Rouge Feu
Ce devait être un accouchement sans problème. La grossesse s’était déroulée comme le prédisaient les courbes statistiques. Sarah rayonnait de son sourire de Joconde. Elle voulait absolument que j’assiste à la naissance. Bon, l’hosto ce n’est pas mon truc, mais pour mon enfant à venir, je pouvais bien faire un effort. Et surtout, ça la rassurait, ma chère Sarah…
Les premières contractions dans le métro, les eaux dans l’ascenseur, un appel au bord de la panique. Et moi, qui cours au secours de ma bien-aimée pour la conduire d’urgence à la clinique… Bien classique tout ça, je sais, mais quand ça t’arrive, ce sont des instants si forts que tu en oublies tous les clichés, même les plus ringards.
Les premières contractions dans le métro, les eaux dans l’ascenseur, un appel au bord de la panique. Et moi, qui cours au secours de ma bien-aimée pour la conduire d’urgence à la clinique… Bien classique tout ça, je sais, mais quand ça t’arrive, ce sont des instants si forts que tu en oublies tous les clichés, même les plus ringards.
Le bébé n’avait pas l’air d’être pressé. Déjà dix heures que Sarah travaillait à expulser la chair de sa chair. Les contractions gagnaient en intensité mais n’étaient toujours pas assez efficaces. En outre, le pouls de l’enfant tendait à s’accroître…
Une première injection, puis une seconde. Encore une troisième. Sarah ne retenait plus ses cris. Elle me serrait la main avec une poigne que je ne lui avais jamais connue. Ses larmes abondantes et son épuisement manifeste commençaient à m’affoler. Je n’aurais jamais imaginé qu’un accouchement puisse être à ce point terrifiant.
Mais je n’avais encore rien vu.
J’ai d’abord remarqué quelques regards inquiets entre les infirmières et les médecins. Ensuite, les bips se sont franchement accélérés. L’enfant souffrait et Sarah, épuisée, ne lâchait plus que des râles en guise de hurlements.
Une première injection, puis une seconde. Encore une troisième. Sarah ne retenait plus ses cris. Elle me serrait la main avec une poigne que je ne lui avais jamais connue. Ses larmes abondantes et son épuisement manifeste commençaient à m’affoler. Je n’aurais jamais imaginé qu’un accouchement puisse être à ce point terrifiant.
Mais je n’avais encore rien vu.
J’ai d’abord remarqué quelques regards inquiets entre les infirmières et les médecins. Ensuite, les bips se sont franchement accélérés. L’enfant souffrait et Sarah, épuisée, ne lâchait plus que des râles en guise de hurlements.
C’est là que l’obstétricien érigea son instrument en forme de pince. Je faillis m’évanouir. Mes jambes tremblaient et je sentais la pression des ongles de ma compagne se relâcher. Je me penchai aussitôt vers elle pour lui murmurer des tas de futilités qui se voulaient réconfortantes. Je voyais bien qu’elle perdait prise… Je me retournai alors pour appeler à l’aide. Mais ma voix s’étrangla, stoppée net par la scène d’horreur qui se jouait aux pieds du lit.
Rouge ! Tout était rouge ! Les visages, les mains… L’interne et la sage-femme étaient couverts d’hémoglobine. Ils criaient des mots que je ne comprenais pas. Ils s’agitaient, s’engueulaient, s’armaient d'outils de plus en plus immondes. J’étais blême, plus blanc que les murs aseptisés de l’hôpital. J’avais du mal à trouver mon souffle. Puis, au comble de l’affolement, une assistante prit conscience de ma présence et du malaise. Elle me pria de quitter les lieux et me conduisit dans la salle d’attente. Je l’ai suivie, tel un automate…
Les secondes s’écoulèrent aussi pesantes que des litanies. Le film des derniers événements se répétait inlassablement quand un détail surgit de l’horreur. Un silence qui ne sonnait pas juste avec l’ambiance houleuse. Oui, plus de doute, quand je suis sorti de la salle d’accouchement, il n’y avait plus les bips !
L’évidence macabre me frappa avec la virulence d’une massue. Pris de vertiges, je dus attendre de recouvrer suffisamment de clarté pour me lever et courir jusqu’à ce qu’une demoiselle en blanc m’arrête. Elle m’invita à me calmer. Tout allait bien, affirmait-elle. Mais non ! Au contraire ! Tout allait mal ! J’étais en train de perdre mon fils et cette furie me chantait que tout allait bien ! C’est elle qui déraillait, oui !
Au vacarme de ma colère, un homme aussi écarlate qu’un boucher entrouvrit la porte et me dirigea d’un geste paternel vers un fauteuil, à l’écart de la tragédie. Il me toisa un instant, les sourcils gravement froncés. Il cherchait comment m’annoncer le carnage. Je n’aurais pas aimé être à sa place. Ni à la mienne d’ailleurs !
— Le bébé va bien…
Je le dévisageai, incrédule, et juste avant que je n’esquisse un rictus d’usage, il m’acheva :
— Votre femme est décédée… Désolé… Hémorragie…
Il m’a dit plein de choses après, mais je n’ai enregistré que ses premiers mots.
Chapitre suivant : Saphir