Ludovic Piette - Mon cher Pissarro - Lettres de Ludovic Piette à Camille Pissarro - texte intégral

In Libro Veritas

Mon cher Pissarro - Lettres de Ludovic Piette à Camille Pissarro

Par Ludovic Piette

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Table des matières
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[Fin mars 1875]

[Manque le début]
m'emporte, et je me mets en route pour faire des villes et des marchés, certes, j'irais avec plaisir à Paris y faire des vues de monuments et foules : mais il y aurait rassemblement : les sergents de ville feraient circuler et il me faudrait déguerpir. Pour Pontoise, c'est différent et je sais bon nombre de motifs séduisants et si j'avais l'espoir de vous ramener, ils me séduiraient plus encore [Dans cette lettre, incomplète, Piette parle des motifs qu'il pourrait peindre à Pontoise. Dans le catalogue de la vente qu'il vient de faire à l'Hôtel Drouot (23 mars 1875), on voit plusieurs vues de Pontoise (place Notre-Dame, un marché, une vue générale, la rue de l'Hermitage) ; de Vitré et Lassay : des paysages et des scènes rustiques.], attendons donc à voir ce qu'il adviendra de ma carcasse, dont l'état, je dois vous le dire, semble s'améliorer.
Il m'est arrivé des détails de la vente Monet. Martin prétend que s'ils recommençaient avec des tableaux pris dans leurs plus poussés, ils auraient forcément un succès, mais d'ici là, voilà leurs tableaux dépréciés. Les amateurs qui les payaient chers les marchanderaient maintenant : vous êtes sage, Pissarro, de vous tenir à l'écart de ces luttes qui vous déchirent le cœur et vous crèvent la bourse : au profit des gens de l'Hôtel Drouot [Monet, Sisley, Renoir, Berthe Morisot, ne faisant pas d'exposition de groupe cette année-là, avaient organisé une vente à l'Hôtel Drouot. Elle a eu lieu le 24 mars 1875, Durand-Ruel en était l'expert. Le résultat fut très décevant : sur les cent soixante-trois œuvres mises aux enchères, Monet en avait vingt, se vendant péniblement chacune entre cent soixante-cinq et trois cent vingt-cinq francs.
On comprend alors pourquoi Pissarro se félicite de s'être abstenu.].
Je vous écrirai sous peu.
J'ai appris avec peine le peu de succès de Lucien : le père Baratté prétend que cela tient à ce qu'on ne s'occupe pas de Lucien à l'école, il prétend qu'il n'a pas pu oublier, mais qu'on le néglige et qu'il en profite volontiers étant d'humeur voyageuse et légère [Le père Baratté ? Le nom est difficilement lisible. Est-ce l'instituteur ? On sait en tous cas qu'un des collectionneurs de Piette se nommait A. Barassé,].
Votre petite maison doit reluire au soleil, par ces beaux jours de mars : Georges doit faire le diable et oublier la gendarmerie pour le vagabondage : il doit être toujours disposé à aller à la fête. Madame Pissarro doit être dans tous ses états à promener sa petite famille, malheureusement, c'est la saison des [illisible] et vous, vous devez en abattre ; comme si on attendait la fournée. Heureuse fécondité qui vous servira plus tard, il faudra bien que les amateurs s'habituent à trouver noirs les tableaux qu'ils adorent maintenant, à propos Lansyer a fait deux mille six cents francs, dit-on, ce qui prouve qu'il n'y a qu'à plaire à ces Messieurs pour qu'avec un sourire ils ouvrent leurs escarcelles : enfin, tant mieux pour ce brave Polonais [Une vente de cinquante-sept tableaux d'Emmanuel Lansyer a eu lieu à l'hôtel Drouot le 25 mars 1875. Le peintre paysagiste Lansyer, né en Vendée, était l'ami et l'élève de Harpignies. Le terme de « Polonais » est sans doute pris dans un sens familier.].
Allons, mon ami, bonne poignée de mains et prenons espoir : peut-être irais-je à Pontoise, peut-être irons-nous à Lassay, à Ambrières, je vous parlerai une autre fois de mes projets pour ne pas vous abrutir entièrement en une fois.
Bien à vous,
Piette.
Embrassez pour Madame Piette et moi vos enfants et offrez nos meilleures amitiés à Madame Pissarro à qui nous pardonnerons son service si elle vient l'étrenner car jusque-là il dormira à l'ombre.

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