[Cachet de la poste : le 30 janvier 1872]
Je suis bien en retard pour vous écrire, mon cher Pissarro, et le pauvre Lucien ne doit pas être très content de moi, mais tout le [illisible sur une ligne].
J'ai donc encore une excuse. Je travaille dur pour oublier mes peines.
Le pain vient manquer à la huche, et ce serait une triste occasion de chanter notre vieille chanson des Tireurs de plan [Cette chanson a dû être inventée par les familles Piette et Pissarro, tout comme ils inventaient des histoires peur les enfants. Nous ne l'avons pas vue sous ce titre à la Bibliothèque nationale.].
Je ne reçois pas d'autre argent que ce que je peux brocanter de mes dessins ; vous savez que ce n'est pas gras, malgré tout, je prends courage, je veux au moins lutter contre la catastrophe, si elle arrive, ma foi, j'aurais fait ce que j'aurais pu.
Ce pauvre Martin doit essayer la vente publique pour les croûtes.
Je ne pense pas qu'il réussisse mais n'importe, qu'il réussisse ou non, je vais lui expédier prochainement une cinquantaine de dessins, pour en faire une vente avec le reste de sa collection, dernière nécessité fait loi [Il s'agit de la vente du 11 mars dont nous avons déjà parlé (cf. lettre de décembre 1871, numéro 21, note 5). Si Piette envoie à Martin cinquante dessins comme il le dit, la vente portait sur quatre-vingts numéros : on voit que Martin avait en permanence une trentaine d'œuvres à présenter à ses clients. En plus des vues de Saint-Léonard-des-Bois déjà citées, on pouvait voir encore des motifs du Mans ; quais, marchés, rues pittoresques du vieux Mans, de vieux moulins, la Place du château, une vue générale, entre autres, ainsi que de nombreux paysages, des vues de Lassay, etc.
J'ai donc encore une excuse. Je travaille dur pour oublier mes peines.
Le pain vient manquer à la huche, et ce serait une triste occasion de chanter notre vieille chanson des Tireurs de plan [Cette chanson a dû être inventée par les familles Piette et Pissarro, tout comme ils inventaient des histoires peur les enfants. Nous ne l'avons pas vue sous ce titre à la Bibliothèque nationale.].
Je ne reçois pas d'autre argent que ce que je peux brocanter de mes dessins ; vous savez que ce n'est pas gras, malgré tout, je prends courage, je veux au moins lutter contre la catastrophe, si elle arrive, ma foi, j'aurais fait ce que j'aurais pu.
Ce pauvre Martin doit essayer la vente publique pour les croûtes.
Je ne pense pas qu'il réussisse mais n'importe, qu'il réussisse ou non, je vais lui expédier prochainement une cinquantaine de dessins, pour en faire une vente avec le reste de sa collection, dernière nécessité fait loi [Il s'agit de la vente du 11 mars dont nous avons déjà parlé (cf. lettre de décembre 1871, numéro 21, note 5). Si Piette envoie à Martin cinquante dessins comme il le dit, la vente portait sur quatre-vingts numéros : on voit que Martin avait en permanence une trentaine d'œuvres à présenter à ses clients. En plus des vues de Saint-Léonard-des-Bois déjà citées, on pouvait voir encore des motifs du Mans ; quais, marchés, rues pittoresques du vieux Mans, de vieux moulins, la Place du château, une vue générale, entre autres, ainsi que de nombreux paysages, des vues de Lassay, etc.
Mais rien ne se rapportant à Louveciennes, ce qui laisse supposer que Piette n'avait pas encore fait de longs séjours auprès des Pissarro.].
Je n'ai pu lui envoyer le gibier, je suis trop occupé et ne peux chasser, ce sera pour l'année prochaine, car la chasse va fermer.
C'eut été facile il y a deux mois, aujourd'hui, on ne trouverait plus grand chose : et j'ai la tête tellement à l'envers que je ne puis être un quart d'heure à la chasse sans être rongé de chagrin de n'avoir pas mes couleurs au lieu du fusil, et je m'en vais vite le suspendre à son clou, mais je prends bonne note.
