29 septembre 1871
Mon cher Pissarro,
Il a dû partir de Mayenne, à votre adresse jeudi 28 courant, un panier (en surcharge), restant en gare de Versailles, que j'ai envoyé à Lassay, mercredi 27. Je vous l'ai envoyé en petite vitesse pour que cela fût moins onéreux.
Il y a, avec votre beurre, quelques poires qui, si elles sont froissées, pourront toujours faire des confitures.
Je pense que vous travaillez toujours avec rage. Vous ne me dites pas si vous vendez. Cela me serait agréable à apprendre, et ce n'est pas une question de curiosité, croyez-le bien, qui me fait vous demander ces choses, mais le besoin que j'ai d'apprendre que vous réussissez.
Quant à moi, je travaille beaucoup, mais la chasse m'a un peu distrait, ainsi que les oisifs.
J'ai vendu une aquarelle au moins deux cent soixante quinze francs, c'est un joli prix pour moi, malheureusement cela n'arrive pas souvent.
J'ai toujours ma toquade de voiture, j'ai un essieu, des roues, des ressorts, si je faisais des affaires, j'achèterais du zinc et la ferais finir, mais le cheval ! Ce problème se dresse en spectre menaçant contre mes rêves : tant que le budget ne grossit pas, comment avoir un cheval.
Vous ai-je annoncé la mort du père Bignon ?
Si vous voyez Martin, tâchez donc de savoir de lui, adroitement, s'il verrait sans déplaisir, un envoi de gibier ou fruits lui être adressé quand cela deviendra rare : dans un mois par exemple. C'est un si excellent homme, que je serais heureux de lui être agréable, mais dans ces cas, je suis toujours arrêté, et par expérience faite, par la peur de déplaire, comme le pavé de l'ours, une bourriche à la tête est quelquefois reçue avec horions et plaintes.
Il a dû partir de Mayenne, à votre adresse jeudi 28 courant, un panier (en surcharge), restant en gare de Versailles, que j'ai envoyé à Lassay, mercredi 27. Je vous l'ai envoyé en petite vitesse pour que cela fût moins onéreux.
Il y a, avec votre beurre, quelques poires qui, si elles sont froissées, pourront toujours faire des confitures.
Je pense que vous travaillez toujours avec rage. Vous ne me dites pas si vous vendez. Cela me serait agréable à apprendre, et ce n'est pas une question de curiosité, croyez-le bien, qui me fait vous demander ces choses, mais le besoin que j'ai d'apprendre que vous réussissez.
Quant à moi, je travaille beaucoup, mais la chasse m'a un peu distrait, ainsi que les oisifs.
J'ai vendu une aquarelle au moins deux cent soixante quinze francs, c'est un joli prix pour moi, malheureusement cela n'arrive pas souvent.
J'ai toujours ma toquade de voiture, j'ai un essieu, des roues, des ressorts, si je faisais des affaires, j'achèterais du zinc et la ferais finir, mais le cheval ! Ce problème se dresse en spectre menaçant contre mes rêves : tant que le budget ne grossit pas, comment avoir un cheval.
Vous ai-je annoncé la mort du père Bignon ?
Si vous voyez Martin, tâchez donc de savoir de lui, adroitement, s'il verrait sans déplaisir, un envoi de gibier ou fruits lui être adressé quand cela deviendra rare : dans un mois par exemple. C'est un si excellent homme, que je serais heureux de lui être agréable, mais dans ces cas, je suis toujours arrêté, et par expérience faite, par la peur de déplaire, comme le pavé de l'ours, une bourriche à la tête est quelquefois reçue avec horions et plaintes.
Je vous prie d'embrasser pour nous, ma femme me le rappelant, votre dame et vos enfants, avec votre permission, s'il vous plaît de la concéder.
Je vous serre la main et suis votre bien dévoué,
Piette.
A été rajouté près de la signature, de la main de Madame Piette : (N'oublie pas de m'apporter mon caraco de chez Madame Béliard. Je ne crois pas que tu reçoives cette lettre à temps car la poste est partie) [Ce post-scripturn s'adresse probablement à Julie Pissarro.].
De la main de Piette :
Mon respect, s'il vous plaît, à Madame votre Mère qui, je l'espère, doit être en bonne santé.
J'ai écrit à Latouche pour lui demander du blanc, parce que je le trouvais bon.
Je ne vois rien venir ; si vous le voyez, dites-lui donc que s'il ne m'en envoie pas, je vais écrire ailleurs. Il ne peut cependant craindre pour son argent, je lui dis de se faire payer rue Véron, 31 [Tout comme le « Père Martin », Louis Latouche, artiste-peintre, tenait avec sa femme une petite boutique de couleurs fines et autre matériel pour la peinture, 34, rue Lafayette. Comme Béliard (et Renoir), il sera l'un des trois membres de la commission de contrôle - c'est-à-dire membre fondateur - de la Société anonyme coopérative, et présentera quatre œuvres à la première exposition du groupe impressionniste en 1874 ; elle restera son unique participation aux manifestations du groupe.].
S'il n'a pas encore envoyé, dites-lui de joindre à l'envoi six petites brosses martre, rendues semblables en grosseur au dessin ci-joint, les manches peuvent n'avoir que quinze centimètres, plus six petites brosses soie semblables au modèle ci-joint, rondes et plates.
(Deux dessins de pinceaux).
Je vous serre la main et suis votre bien dévoué,
Piette.
A été rajouté près de la signature, de la main de Madame Piette : (N'oublie pas de m'apporter mon caraco de chez Madame Béliard. Je ne crois pas que tu reçoives cette lettre à temps car la poste est partie) [Ce post-scripturn s'adresse probablement à Julie Pissarro.].
De la main de Piette :
Mon respect, s'il vous plaît, à Madame votre Mère qui, je l'espère, doit être en bonne santé.
J'ai écrit à Latouche pour lui demander du blanc, parce que je le trouvais bon.
Je ne vois rien venir ; si vous le voyez, dites-lui donc que s'il ne m'en envoie pas, je vais écrire ailleurs. Il ne peut cependant craindre pour son argent, je lui dis de se faire payer rue Véron, 31 [Tout comme le « Père Martin », Louis Latouche, artiste-peintre, tenait avec sa femme une petite boutique de couleurs fines et autre matériel pour la peinture, 34, rue Lafayette. Comme Béliard (et Renoir), il sera l'un des trois membres de la commission de contrôle - c'est-à-dire membre fondateur - de la Société anonyme coopérative, et présentera quatre œuvres à la première exposition du groupe impressionniste en 1874 ; elle restera son unique participation aux manifestations du groupe.].
S'il n'a pas encore envoyé, dites-lui de joindre à l'envoi six petites brosses martre, rendues semblables en grosseur au dessin ci-joint, les manches peuvent n'avoir que quinze centimètres, plus six petites brosses soie semblables au modèle ci-joint, rondes et plates.
(Deux dessins de pinceaux).
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