Ludovic Piette - Mon cher Pissarro - Lettres de Ludovic Piette à Camille Pissarro - texte intégral

In Libro Veritas

Mon cher Pissarro - Lettres de Ludovic Piette à Camille Pissarro

Par Ludovic Piette

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Table des matières
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5 août 1871

Mon cher Pissarro,
J'ai reçu hier une lettre du Mans qui me dit que vous ne trouveriez pas de maison à moins de cinq cents francs, mais cela s'applique aux quartiers en vogue. Dans les faubourgs, vous trouverez certainement à quatre cents. Vivres bon marché, à peu près les prix de Lassay, légumes et fruits pour rien, poissons de mer assez chers, mais vente à la criée : arrivages nombreux, viande un peu plus chère qu'à Lassay, mais bien moins qu'à Paris.
Vous verrez. Maintenant, il se pourrait que j'y retourne finir un dessin qu'il m'a fallu laisser inachevé faute de deux jours de soleil, et je pourrai voir moi-même, si j'y vais, dans un mois d'ici, je vous renseignerai alors.
Il y a (au Mans) des toiles, des marchands de couleurs, des encadreurs, des emballeurs de tableaux, les transports à Paris ne coûtent guère : pour un franc, vous envoyez un tableau de petite dimension [Après plus d'un siècle et tant de convulsions, ces petites informations sur papier, support fragile s'il en est, concernant la vie économique et quotidienne en Mayenne, prennent une importance inestimable par leur intérêt documentaire.],
La pluie cesse, je cours travailler.
Martin m'a écrit, il m'a envoyé quelques sous qui m'ont été utiles, il a vendu quelques croûtes, peut-être en vendra-t-il encore.
J'espère que pour vous les affaires vont devenir belles. Je vous ai envoyé la note, mais attendez à pouvoir payer sans vous gêner. Faites le plus pressé.
Si vous voyez Monsieur Béliard, offrez-lui mes civilités [Édouard Béliard (1834-1912) était un ami peintre de Pissarro, comme lui paysagiste et client de Martin.
A cette époque, il habitait Bougival, commune proche de Louveciennes, et sa maison fut aussi sinistrée. On voit que Piette avait eu l'occasion de le rencontrer soit chez lui (cf. la lettre du 29 septembre 1871), soit chez Pissarro. Plus prompt que Piette, il le devancera dans son adhésion au groupe impressionniste : dès 1874, il sera membre de la commission de contrôle de la Société anonyme coopérative et figurera dans les deux premières expositions de 1874 et 1876, naturellement entraîné par Pissarro. Il donne alors comme adresse 69, rue de Douai, mais on sait qu'il fait aussi de fréquents séjours à Pontoise (cf. Janine Bailly-Herzberg, op. cit. p. 65 et 76).]. Bien à vous, compliments à Madame, et embrassements à vos moutards de la part de ma femme et de la mienne.
Piette.

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