J'espère que plus heureux que moi, vous voyez vos affaires florissantes ; vous allez bien certainement cueillir une bonne indemnité [Pissarro demandera une indemnité de 51.156 francs ; il n'en touchera que 835 (cf. J. Bailly-Herzberg, op. cit. page 68)., car vous avez perdu plus que bien des manufacturiers ; si cela met du beurre dans vos épinards, ce que je souhaite ardemment, j'espère que cela vous donnera l'idée de faire quelques excursions dans mon pays, et que nous aurons encore (au moins moi) le plaisir de travailler ensemble, même si je devais renoncer à la peinture, et me mettre exclusivement planteur d'arbres.
Je vous verrai arriver avec un grandissime plaisir.
Je vous ai parlé, dans le temps, de mes entreprises de pépinières, j'ai réussi admirablement et si j'avais des sous, je referais par là une bonne source de revenus.
Voyez-vous, mon pauvre Pissarro, ce bonhomme à cheveux blancs qui répond au nom peu chanceux de Piette, rêve fortune au bord de la ruine.
Je n'ai pu lui envoyer le gibier, je suis trop occupé et ne peux chasser, ce sera pour l'année prochaine, car la chasse va fermer.
C'eut été facile il y a deux mois, aujourd'hui, on ne trouverait plus grand chose : et j'ai la tête tellement à l'envers que je ne puis être un quart d'heure à la chasse sans être rongé de chagrin de n'avoir pas mes couleurs au lieu du fusil, et je m'en vais vite le suspendre à son clou, mais je prends bonne note.
J'espère que plus heureux que moi, vous voyez vos affaires florissantes ; vous allez bien certainement cueillir une bonne indemnité [Pissarro demandera une indemnité de 51.156 francs ; il n'en touchera que 835 (cf. J. Bailly-Herzberg, op. cit. page 68)., car vous avez perdu plus que bien des manufacturiers ; si cela met du beurre dans vos épinards, ce que je souhaite ardemment, j'espère que cela vous donnera l'idée de faire quelques excursions dans mon pays, et que nous aurons encore (au moins moi) le plaisir de travailler ensemble, même si je devais renoncer à la peinture, et me mettre exclusivement planteur d'arbres.
Je vous verrai arriver avec un grandissime plaisir.
Je vous ai parlé, dans le temps, de mes entreprises de pépinières, j'ai réussi admirablement et si j'avais des sous, je referais par là une bonne source de revenus.
Voyez-vous, mon pauvre Pissarro, ce bonhomme à cheveux blancs qui répond au nom peu chanceux de Piette, rêve fortune au bord de la ruine.
Si ces aimables Prussiens nous revenaient dans une nouvelle équipée du petit hibou Thiers, peut-être nous débarrasseraient-ils cette fois de tous soucis.
En attendant cette chance introuvable, affamer le pays, et nous baillonner sans pitié ! C'est à regretter l'empire Badinguet ; Morny, l'honneur au verrou, et tutti quanti.
Jamais Badinguet n'aurait commis le massacre à froid des pontons ! La férocité Versaillaise a dépassé à mes yeux toutes les tueries précédentes. Les Jacques, les Barthélémy, les massacres des Vaudois, toutes ces sinistres rivières de sang n'étant que des ruisseaux de myosotis comparées au torrent qui a coulé par le fait de la réaction versaillaise [Rappelons que Piette fut élu conseiller municipal sous l'étiquette conservateur libéral, c'est-à-dire qu'il se situait parmi les hommes de droite éclairés. Mais il ne pouvait approuver pour autant « l'expiation » demandée par Thiers et la « répression complète » organisée par le général marquis de Ga1lifet, commandant les armées de Versailles, surnommé « le massacreur ». Les cours martiales d'abord avec leurs « abattoirs », la « terreur tricolore », ensuite fonctionnant à coups de dénonciations, entraînent les exécutions capitales, la déportation aux travaux forcés à Cayenne, et en Nouvelle Calédonie, tandis que vingt-huit mille prisonniers occupent les rades, les ports et les îles de l'Atlantique que les prisons de Versailles et de Satory ne peuvent plus contenir. Les pontons (comme en 1848 et en 1851) en détenaient à eux seuls vingt-mille parqués dans ces prisons flottantes avant d'être jugés. Les tortures de ces prisonniers entassés dans des cages sans ventilation et sans lumière ou presque, sans nourriture la plupart du temps car elle était souillée par les excréments, sans hamacs ni couvertures ni vêtements, étaient indescriptibles, ils étaient abattus s'ils s'avisaient de parler ou de se plaindre.
