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Mon cher Pissarro - Lettres de Ludovic Piette à Camille Pissarro

- Catégorie : Correspondances
- Par Ludovic Piette
- Avec l'aimable autorisation des éditions Valhermeil
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- Date de publication sur In Libro Veritas : 16 décembre 2007 à 22h41
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1863-1877 : quatorze ans pour une correspondance familière entre deux amis intimes, deux peintres qui s'entr'aideront jusqu'à ce que la mort de Ludovic Piette interrompe le dialogue.
1863-1877 : époque charnière de l'histoire de l'art. L'impressionnisme naît et s'épanouit, avec en arrière-fond la guerre de 1870 et la Commune. L'omniprésence de ces évènements et la qualité des témoins font la valeur des quarante-huit lettres publiées ici.
Camille Pissarro n'a-t-il pas été révéré comme un maître spirituel par Monet, Renoir, Sisley, Cézanne, Guillaumin, Degas, Van Gogh, Gauguin, Seurat, Signac et le tout jeune Matisse lui- même ?
Demeuré plus obscur, Ludovic Piette fut ce peintre dont un contemporain disait : « C'est l'âme la plus candide, le pinceau le plus pur que j'aie jamais vu ».
Les détails évoqués, dans leur simpicité, de la vie des deux familles à Pontoise et à Montfoucault (Mayenne) où elles se rencontrent souvent, nous en émeuvent d'autant plus.
Achetée par un historien américain, la correspondance de Ludovic Piette est, grâce à lui, conservée à Pontoise par l'Association des Amis de Camille Pissarro.
Janine Bailly-Herzbertg, docteur de 3e cycle, est l'auteur du tout récent Dictionnaire de l'estampe de France (1830-1950) ainsi que l'eau forte de peintre au XIXe siècle : la société des aquaforistes (1862-1867). Elle est également l'auteur des commentaires de la Correspondance de Camille Pissarro.
En couverture : le marché, place du Grand-Martroy à Pontoise de Ludovic Piette.
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168 pages
Mon cher Pissarro - Lettres de Ludovic Piette à Camille Pissarro
16 juin 1873
Mon cher Pissarro,
En misanthrope de plus en plus sombre, je serais heureux de me garder de plus en plus du commerce des hommes et de leur mauvaiseté ; mais ne ferai jamais rien en matière de dévouement pour leur être agréable ou utile. Aussi vous ai-je émis mes idées relatives à messieurs les artistes, généralement parlant. Malgré votre éloignement pour association de sectaires pour fonder une école, c'est cependant pour moi la seule chose rationnelle. Hardi et large de cœur comme le Christ, vous conviez même vos ennemis au festin commun. Je ne puis que dire amen sans y croire, mais je ne puis non plus me parer des plumes du paon ; vous me faites trop d'honneur en me comptant au nombre des protestants en peinture. Je n'ai protesté que par intérêt individuel, c'est-à-dire que je n'ai pas envoyé mes petits dessins au salon, ne croyant pas qu'il y eut profit d'aucune sorte à le faire, ou bien que la vente me donnerait quelques sous immédiatement [Durant cette année 1873, les artistes s'agitent beaucoup. La sévérité du jury de l'exposition officielle avait été telle que dix ans après le premier, on voit s'ouvrir le 15 mai, derrière le palais de l'Industrie, un nouveau Salon des Refusés. Sur quatre cents œuvres exposés, on pouvait voir celles de Lépine, Eva Gonzalès, Jongkind, Renoir ... Dans la presse, Paul Alexis, de L'Avenir national lance le 3 mai un appel aux peintres et sculpteurs, leur demandant de s'unir en une association pour combattre et le jury et Charles Blanc, directeur des Beaux-arts, les grands juges de l'art officiel en France. Claude Monet répondra à Paul Alexis, l'informant qu'un groupe de peintres s'est déjà réuni chez lui à Argenteuil et souhaite que L'avenir national veuille bien leur prêter son appui « quand la société que nous sommes en train de former sera entièrement fondée» (L'Avenir national, 12 mai 1873).
En misanthrope de plus en plus sombre, je serais heureux de me garder de plus en plus du commerce des hommes et de leur mauvaiseté ; mais ne ferai jamais rien en matière de dévouement pour leur être agréable ou utile. Aussi vous ai-je émis mes idées relatives à messieurs les artistes, généralement parlant. Malgré votre éloignement pour association de sectaires pour fonder une école, c'est cependant pour moi la seule chose rationnelle. Hardi et large de cœur comme le Christ, vous conviez même vos ennemis au festin commun. Je ne puis que dire amen sans y croire, mais je ne puis non plus me parer des plumes du paon ; vous me faites trop d'honneur en me comptant au nombre des protestants en peinture. Je n'ai protesté que par intérêt individuel, c'est-à-dire que je n'ai pas envoyé mes petits dessins au salon, ne croyant pas qu'il y eut profit d'aucune sorte à le faire, ou bien que la vente me donnerait quelques sous immédiatement [Durant cette année 1873, les artistes s'agitent beaucoup. La sévérité du jury de l'exposition officielle avait été telle que dix ans après le premier, on voit s'ouvrir le 15 mai, derrière le palais de l'Industrie, un nouveau Salon des Refusés. Sur quatre cents œuvres exposés, on pouvait voir celles de Lépine, Eva Gonzalès, Jongkind, Renoir ... Dans la presse, Paul Alexis, de L'Avenir national lance le 3 mai un appel aux peintres et sculpteurs, leur demandant de s'unir en une association pour combattre et le jury et Charles Blanc, directeur des Beaux-arts, les grands juges de l'art officiel en France. Claude Monet répondra à Paul Alexis, l'informant qu'un groupe de peintres s'est déjà réuni chez lui à Argenteuil et souhaite que L'avenir national veuille bien leur prêter son appui « quand la société que nous sommes en train de former sera entièrement fondée» (L'Avenir national, 12 mai 1873).
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