[Début décembre 1872]
Mon cher Pissarro,
Voilà donc une bonne soirée que je vais pouvoir employer à vous écrire car depuis votre dernière lettre je remettais de soir en soir à le faire, et étais toujours forcé à quelque correspondance urgente car vous ririez bien de moi si vous me voyiez transformé en ce moment en homme sérieux c'est-à-dire s'occupant de chemin de fer, disputes et autres semblables choses dans lesquelles je suis aussi incompétent qu'elles me sont antipathiques. Mon travail en souffre et je passe de tristes quarts d'heure à ces absurdités, suite de faible bonté ou bêtise si vous aimez mieux, enfin je vais être libre ; j'ai secoué le fardeau, le bât si vous préférez : mais quel temps ! Je fais, pour passer le temps, des intérieurs, des fileuses et semblables rengaines [Pissarro fera lui aussi en 1874 des scènes d'intérieur à Montfoucault ; La cuisine chez Piette à Montfoucault (p.V.276), Une fileuse, intérieur breton, Montfoucault (P.V.277) mais elles sont rares et ne surviennent qu'en cas de mauvais temps. Pour Piette comme pour Pissarro, le domaine de Montfoucault, c'est avant tout sa géographie ; bois, étang, verger, prairies, et par conséquent le paysage…], cependant n'inventant rien, copiant la nature telle qu'elle se présente c'est moins bête que si je cherchais à faire de l'esprit ou de l'original, à quand les paysages ? On ne peut travailler par les grandes pluies même sous les tentes, mais rien ne me semble plus beau comme ces effets de pluie à mesure que tout se noie dans le gris qui tombe, les tons des terrains, des mousses, des feuilles sèches ou jaunes encore se ravivent et se pourprent, oui, il faut la voiture absolument pour ne pas perdre ces effets si précieux, mais ce ne sera pas encore cette année ; j'ai eu des épreuves de surcroît qui ont tari mon escarcelle.
Ma femme n'est pas guérie, c'est impossible ; mais elle est moins faible.
Voilà donc une bonne soirée que je vais pouvoir employer à vous écrire car depuis votre dernière lettre je remettais de soir en soir à le faire, et étais toujours forcé à quelque correspondance urgente car vous ririez bien de moi si vous me voyiez transformé en ce moment en homme sérieux c'est-à-dire s'occupant de chemin de fer, disputes et autres semblables choses dans lesquelles je suis aussi incompétent qu'elles me sont antipathiques. Mon travail en souffre et je passe de tristes quarts d'heure à ces absurdités, suite de faible bonté ou bêtise si vous aimez mieux, enfin je vais être libre ; j'ai secoué le fardeau, le bât si vous préférez : mais quel temps ! Je fais, pour passer le temps, des intérieurs, des fileuses et semblables rengaines [Pissarro fera lui aussi en 1874 des scènes d'intérieur à Montfoucault ; La cuisine chez Piette à Montfoucault (p.V.276), Une fileuse, intérieur breton, Montfoucault (P.V.277) mais elles sont rares et ne surviennent qu'en cas de mauvais temps. Pour Piette comme pour Pissarro, le domaine de Montfoucault, c'est avant tout sa géographie ; bois, étang, verger, prairies, et par conséquent le paysage…], cependant n'inventant rien, copiant la nature telle qu'elle se présente c'est moins bête que si je cherchais à faire de l'esprit ou de l'original, à quand les paysages ? On ne peut travailler par les grandes pluies même sous les tentes, mais rien ne me semble plus beau comme ces effets de pluie à mesure que tout se noie dans le gris qui tombe, les tons des terrains, des mousses, des feuilles sèches ou jaunes encore se ravivent et se pourprent, oui, il faut la voiture absolument pour ne pas perdre ces effets si précieux, mais ce ne sera pas encore cette année ; j'ai eu des épreuves de surcroît qui ont tari mon escarcelle.
Ma femme n'est pas guérie, c'est impossible ; mais elle est moins faible.