En attendant cette chance introuvable, affamer le pays, et nous baillonner sans pitié ! C'est à regretter l'empire Badinguet ; Morny, l'honneur au verrou, et tutti quanti.
Jamais Badinguet n'aurait commis le massacre à froid des pontons ! La férocité Versaillaise a dépassé à mes yeux toutes les tueries précédentes. Les Jacques, les Barthélémy, les massacres des Vaudois, toutes ces sinistres rivières de sang n'étant que des ruisseaux de myosotis comparées au torrent qui a coulé par le fait de la réaction versaillaise [Rappelons que Piette fut élu conseiller municipal sous l'étiquette conservateur libéral, c'est-à-dire qu'il se situait parmi les hommes de droite éclairés. Mais il ne pouvait approuver pour autant « l'expiation » demandée par Thiers et la « répression complète » organisée par le général marquis de Ga1lifet, commandant les armées de Versailles, surnommé « le massacreur ». Les cours martiales d'abord avec leurs « abattoirs », la « terreur tricolore », ensuite fonctionnant à coups de dénonciations, entraînent les exécutions capitales, la déportation aux travaux forcés à Cayenne, et en Nouvelle Calédonie, tandis que vingt-huit mille prisonniers occupent les rades, les ports et les îles de l'Atlantique que les prisons de Versailles et de Satory ne peuvent plus contenir. Les pontons (comme en 1848 et en 1851) en détenaient à eux seuls vingt-mille parqués dans ces prisons flottantes avant d'être jugés. Les tortures de ces prisonniers entassés dans des cages sans ventilation et sans lumière ou presque, sans nourriture la plupart du temps car elle était souillée par les excréments, sans hamacs ni couvertures ni vêtements, étaient indescriptibles, ils étaient abattus s'ils s'avisaient de parler ou de se plaindre.
Beaucoup d'entre eux (plus d'un millier) périrent- les fusiliers marins furent les plus cruels -. Puis à la suite de visites de personnalités officielles, Versailles dû relâcher dans certains endroits une discipline aussi féroce (cf. Georges Bourgin, La Commune, « Que sais-je », « Presses universitaires de France ». Paris 1965, chapitre VIII.].
Je vous embrasse mon cher Pissarro, et si je ne l'ai fait encore, vous souhaite le Paradis à la fin de vos jours, c'est-à-dire une bonne fosse où dormir calmes et à l'abri de l'homme comme disait Lafontaine, mais auparavant cela, faites bien des tableaux, vendez-les bien, blaguez comme d'habitude et vivez mieux, entouré des vôtres.
Nos meilleurs compliments à Mme Pissarro, j'espère qu'elle continue à se porter bien, ainsi que Lucien, Minette et votre jeune rejeton.
Moi, je vais bien, mais ma femme baisse beaucoup, elle est très souffrante. Tout du reste y contribue.
Piette.
En marge :
Il est plus que probable que ce pauvre Martin a fait fiasco à mon endroit. N'importe, dites-lui que je vais lui écrire et lui annoncer cinquante aquarelles pour tenter une vente même à vil prix.
Les Jacques ou la Jacquerie. révolte de paysans au XVIe siècle, la SaintBarthélémy, massacre des protestants par les catholiques (1572) la persécution des Vaudois, des dissidents de l'Église catholique, s'étendant sur plusieurs siècles, autant de tranches d'histoire ayant laissé dans les mémoires des relents sanguinaires. Cette époque où sévissent terreur et violence arbitraires cautionnées par le gouvernement, est peut être celle où Piette se détache de la droite pour basculer franchement du côté des Républicains.
