[début 1876]
Mon cher Pissarro,
Je vais vous envoyer vos deux études, vous devriez les recevoir dans deux ou trois jours, je ne trouve pas d'autre moyen que de les rollier, comme il s'agit de rentoilage, je ne pense pas qu'il y ait un inconvénient, et au reste, il me semble que vous m'aviez parlé dans ce sens. J'avais différé à vous faire cet envoi, ayant toujours l'espoir d'aller faire une apparition à Paris, et devant alors les porter avec moi, mais comme ce voyage, quoique devant avoir lieu, n'a pas de date précise, et que d'ailleurs le tableau que vous me faites des affaires n'est pas engageant, et peut me faire différer encore mes résolutions, il vaut mieux, conformément à votre désir, vous envoyer ces toiles en temps utiles. Vous me donnerez, s'il vous plaît, avis de la réception [Ces études à rentoiler sont probablement destinées à l'exposition des impressionnistes en avril prochain.].
Maintenant, autre guitare à pincer, une jeune domestique s'est présentée pour nous.
Madame Piette n'en veut pas, quoique bien faible, bien fatiguée, elle ne veut pas de domestique en ce moment, ne voulant pas la laisser seule à la maison comme l'année dernière, ni la renvoyer à notre départ dans six semaines ou deux mois, cette petite irait chez vous aux conditions de l'autre : cent cinquante francs et voyage payé, elle était ouvrière de campagne à Loré, mais son père vient d'être victime d'un triste accident, il faut partir gagner sa vie. La fille est douce, d'apparence frêle, quoique jouissant, assure-t-on, d'une bonne santé, les renseignements qui nous ont été donnés sont bons. Cela ferait-il votre affaire ?
Je vais vous envoyer vos deux études, vous devriez les recevoir dans deux ou trois jours, je ne trouve pas d'autre moyen que de les rollier, comme il s'agit de rentoilage, je ne pense pas qu'il y ait un inconvénient, et au reste, il me semble que vous m'aviez parlé dans ce sens. J'avais différé à vous faire cet envoi, ayant toujours l'espoir d'aller faire une apparition à Paris, et devant alors les porter avec moi, mais comme ce voyage, quoique devant avoir lieu, n'a pas de date précise, et que d'ailleurs le tableau que vous me faites des affaires n'est pas engageant, et peut me faire différer encore mes résolutions, il vaut mieux, conformément à votre désir, vous envoyer ces toiles en temps utiles. Vous me donnerez, s'il vous plaît, avis de la réception [Ces études à rentoiler sont probablement destinées à l'exposition des impressionnistes en avril prochain.].
Maintenant, autre guitare à pincer, une jeune domestique s'est présentée pour nous.
Madame Piette n'en veut pas, quoique bien faible, bien fatiguée, elle ne veut pas de domestique en ce moment, ne voulant pas la laisser seule à la maison comme l'année dernière, ni la renvoyer à notre départ dans six semaines ou deux mois, cette petite irait chez vous aux conditions de l'autre : cent cinquante francs et voyage payé, elle était ouvrière de campagne à Loré, mais son père vient d'être victime d'un triste accident, il faut partir gagner sa vie. La fille est douce, d'apparence frêle, quoique jouissant, assure-t-on, d'une bonne santé, les renseignements qui nous ont été donnés sont bons. Cela ferait-il votre affaire ?
Si vous n'en avez pas, écrivez-moi donc à ce sujet, réponse immédiate, car cette pauvre fille est demandée chez Madame Bignon, et ne veut y aller que si vous n'en voulez pas, et elle pourrait manquer cette autre place si vous ne répondez par courrier ; la fille a dix-sept ans, elle sait coudre, laver, elle n'a pas servi ; comme vous voyez, nous sommes sans domestique, il nous en faudrait une vieille à laisser chez nous quand nous nous absenterons, ce qui aura lieu souvent, car il me faut des villes et des marchés, et toujours du nouveau, du décor enfin, la surprise des yeux, cela seuls de mes dessins à chance de se vendre : et cessant le travail d'hiver, en plein air, je dois employer tout le temps doux à chercher des dessins et à en des lignes : mon dessin du vieux Mans. Et bien, j'ai été presque sur le point d'être en relation avec Goupil qui m'avait écrit pour me l'acheter m'en faisant des louanges. Cela pouvait être une affaire d'argent si j'avais eu plus d'[illisible] et de savoir-faire. C'est ce qui m'engage à faire à nouveau l'expérience, et si je vous en donne le conseil en camarade, et surtout, ce n'est que parce que je vous sais assez ferme pour ne pas subir à la légère une influence, et que si vous la subissez, il faudrait que vous en ayez reconnu la raison, ce qui alors m'en ôterait toute la responsabilité. Vous n'en seriez que plus fort pour faire marcher votre société si vous aviez un succès, surtout dans le camp ennemi, et l'entreprise de Monet m'a démontré clairement qu'un tableau plein air étudié et rendu comme vous le pouvez aurait un succès réel dans le vrai public, malgré toutes les cabales de l'école, qu'après tout le public ne comprend nullement : la vérité étant la qualité à laquelle il est le plus accessible. Allons, fermons cette lettre.