Malheureusement, quand je m'absente, elle se fatigue malgré toutes mes recommandations et elle retombe ; enfin le repos qu'elle semble décidée à garder lui fera reprendre ses forces. Elle a une domestique qui je crois aura bien soin d'elle. Elle m'a dit combien vous et Mme Pissarro aviez eu de bontés et complaisance pour elle, je vous en remercie avec effusion. J'ai regretté de ne pas avoir deviné combien elle était malade car je serais allé malgré tout à Paris, et y serais resté l'hiver, mais mon imbécile de médecin à qui j'avais en confidence demandé des explications, n'a eu ni la délicatesse, ni la politesse de me répondre. Je me figurais bien quelque chose d'analogue, mais rien d'aussi grave. J'ai aussi beaucoup regretté qu'elle ne soit pas allée se rendre à votre invitation, elle était si heureuse près de vous, sortant de sa pauvre chambre déserte, qu'elle se croyait encore à Monfoucault avec vous et les enfants [Madame Piette venait de passer quelque temps à Paris, sans doute 31 rue Véron, pour se faire soigner d'une maladie, suffisamment grave pour l'éloigner de Montfoucault un moment. Elle a dû rendre visite aux Pissarro installés dans leur nouveau domicile 16, rue Malbranche à Pontoise, mais sans accepter d'y faire un séjour.],
Enfin elle avait hâte de revenir, craignant de ne revenir jamais si elle ne se hâtait, à force de soins peut-être réussirons-nous à éviter au moins les accidents. Elle espère vous voir dans l'année qui va bientôt commencer, je l'espère aussi et m'en fais fête, car nous voyagerons aux environs et même au loin, j'en ai le doux espoir ; mais je ne perds pas celui de vous voir avant, si je peux faire une vente cette année, mais le temps me contrarie.
Mon voyage de Vitré qui devait me fournir les dessins principaux de ma collection est ajourné après les pluies : avec cela le temps passe puis le doute vient, la crainte de n'envoyer pas de bonnes choses et d'avoir une dégringolade, souci sérieux, cette crainte est augmentée par vos propres paroles, car en vrai ami, vous houspilliez vivement mes défauts autrefois et maintenant, vil flatteur, vous abusez des mots qui font que ceux qui les écoutent s'y habituent et finissent par se mettre le doigt dans l' œil en guise de lunettes.
Enfin elle avait hâte de revenir, craignant de ne revenir jamais si elle ne se hâtait, à force de soins peut-être réussirons-nous à éviter au moins les accidents. Elle espère vous voir dans l'année qui va bientôt commencer, je l'espère aussi et m'en fais fête, car nous voyagerons aux environs et même au loin, j'en ai le doux espoir ; mais je ne perds pas celui de vous voir avant, si je peux faire une vente cette année, mais le temps me contrarie.
Mon voyage de Vitré qui devait me fournir les dessins principaux de ma collection est ajourné après les pluies : avec cela le temps passe puis le doute vient, la crainte de n'envoyer pas de bonnes choses et d'avoir une dégringolade, souci sérieux, cette crainte est augmentée par vos propres paroles, car en vrai ami, vous houspilliez vivement mes défauts autrefois et maintenant, vil flatteur, vous abusez des mots qui font que ceux qui les écoutent s'y habituent et finissent par se mettre le doigt dans l' œil en guise de lunettes.
Soyez roide pour moi mon cher Pissarro, moi qui suis seul, j'ai besoin de cela pour m'entretenir dans le doute et ne pas m'endormir dans la rengaine. Je vous suis bien obligé d'avoir si bien préparé Durand-Ruel pour moi ... si Thiers avait été renversé, je n'avais que le temps de filer en Angleterre et c'est alors que j'aurais été heureux d'avoir là un terrain préparé. Thiers restant momentanément [Depuis son discours de rentrée à la Chambre du 13 novembre - « La République sera conservatrice ou ne sera pas » -, la situation de Thiers était précaire. Une commission, dite des Trente, avait été nommée afin de régler les attributions des pouvoirs publics, le projet de loi sera voté par toutes les gauches (29 novembre) ; ainsi germe l'espoir d'une constitution et d'une République assises ; mais la majorité - faite de monarchistes avec le duc de Broglie, orléaniste, à leur tête, mène l'opposition. Thiers sent qu'il doit composer ; le 29 novembre, il sacrifie son ministre de l'Intérieur, Victor Lefranc (centre gauche), il le destitue et le remplace par M. Goulard, exministre des Finances, ayant réussi l'exploit de l'emprunt des trois milliards, couvert quatorze fois, et libérant ainsi une partie du territoire français.