Je vous embrasse mon cher Pissarro, et si je ne l'ai fait encore, vous souhaite le Paradis à la fin de vos jours, c'est-à-dire une bonne fosse où dormir calmes et à l'abri de l'homme comme disait Lafontaine, mais auparavant cela, faites bien des tableaux, vendez-les bien, blaguez comme d'habitude et vivez mieux, entouré des vôtres.
Nos meilleurs compliments à Mme Pissarro, j'espère qu'elle continue à se porter bien, ainsi que Lucien, Minette et votre jeune rejeton.
Moi, je vais bien, mais ma femme baisse beaucoup, elle est très souffrante. Tout du reste y contribue.
Piette.
En marge :
Il est plus que probable que ce pauvre Martin a fait fiasco à mon endroit. N'importe, dites-lui que je vais lui écrire et lui annoncer cinquante aquarelles pour tenter une vente même à vil prix.
Les Jacques ou la Jacquerie. révolte de paysans au XVIe siècle, la SaintBarthélémy, massacre des protestants par les catholiques (1572) la persécution des Vaudois, des dissidents de l'Église catholique, s'étendant sur plusieurs siècles, autant de tranches d'histoire ayant laissé dans les mémoires des relents sanguinaires. Cette époque où sévissent terreur et violence arbitraires cautionnées par le gouvernement, est peut être celle où Piette se détache de la droite pour basculer franchement du côté des Républicains.
Citoyen et vieil Ami,
Je suis heureux d'avoir mérité vos éloges que je crois sincères, à part le penchant qui porte toujours un ami à voir en beau ce que fait un ami, quand il est loyal comme vous [Pissarro a dû féliciter Piette sur les deux aquarelles exposées au dernier Salon : Le marché aux fruits au Mans et Paysage, Printemps.],
Je ne m'illusionne pas sur ce que je fais ! Et bien rarement, il m'arrive de ne pas être navré, sensation corporelle invincible, dégoût triste en jetant les yeux sur ce que je fais.
Irrité et désolé de ne pouvoir faire mieux, je plie bagage : la vue des mille motifs qui m'assiègent au détour de chaque haie me donne une force nouvelle ! Je ne trouve réellement quelque complaisance à ne regarder que dans les vues de ville, je l'attribue à ce dessin varié comme de la broderie que présente à mes yeux une belle ville et cela me sert de transition à votre conseil d'aller à Paris, non pas être un Caneletto, mais un fabricant de pochades amusantes et mouvementées seulement, viser plus haut serait aller me casser le nez.
Ma nature ne se pourrait plier à cette belle rectitude du maître italien, mais enfin, dans ma sphère bornée, j'adorerais et ai toujours aimé les rues de Paris immenses, chatoyantes au soleil, de foule de toutes couleurs, ces belles perspectives linéaires et aériennes, ces modes excentriques, etc.
Mais comment faire cela ?
S'installer en pleine rue est impossible à Paris, le sergent de ville vous accuserait de faire rassemblement et vous fouterait dedans, la foule vous murerait votre vue, les voitures vous écraseraient. Si vous étiez assez riche pour avoir une voiture stationnant, vous risqueriez de déplaire aux hommes de police et d'être traversé comme une courge, véhicule et bourgeois, par la flèche de quelque coche ivre ou endormi.
Je suis heureux d'avoir mérité vos éloges que je crois sincères, à part le penchant qui porte toujours un ami à voir en beau ce que fait un ami, quand il est loyal comme vous [Pissarro a dû féliciter Piette sur les deux aquarelles exposées au dernier Salon : Le marché aux fruits au Mans et Paysage, Printemps.],
Je ne m'illusionne pas sur ce que je fais ! Et bien rarement, il m'arrive de ne pas être navré, sensation corporelle invincible, dégoût triste en jetant les yeux sur ce que je fais.
