Ludovic Piette - Mon cher Pissarro - Lettres de Ludovic Piette à Camille Pissarro - texte intégral

In Libro Veritas

Mon cher Pissarro - Lettres de Ludovic Piette à Camille Pissarro

Par Ludovic Piette

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Table des matières
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[Derniers jours de juillet 1871]

Mon cher Pissarro [Cette lettre est écrite au dos d'une facture provenant de la maison Gaubert fils, filature de laine à Lassay, adressée à Madame Piette et datée du 19 juillet 1871. Elle se rapporte à de la laine en poil pour matelas et à du crin. N'oublions pas que les Pissarro ont trouvé leur maison de Louveciennes, dévastée et dévalisée : literie, mobilier, en bref, tout ce qui compose un intérieur, ont disparu ou sont inutilisables. Courageusement, Julie - dont le second fils, Georges, naîtra le 22 novembre - va se remettre à sa tâche de maîtresse de maison.],
Me voici revenu dans mon pauvre trou, avec un piètre résultat financier pour ce qui est de ma profession de quasi propriétaire.
Beaucoup à payer, rien à recevoir, rien dans les mains, rien dans les poches, j'ai essayé de m'arrêter au Mans, le mauvais temps me l'a fait abandonner. Cependant, j'avais pris la croûte que l'on m'avait achetée, à condition de la finir, une vue du Mans que vous connaissez [Ce paragraphe permet de comprendre que Piette revient de Paris où il a vainement tenté de récolter quelqu'argent, tant auprès de ses locataires que de ses marchands.],
Je vais donc me remettre à la besogne, et me serrer le ventre pour digérer moins vite, car il y a gros à parier que l'argent n'aimera jamais à porter ses promenades du côté de mon gousset, sans doute qu'il n'est pas comme Lucien et n'aime pas à changer de pays.
Et vous, mon ami, vous remettez-vous à la besogne : oui, sans nul doute, je pense toujours à votre projet [Piette a certainement rencontré Pissarro à Paris qui a dû lui parler de son envie de quitter Louveciennes. Étant donné leur amitié, Pissarro aimerait se rapprocher de Piette ; celui-ci va lui faire différentes propositions comme ici celle du château de Torcé-en-Charnie, entre Lassay et Ambrières, mais Pissarro optera pour Pontoise plus proche de Paris.
Il s'y installera en août 1872.] et si vous le mettiez à exécution, il y a à louer le château de Torcé, à la [régellerie] au pont de Torcé, en allant à Ambrières, on loue cela six cents francs. Il y a un pré et autre terrain qui je crois, rapporteraient au moins deux cents francs, et qui pourraient se louer séparément : resteraient quatre cents francs pour un logement, le double et le triple de ce que j'ai à Montfoucault, avec des communs, dont une orangerie qui ferait un splendide atelier, le triple du mien, trois ou quatre familles y logeraient, le dernier locataire ne l'habite plus, il relouerait probablement, s'il en a le droit, à meilleur marché encore, pour un an qui lui reste encore à habiter, deux ans même, je crois. Je pourrais écrire à ce Monsieur, seulement le château est au soi-disant marquis de Beauchêne de Lassay, qui est un avare et un chicanier émérite, et qui, peut-être, se montrera rebelle à cet arrangement, c'est lui qui fait assigner ses fermiers le jour de l'échéance s'ils ne paient pas. Mais si la chose vous agrée, comme vous n'aurez aucun rapport avec le bonhomme, que pour le payer, il vous serait peu gênant, vous auriez droit de pêche et de chasse sur les propriétés de la dépendance du château.
Je crois qu'il y a bien une vingtaine de pièces, sans les communs, du château.

Chapitre suivant : 5 août 1871