Si la monarchie avait été restaurée, il est vrai que Piette, maintenant radical, n'avait plus qu'à fuir sa terre et son pays.], je conserve l'espoir de faire un jour quelques affaires avec cette grande maison, mais comme il paraît ne vouloir que des peintures sérieuses, grandes, à l'huile, pour lesquelles je n'ai plus de courage, étant peu sûr d'y réussir et de les vendre, je crois qu'il vaut mieux ne pas tenter les ailes d'Icare, au moins avec mes dessins hachés mais enlevés avec entrain la plupart du temps, je peux dire comme Manet : « mon verre n'est pas grand mais je bois dans mon verre »,
Si la monarchie avait été restaurée, il est vrai que Piette, maintenant radical, n'avait plus qu'à fuir sa terre et son pays.], je conserve l'espoir de faire un jour quelques affaires avec cette grande maison, mais comme il paraît ne vouloir que des peintures sérieuses, grandes, à l'huile, pour lesquelles je n'ai plus de courage, étant peu sûr d'y réussir et de les vendre, je crois qu'il vaut mieux ne pas tenter les ailes d'Icare, au moins avec mes dessins hachés mais enlevés avec entrain la plupart du temps, je peux dire comme Manet : « mon verre n'est pas grand mais je bois dans mon verre »,
Ma femme m'a fait de grands éloges de vos tableaux et je songe avec dépit à ceci que depuis plusieurs années qu'un petit tableau de vous, chez Martin, que je trouvais fort bien et que Martin disait une de vos choses les moins sérieuses. Un petit bois à droite, arbres dépouillés, petites maisons en face, avec tuiles, peintures rouges, le style des maisons des environs de Paris, des figures, dont Minette toute rouge, et frileuse avec ses longues jambes jamais en équilibre [Cf. lettre de décembre 187l.], aussi ce sera un régal quand je verrai des choses les plus sérieuses ; en attendant la belle saison, s'il vous est possible de vous échapper cet hiver, c'est le plus beau moment ici, tentez donc l'aventure. Je vous montrerai un déguisement Robinson sous lequel aucun froid ne peut se sentir. Il n'a qu'un inconvénient : c'est qu'on pourrait parfaitement être pris pour un vrai et recevoir la balle de quelque braconnier.
Il ne faut pas que mes bêtises me fassent oublier les choses sérieuses. Je suis allé à la foire avant-hier à Lassay par une de ces belles pluies battantes qui fait que nous avons des lacs suspendus au haut des collines.
Je vous ai acheté de fort belle laine pour matelas, je l'aurais acheté un cinquième moins cher chez un tanneur de mes amis mais il m'a conseillé en vrai ami de vous acheter de la laine de première qualité, celle que je vous enverrai quand j'aurai réuni ce que vous désirez, heureux mortel qui pouvez faire le bonheur de votée dame avec ces choses si précieuses et que nous autres barbares nous n'apprécions que le soir pour en faire nos délices en y étendant nos membres fatigués.
Il ne faut pas que mes bêtises me fassent oublier les choses sérieuses. Je suis allé à la foire avant-hier à Lassay par une de ces belles pluies battantes qui fait que nous avons des lacs suspendus au haut des collines.
Je vous ai acheté de fort belle laine pour matelas, je l'aurais acheté un cinquième moins cher chez un tanneur de mes amis mais il m'a conseillé en vrai ami de vous acheter de la laine de première qualité, celle que je vous enverrai quand j'aurai réuni ce que vous désirez, heureux mortel qui pouvez faire le bonheur de votée dame avec ces choses si précieuses et que nous autres barbares nous n'apprécions que le soir pour en faire nos délices en y étendant nos membres fatigués.