Irrité et désolé de ne pouvoir faire mieux, je plie bagage : la vue des mille motifs qui m'assiègent au détour de chaque haie me donne une force nouvelle ! Je ne trouve réellement quelque complaisance à ne regarder que dans les vues de ville, je l'attribue à ce dessin varié comme de la broderie que présente à mes yeux une belle ville et cela me sert de transition à votre conseil d'aller à Paris, non pas être un Caneletto, mais un fabricant de pochades amusantes et mouvementées seulement, viser plus haut serait aller me casser le nez.
Ma nature ne se pourrait plier à cette belle rectitude du maître italien, mais enfin, dans ma sphère bornée, j'adorerais et ai toujours aimé les rues de Paris immenses, chatoyantes au soleil, de foule de toutes couleurs, ces belles perspectives linéaires et aériennes, ces modes excentriques, etc.
Mais comment faire cela ?
S'installer en pleine rue est impossible à Paris, le sergent de ville vous accuserait de faire rassemblement et vous fouterait dedans, la foule vous murerait votre vue, les voitures vous écraseraient. Si vous étiez assez riche pour avoir une voiture stationnant, vous risqueriez de déplaire aux hommes de police et d'être traversé comme une courge, véhicule et bourgeois, par la flèche de quelque coche ivre ou endormi.
Donc, mon pauvre Pissarro, restons dans notre petit coin, en attendant mieux, si les fonds viennent, hélas ! Je ne veux point faire de bourse, mais bien manger mon argent honnêtement, c'est-à-dire, à voyager pour faire des tableaux, alors aller à Paris, faire quelques coins de quais, par exemple, au bas du Louvre, le Palais de Justice avant l'Ile-Saint-Louis, au milieu, tour Saint-Jacques, etc. Vue merveilleuse, puis voir le vieux Pissarro, et jouir un peu de ses succès prédits bien des fois à vos détracteurs que je ne nommerai pas, quoique connaissant votre opinion défavorable à leur endroit [Parmi les détracteurs se trouve peut être déjà le « père Martin ». Dans son art pictural, Pissarro évolue de plus en plus, s'éloignant en même temps d'un style proche des autres paysagistes du XIXe siècle, plus traditionnels : celui que prisait Martin assez attaché aux artistes de l'École de Barbizon et à leurs coreligionnaires. Pissarro écrira bientôt à Théodore Duret (2 février 1873) : « Lorsque vous viendrez, j'espère vous montrer des études hardies qui pourront vous plaire, peut-être, car il faut penser que vous revenez du Japon, pays hardi et très révolutionnaire en art. » (cf. Bailly-Herzberg, op.cit. p. 79). De plus, Pissarro se tourne de plus en plus vers Durand-Ruel, ce qui froisse peut-être Martin.].
Vous ne me parlez point de vous, mon cher Pissarro, dans la victoire que, confiant dans votre étoile aux temps des luttes et de combats pénibles, maintenant que vous voilà en veine de devenir un grand Nom, et vous ne l'aurez point volé.
L'argent, cette pièce de cent sous qui a de si bonnes jambes pour s'échapper aux poursuites de nous autres pauvres coureurs acharnés sur sa piste, l'argent, dis-je, ne vous manquera plus, c'est mon espoir, vous pourrez donc faire des voyages, en travaillant.
Vous ne me parlez point de vous, mon cher Pissarro, dans la victoire que, confiant dans votre étoile aux temps des luttes et de combats pénibles, maintenant que vous voilà en veine de devenir un grand Nom, et vous ne l'aurez point volé.
L'argent, cette pièce de cent sous qui a de si bonnes jambes pour s'échapper aux poursuites de nous autres pauvres coureurs acharnés sur sa piste, l'argent, dis-je, ne vous manquera plus, c'est mon espoir, vous pourrez donc faire des voyages, en travaillant.
Alors venez donc à Monfoucault, vous laisserez famille à la baraque, puis nous irons voir Vitré, et Fougères, je n'attends pour partir de la première de ces villes que le retour de ma femme, et la certitude que deux amis de Martin, qu'il m'avait annoncés, ont décidément renoncé à leur voyage ici, pour y courir ; c'est près de moi, il y aura toujours deux ou trois pièces d'or à ma disposition : avec cela, vous savez, moi pas grand seigneur, je vais longtemps.
