In Libro Veritas

Mon cher Pissarro - Lettres de Ludovic Piette à Camille Pissarro

Par Ludovic Piette

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Table des matières
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[Vers janvier 1874]

A Lucien Pissarro
Mon cher petit Lucien,
Je te remercie de m'avoir écrit au jour de l'An ; Madame Piette et moi nous t'embrassons vivement ainsi que Minette dont papa m'a envoyé le portrait et le petit frère que je ne connais pas encore, mais avec qui j'espère faire connaissance. Travaille bien, soyez tous bien sages, peut-être qu'alors petite mère et petit père pour vous récompenser voudront bien quitter leur cher Pontoise, leurs habitudes, leurs travaux pour vous ramener voir la vieille masure de Montfoucault et ses vieux habitants. C'est alors, mon petit Lucien, que tu verras comme mes châtaigniers ont poussé et quelle énorme quantité de châtaignes ils nous donnent : tu viendras boire du cidre doux, au mépris des accidents les plus déplorables, et même tu monteras sur mon âne ; peut-être.
[Manque pages deux et trois]
à Pissarro :
Martin m'a envoyé une circulaire pour m'avertir que la vente d'Haussy profitera à la société des artistes peintres [Cette vacation aura lieu à l'Hôtel Drouot.
Le 23 février 1874, à la demande du peintre d'Haussy. Il s'agit d'une vente de bienfaisance au profit des orphelins de L…, peintre lithographe et de Madame Gaudin, n'ayant aucun rapport avec la Société des futurs impressionnistes. Martin et Paschal en étaient les experts.]. J'espère que c'est cette société dont vous êtes le courageux fondateur :

quoique je ne connaisse pas vos statuts [Il est bien regrettable que Piette n'indique pas s'il s'agit d'une nouvelle mouture des statuts, c'est-à-dire la charte datée du 27 décembre 1873.], il m'est permis d'augurer de ce fait que pouvant acquérir par héritage, votre société fonctionnera ; ce devrait être un article de vos statuts de faire une obligation morale à tout sociétaire de laisser en mourant à [votre] société, soit des œuvres, soit [de] l'argent, surtout quand un sociétaire [ne] laisse ni femme ni enfants, il devrait [favoriser] cette association au lieu de faire une [illisible] égoïste comme tous les grands noms de la peinture pour enrichir des parents lointains qui les ont abandonnés et blagués avant que le succès ne leur vint pour devenir ensuite les courtisans d'une fortune convoitée, prix du travail inflexible, de la santé perdue, des misères de toutes sortes, supportées par le lutteur triomphant enfin.
Vous verrai-je bientôt ? C'est possible : mais pourrai-je travailler [déchirure]. Je suis bien vieux, j'ai parfois des rhumatismes : il me faut [déchirure] à transporter ! Bien des précautions que je peux prendre ici, qui seront impossibles ailleurs. De plus, j'ai la migraine constamment, mon estomac oubliant de digérer, par suite je crois de trop longues pauses de travail. Je ne suis pas robuste comme vous êtes sans doute : voilà même longtemps que je n'ai pu travailler ce qui me désole.

Chapitre suivant : [janvier 1874]