Pour mon compte, je commence à apprécier ces objets de repos, j'ai un sommier âgé d'une vingtaine d'années qui commence à me labourer le dos, aussi si je faisais de bonnes affaires, aussi moi j'offrirais à mon épouse quelque matelas de laine de mérinos : espérons encore mon bon. Que vous êtes aimable de nous donner la petite étude d'après Minette. Je vous fais la confession que j'ai blâmé Madame Piette de n'avoir pas été assez canaille, je lui ai dit : « Pissarro te l'offrait, il fallait vite la prendre, on ne retouche jamais ces choses-là sinon on les abîme, et on ne veut plus les donner » ; elle m'a affirmé que vous ne toucheriez pas la tête, mais quelques accessoires : premier espoir d'avoir l'étude, votre promesse m'en donne maintenant la certitude [Piette avait une grande affection pour Minette, si émouvante dans sa fragilité. TI existe cinq portraits d'elle connus, à l'huile, dont deux exécutés en 1872 (P.V.193 et 197) et un autre vers 1873 (p.V.232). Dans le premier, elle est assise devant une table, coiffée d'un large chapeau de paille, elle tient des fleurs dans sa main dont les couleurs s'harmonisent avec sa robe rose-rouge à rayures : tableau accompli (73 x 60 cm). L'autre apparaît plus comme une étude (45 x 35 cm).
Minette en pied dans la salle-à-manger est vêtue de son caraco bleu qui laisse dépasser une robe rouge ; derrière elle, une table couverte de quelques objets (la description donnée ici par Piette correspond à ce qu'a enregistré sa mémoire et non au tableau qu'il n'a pas encore vu). Après la mort de Minette - 6 avril 1874 - Piette renverra à son ami ce souvenir de sa petite fille. Le premier est signé et daté 1872 ; le second, estampillé C.P, a été vendu après la mort de Julie, en 1928 ; le troisième - Minette est assise et tient un éventail- est aussi estampillé ; il faisait partie de la collection de Lucien Pissarro avant d'entrer à l'Ashmolean Museum d'Oxford.
Minette en pied dans la salle-à-manger est vêtue de son caraco bleu qui laisse dépasser une robe rouge ; derrière elle, une table couverte de quelques objets (la description donnée ici par Piette correspond à ce qu'a enregistré sa mémoire et non au tableau qu'il n'a pas encore vu). Après la mort de Minette - 6 avril 1874 - Piette renverra à son ami ce souvenir de sa petite fille. Le premier est signé et daté 1872 ; le second, estampillé C.P, a été vendu après la mort de Julie, en 1928 ; le troisième - Minette est assise et tient un éventail- est aussi estampillé ; il faisait partie de la collection de Lucien Pissarro avant d'entrer à l'Ashmolean Museum d'Oxford.
S'il fallait faire un choix, nous pencherions pour le premier, par déduction, pensant que Pissarro n'a pu envoyer à son ami un tableau sans signature ni tout à fait terminé.].
Je relis votre lettre pour voir si je n'oublierai pas quelque chose d'important, je vois que oui : je ne me préoccupe pas plus de l'exposition que s'il ne devait pas y en avoir. Si un certain noyau de peintres se concertaient pour [illisible] surtout si Courbet est exclu et si le jury est toujours composé de réactionnaires ou bonaparteux, j'adhérerais même avec plaisir ; quant aux récompenses, avec mon désir de me renfermer dans mes croquis, il faudrait que je sois fou pour y songer [C'est en 1870 que Pissarro expose au Salon (ouverture le 1er mai) pour la dernière fois, d'où les remontrances de Piette, qui sait très bien que la notoriété de son ami est plus grande que la sienne. Si, comme nous l'avons vu, Piette expose deux aquarelles en 1872, il n'enverra rien en 1873 (ni en 1874, ni en 1875), dégoûté sans doute de ne jamais récolter une médaille qui faciliterait ses ventes. Mais peut-être le jury, en majorité conservateur, où la politique l'emporte sur l'art, le rebute-t-il plus encore.
On connaît le rôle de Courbet pendant la Commune : ce fut une raison suffisante pour exclure du Salon de 1878 un nu de toute beauté : Femme vue de dos, et une nature morte, fort belle aussi, Pommes rouges sur une table de jardin. En les voyant, Meissonier, pour qui Courbet était une monstruosité, déclare qu'il doit être exclu des expositions et qu'il est désormais mort pour les peintres du jury. De fait, Courbet ne fera plus de tentative à Paris en 1873 et sera même catégoriquement rejeté par Meissonier et Du Sommerard de l'exposition universelle de Vienne (1873).].