Quand nous irons à Paris, ce sera un plaisir d'aller vous voir et embrasser la petite famille. De quelques courts instants que nous disposions et de votre côté, ce que vous dites de votre désir d'essayer de concilier votre présence à Montfoucault avec votre besoin d'être à [Pâques] fixés à Paris (ce qui me semble réalisable) et l'espoir que vous auriez d'y trouver des éléments extérieurs capables de servir d'enveloppe à votre création nous font espérer de vous voir parmi nous plus souvent que par le passé.
Quand nous irons à Paris, ce sera un plaisir d'aller vous voir et embrasser la petite famille. De quelques courts instants que nous disposions et de votre côté, ce que vous dites de votre désir d'essayer de concilier votre présence à Montfoucault avec votre besoin d'être à [Pâques] fixés à Paris (ce qui me semble réalisable) et l'espoir que vous auriez d'y trouver des éléments extérieurs capables de servir d'enveloppe à votre création nous font espérer de vous voir parmi nous plus souvent que par le passé.
Je finis en vous serrant la main et vous priant [illisible] affectueusement pour nous Madame Pissarro. Embrassez les enfants.
Piette.
En travers de la première page :
Le paquet de dessins part en même temps que la lettre.
[Dans ce paragraphe, il est question à la fois du Salon officiel (en 1876, Piette y a envoyé deux aquarelles : Printemps et Vue du Mans) et de la future exposition impressionniste. Le nouveau règlement de 1877 engagera les artistes membres à s'abstenir d'exposer dans l'autre camp, pour les forcer à participer à la manifestation de leur société. Mais Piette qui n'a toujours pas accepté de suivre le groupe impressionniste, ne semble pas encore avoir choisi son camp. Il apparaît à travers cette phrase peu claire, qu'il regrette le Salon et voudrait s'y présenter. Il lui semble qu'il est sûr d'y avoir du succès auprès du « vrai public ». non intéressé par les cabales d'école, à condition toutefois que l'œuvre soit de qualité (il est possible que Piette ait pris plus d'assurance en lui depuis qu'il fait ses ventes à l'Hôtel Drouot, dont beaucoup ont obtenu un certain succès). Et de citer Manet, qui bien qu'ami des impressionnistes a toujours refusé d'exposer avec eux, voulant s'en tenir au Salon officiel ; il y avait montré justement en 1875 son célèbre Argenteuil, accueilli d'ailleurs par la critique comme par le public avec des sarcasmes.]
Piette.
En travers de la première page :
Le paquet de dessins part en même temps que la lettre.
[Dans ce paragraphe, il est question à la fois du Salon officiel (en 1876, Piette y a envoyé deux aquarelles : Printemps et Vue du Mans) et de la future exposition impressionniste. Le nouveau règlement de 1877 engagera les artistes membres à s'abstenir d'exposer dans l'autre camp, pour les forcer à participer à la manifestation de leur société. Mais Piette qui n'a toujours pas accepté de suivre le groupe impressionniste, ne semble pas encore avoir choisi son camp. Il apparaît à travers cette phrase peu claire, qu'il regrette le Salon et voudrait s'y présenter. Il lui semble qu'il est sûr d'y avoir du succès auprès du « vrai public ». non intéressé par les cabales d'école, à condition toutefois que l'œuvre soit de qualité (il est possible que Piette ait pris plus d'assurance en lui depuis qu'il fait ses ventes à l'Hôtel Drouot, dont beaucoup ont obtenu un certain succès). Et de citer Manet, qui bien qu'ami des impressionnistes a toujours refusé d'exposer avec eux, voulant s'en tenir au Salon officiel ; il y avait montré justement en 1875 son célèbre Argenteuil, accueilli d'ailleurs par la critique comme par le public avec des sarcasmes.]
Chapitre suivant : [Fin ? 1876]