elle suit Niels à travers un chemin, les roches assombries par l'eau de pluie. L'entrée d'une construction médiévale gigantesque se dégage doucement devant elle. Chaque fois qu'elle descend à Kenato voir Niels et Béla elle revoit cet endroit. Ils gravissent des marches escamotées, sur-dimentionnées. Le sol semble curieusement organique. Il lui semble à chaque fois qu'elle marche sur quelque chose de vivant. Elle le suit feignant la rigolade. Une tour se dresse à gauche de l'entrée, basse et trapue. Tout est humide, les végétaux frais et fébriles. Au fond de la court intérieur, déserte, en friche, on n'aperçoit aucune ruine. On ne distingue rien, les pavés se fondent dans la brume qui à l'a assiégé. Il lui semble qu'elle pourrait s'y enfoncer infiniment comme dans du coton. Lumière laiteuse, à travers la succession de passages chirichiens, elle compte ses pas et ne cesse d'avancer.
Son confident rémunéré se délectait comme on savoure le miel suave et sucré, des confidences qui lui étaient livrées. Mais ses rêves s'amenuisent sont besoin de produire nécessiterait de s'injecter à corps perdu dans les veines une nouvelle histoire boueuse. Ses rêves forment alors autant de didascalies de la réalité.
Image postée par l'inscrit
Dans un lieu de l'enfance au cœur de la ville habitée, dans la court de l'école fréquentée se jouait une scène à laquelle elle pris part sans en comprendre l'intérêt, ni même en saisir le sens. La court était transformée. Pas en un lieu différent, car elle était revue quasiment identique à ce qu'il reste d'images peu fidèles dans sa mémoire d'adulte mais elle prenait une dimension autre de celle qu'elle lui avait connu. D'une configuration qui dérangea sa conscience. Il ne s'agissait pas véritablement d'un morphing. Si morphing il y avait eu, cela se situait au niveau de l'étiquette du lieu. Un lieu de vacance connu d'elle, où l'on se sent conditionné différemment parce qu'on s'y détend. Forcement il peut-y avoir dispersion, inattention et détournement. La mégarde. Le soleil était présent et la pluie dans la tiédeur printanière... Enfance, questions, approche des adultes, environnement propice.
Elle jumpait d'un âge à l'autre : de ses 7-8 ans à ses 14 - 16 ans. Selon le moment de son rêve, elle revenait comme on revient sur les séquences d'un film. Le rêve débute sur une image d'elle au moment de ses 16 ans. Dans cette court bétonnée, "il essaie de me vendre des paires de jeans qui comptent à mes yeux autant que les friandises le purent dix années plus tôt". Mais il s'agit là d'un vice de sa part. Tentative de l'amadouer en lui proposant ce qui lui plait. Elle n'a pas d'argent, ou peu et se décide pour celui qui lui colle le moins aux fesses. Plus loin, ou plus après dans l'histoire, elle a régressé dans l'âge. Toujours ce même bonhomme, cette fois il fait la promotion d'un imperméable trois places, c'est dire si c'est original et surtout intéressant. _"Je tente de m'y glisser". C'était le but de sa manœuvre, la faire entrer en lui, qu'elle se glisse sous sa peau anti-pluie pour se glisser ensuite en elle. Démonstration, l'arrière du vêtement se retrousse. Perplexe, elle ne comprend pas à quoi cela sert, elle a donc envie de s'en approcher. Encore un pas et elle peut essayer la place numéro deux de l'imperméable.
Un jour il vint au domicile familial, elle était seule, avait treize ans.
Dans ce train, un parfum de femme rappelle le passé. Les années où il fallait décider d'écrire pour fixer une mémoire défaillante et sélective. Mémoire menteuse créatrice de choses qui n'existent pas. Formatrice, aussi, d'un nouvel instantané et constructrice d'un possible futur.
Devenue muette et renfermée, sa mère l'emmenait à l'hôpital. Cette bouderie d'alerte pouvait s'aggraver en creusant définitivement le silence. Quinze ans de vie fraîche. Les fonds... bas. La fange et la beuverie publique désagrégeante. Le pubis lisse cité trois fois dans des anales de folie. Rouler sur les chemins noirs, sombrement. Et fantasmer une perdition incestueuse. Les parfums marquent le mieux, dans une lenteur passéiste, les désobligeances de la vie mélangée.
A Kenatar, sur l'étendu du champ pierreux de la non-propriété commune, étaient restés des bidons hauts de plus d'un mètre, ouverts à la façon des boîtes de conserves. Les pluies successives y avaient coulées une eau qui au fil des mois et des années croupissait et offrait un bain parfait aux insectes de toutes ailes. Une fine nappe d'huile flottait en surface, obstruant l'accès à l'air libre de certaines larves en phase de développement terminale. Engluées et visqueuses certaines n'arrivaient pas au terme du morphing interne et ne sortaient jamais du bac à névrose. _"Comment décrire celui qui me piqua ? Entre la mouche et le taon. Trompé curieusement entre deux yeux globuleux - qui en cachaient mille autres, invisibles car si petits. Son vol imperceptible à l'oreille humaine forçait à une attention permanente pour le détecter. La seule façon de l'éviter eut été de l'avoir vu venir."
Les rêves d'aujourd'hui ne suivent pas ceux d'hier morts de n'avoir pas été écrits. Un rêve non écrit est un rêve en sursis jusqu'à quand ? Passage dans un autre monde. Projection, puis aspiration. Seconde naissance, à nouveau vierge de toute empreinte du passé, le regard d'un premier jour d'enfance. La réalité confondue avec un séjour de croisière touristique en un endroit qui n'existe pas et ne peut-être atteint. Un endroit vécu physiquement et éprouvé mentalement, les traces le confirment.