Je relis votre lettre pour voir si je n'oublierai pas quelque chose d'important, je vois que oui : je ne me préoccupe pas plus de l'exposition que s'il ne devait pas y en avoir. Si un certain noyau de peintres se concertaient pour [illisible] surtout si Courbet est exclu et si le jury est toujours composé de réactionnaires ou bonaparteux, j'adhérerais même avec plaisir ; quant aux récompenses, avec mon désir de me renfermer dans mes croquis, il faudrait que je sois fou pour y songer [C'est en 1870 que Pissarro expose au Salon (ouverture le 1er mai) pour la dernière fois, d'où les remontrances de Piette, qui sait très bien que la notoriété de son ami est plus grande que la sienne. Si, comme nous l'avons vu, Piette expose deux aquarelles en 1872, il n'enverra rien en 1873 (ni en 1874, ni en 1875), dégoûté sans doute de ne jamais récolter une médaille qui faciliterait ses ventes. Mais peut-être le jury, en majorité conservateur, où la politique l'emporte sur l'art, le rebute-t-il plus encore.
On connaît le rôle de Courbet pendant la Commune : ce fut une raison suffisante pour exclure du Salon de 1878 un nu de toute beauté : Femme vue de dos, et une nature morte, fort belle aussi, Pommes rouges sur une table de jardin. En les voyant, Meissonier, pour qui Courbet était une monstruosité, déclare qu'il doit être exclu des expositions et qu'il est désormais mort pour les peintres du jury. De fait, Courbet ne fera plus de tentative à Paris en 1873 et sera même catégoriquement rejeté par Meissonier et Du Sommerard de l'exposition universelle de Vienne (1873).].
Même si le jury changeait, la seille récompense qu'une bonne aquarelle pourrait me valoir serait une bonne vente, ce qui serait déjà bien suffisant, mais pourtant à vous par exemple qui faites des paysages à effet de quelques mètres, sans doute avec l'accent sincère si rare, c'est peut-être un tort de ne pas faire arrêter la foule d'un salon à vous regarder, première récompense ; et quant aux récompenses elles-mêmes, tout en les méprisant, et ne les recherchant pas, si vous les obteniez je n'y verrais aucun mal, au point de vue de la vente, car vous vendriez dix fois plus cher : et puisqu'après tout, les hommes sont de vieux enfants, pourquoi ne pas [illisible] pour eux les hochets qu'ils estiment.
Je suis votre bien dévoué, mon cher Pissarro, embrassez pour moi vos enfants, et sans jalousie d'un pauvre vieux poivre et sel, votre dame si elle y veut consentir.
Je finis laissant un tout petit coin à ma femme. Bien à vous,
Piette.
Six députés de la Mayenne ont voté contre Thiers. Un seul, le dernier nommé, a voté pour.
Chère Dame,
Je vous remercie de vos bontés pour moi, je vous dirais en abrégé, car j'y vois peu le soir, que je suis bien sensible à votre bonne amitié, je ne puis faire vos commissions moi-même ce qui me prive mais je ne puis quitter la chambre. Monsieur Piette m'aidera et vous serez j'espère satisfaite, vous aurez vos oies au moment du plan de choux, de la graine que vous sèmerez vers juillet, pour planter en octobre 1873, le beurre est prêt, on y joindra du frais, à votre disposition pour ce que vous voudrez. Je vous embrasse ainsi que Lucien, Minette et votre bébé. Mes amitiés à Monsieur Pissarro.
Je suis votre bien dévoué, mon cher Pissarro, embrassez pour moi vos enfants, et sans jalousie d'un pauvre vieux poivre et sel, votre dame si elle y veut consentir.
Je finis laissant un tout petit coin à ma femme. Bien à vous,
Piette.
Six députés de la Mayenne ont voté contre Thiers. Un seul, le dernier nommé, a voté pour.