Je n'ai pas vu Vitré, mais j'en ai vu des photographies merveilleuses qui me promettent une série de vues fort intéressantes ; il y a déjà vingt ans que j'avais lu cela dans Gérard de Nerval (Le marquis de Fayolle) [Le marquis de Fayolle fut terminé par Édouard Georges en 1856, et parut donc un an après la mort de Gérard de Nerval, ce titre correspond au dixième volume de ses œuvres complètes. Dans cet épisode de la Révolution française, le marquis de Fayolle combat avec les Chouans aux côtés du recteur de Vitré, ville qui, pour cette raison, fait l'objet d'une description.] et je n'en avais pas [illisible] davantage : il a fallu et les photographies et les récits que m'en font chaque jour les commerçants de Lassay, qui y vont constamment, pour allumer en moi-même une soif inextinguible de voir cette merveille du Moyen-âge, comme dit le poète déjà cité. Donc si vous voulez en être, quel bonheur ce serait pour moi, et à propos, jamais la voiture ne m'a paru si utile, j'ai bien envie de faire finir la mienne pour l'expérimenter, afin, que si les temps devenaient moins durs, je puisse en commander une sur le plan, mais faite plus légèrement et pouvant s'employer pour la navigation au long cours, au lieu de simple cabotage, en êtes-vous toujours ? En seriez-vous pour cet hiver ? (du cabotage seulement).
Je bavarde comme une vieille femme, n'est-ce pas ?
Je vais rentrer dans mon mutisme morne, il pleut du reste.
Je n'ai pas vu Vitré, mais j'en ai vu des photographies merveilleuses qui me promettent une série de vues fort intéressantes ; il y a déjà vingt ans que j'avais lu cela dans Gérard de Nerval (Le marquis de Fayolle) [Le marquis de Fayolle fut terminé par Édouard Georges en 1856, et parut donc un an après la mort de Gérard de Nerval, ce titre correspond au dixième volume de ses œuvres complètes. Dans cet épisode de la Révolution française, le marquis de Fayolle combat avec les Chouans aux côtés du recteur de Vitré, ville qui, pour cette raison, fait l'objet d'une description.] et je n'en avais pas [illisible] davantage : il a fallu et les photographies et les récits que m'en font chaque jour les commerçants de Lassay, qui y vont constamment, pour allumer en moi-même une soif inextinguible de voir cette merveille du Moyen-âge, comme dit le poète déjà cité. Donc si vous voulez en être, quel bonheur ce serait pour moi, et à propos, jamais la voiture ne m'a paru si utile, j'ai bien envie de faire finir la mienne pour l'expérimenter, afin, que si les temps devenaient moins durs, je puisse en commander une sur le plan, mais faite plus légèrement et pouvant s'employer pour la navigation au long cours, au lieu de simple cabotage, en êtes-vous toujours ? En seriez-vous pour cet hiver ? (du cabotage seulement).
Je bavarde comme une vieille femme, n'est-ce pas ?
Je vais rentrer dans mon mutisme morne, il pleut du reste.
Mauvaise affaire pour l'aquarelle en plein air.
Je vous serre la main, et suis votre bien dévoué.
Veuillez présenter à Madame Pissarro, mes amicales salutations et embrassez bien pour moi, vos, j'allais dire bébés, mais Lucien doit être un petit bonhomme déjà, la petite énergie doit avoir grandi aussi, ah ! Si j'avais Minette pour la mettre dans mes petits coins d'aquarelles.
Embrassez-les bien pour moi. Piette.
Je vous serre la main, et suis votre bien dévoué.
Veuillez présenter à Madame Pissarro, mes amicales salutations et embrassez bien pour moi, vos, j'allais dire bébés, mais Lucien doit être un petit bonhomme déjà, la petite énergie doit avoir grandi aussi, ah ! Si j'avais Minette pour la mettre dans mes petits coins d'aquarelles.
Embrassez-les bien pour moi. Piette.
Chapitre suivant : [Début décembre 1872]