Chère Dame,
Je vous remercie de vos bontés pour moi, je vous dirais en abrégé, car j'y vois peu le soir, que je suis bien sensible à votre bonne amitié, je ne puis faire vos commissions moi-même ce qui me prive mais je ne puis quitter la chambre. Monsieur Piette m'aidera et vous serez j'espère satisfaite, vous aurez vos oies au moment du plan de choux, de la graine que vous sèmerez vers juillet, pour planter en octobre 1873, le beurre est prêt, on y joindra du frais, à votre disposition pour ce que vous voudrez. Je vous embrasse ainsi que Lucien, Minette et votre bébé. Mes amitiés à Monsieur Pissarro.
Tout à vous, votre amie,
f(emme) Piette.
Ma femme n'avait la permission que pour la demi-page, puisqu'elle a usurpé, je continue jusqu'à extinction. Quel temps pour travailler à l'atelier, et comme Pissarro doit être entouré de ses petits modèles braillards et tapageurs.
Chère Dame, de plus le bébé doit joliment jouer de la crécelle, Lucien sera sage j'espère. Je tâcherai qu'il y ait des pêches rouges et lui raconterai une histoire où tout sera rouge [Dans sa vie d'artiste, Lucien Pissarro commencera très jeune par illustrer et inventer des contes pour enfants. On peut se demander si ce goût n'est pas une résurgence de ses séjours à Montfoucault où il semble que Piette tout comme son épouse se faisaient une joie de lui raconter des histoires qu'ils imaginaient.],
(Bas de page déchiré)
( ... ) beau costume noir. Madame Piette m'a fait récit, Madame, de votre habitation, nous sommes rassurés sur votre compte, l'on ne vous submergera pas.
J'espère voir votre agréable habitation, vos lapins, votre volière, vos pigeons, Lucien me montrera tout cela, à moins que la Répuplique ne s'écroule, et qu'à mon tour, comme ce pauvre Lucien, je ne sois forcé de changer de pays sous peine d'être attaché au poteau rouge, de peur de ces éventualités sombres, et de peur de ne pouvoir le faire de vive voix plus tard, je vous remercie bien sincèrement des bontés que vous avez prodiguées, j'ai regretté qu'elle n'en ait pas plus abusé et comme je le dis à Pissarro [bas de page déchiré je serais allé travailler [page déchirée]...
Dans la marge :
Réabonné au Corsaire : Thiers sauvé mais culbutera car il manque de toupet. Échec du ministre Lefranc, précurseur de nouvelles tempêtes.
f(emme) Piette.
Ma femme n'avait la permission que pour la demi-page, puisqu'elle a usurpé, je continue jusqu'à extinction. Quel temps pour travailler à l'atelier, et comme Pissarro doit être entouré de ses petits modèles braillards et tapageurs.
Chère Dame, de plus le bébé doit joliment jouer de la crécelle, Lucien sera sage j'espère. Je tâcherai qu'il y ait des pêches rouges et lui raconterai une histoire où tout sera rouge [Dans sa vie d'artiste, Lucien Pissarro commencera très jeune par illustrer et inventer des contes pour enfants. On peut se demander si ce goût n'est pas une résurgence de ses séjours à Montfoucault où il semble que Piette tout comme son épouse se faisaient une joie de lui raconter des histoires qu'ils imaginaient.],
(Bas de page déchiré)
( ... ) beau costume noir. Madame Piette m'a fait récit, Madame, de votre habitation, nous sommes rassurés sur votre compte, l'on ne vous submergera pas.
J'espère voir votre agréable habitation, vos lapins, votre volière, vos pigeons, Lucien me montrera tout cela, à moins que la Répuplique ne s'écroule, et qu'à mon tour, comme ce pauvre Lucien, je ne sois forcé de changer de pays sous peine d'être attaché au poteau rouge, de peur de ces éventualités sombres, et de peur de ne pouvoir le faire de vive voix plus tard, je vous remercie bien sincèrement des bontés que vous avez prodiguées, j'ai regretté qu'elle n'en ait pas plus abusé et comme je le dis à Pissarro [bas de page déchiré je serais allé travailler [page déchirée]...
Dans la marge :
Réabonné au Corsaire : Thiers sauvé mais culbutera car il manque de toupet. Échec du ministre Lefranc, précurseur de nouvelles tempêtes.
Chapitre suivant : [18 décembre 1872]