[Début juin 1871]
Mon cher Pissarro,
Que voici longtemps que je voulais vous écrire, mais cela n'est plus possible.
Je suis culbuté, ahuri, plus moyen d'avoir sa tête, et puis que dire, que vous ne sachiez mieux que moi.
Triomphe de Versailles, réaction, pendaison, envoi à Cayenne, etc. [On voit avec quelle franchise Piette s'exprime dans ses lettres. Dans la dernière, il n'approuvait pas certaines mesures prises par la Commune (18 mars - 28 mai 1871), mais ici, il s'indigne des répressions de toutes sortes qui ont suivi la semaine sanglante (21-28 mai) et se prolongeront encore pendant de longs mois.].
Triomphe de la Commune, intervention des Républicains qui veulent aller lentement, selon le proverbe italien chi va piano, va sano.
Enfin, vaudrait mieux la mort et la guerre prussienne ; nous étions moins malheureux au temps des désastres du Mans et de Beaumont, l'espoir nous restait, maintenant, qu'y a-t-il à l'horizon ? La terreur blanche, les [illisible].
Vous me demandez des nouvelles du Mans. Cette ville n'a plus de Prussiens, on peut y vivre et s'y loger. C'est cher au milieu, assez bon marché aux faubourgs, on peut y travailler facilement.
Si je quitte d'ici, je compte y aller, je vous donnerai plus amples détails.
J'attends à tantôt ma tante qui y demeure : de sa visite et de nos entretiens dépendra ma détermination.
Écrivez-moi. Dites-moi si vos affaires prennent la tournure que vous m'indiquiez [C'est la dernière lettre de Piette à Pissarro envoyée à Londres.
Que voici longtemps que je voulais vous écrire, mais cela n'est plus possible.
Je suis culbuté, ahuri, plus moyen d'avoir sa tête, et puis que dire, que vous ne sachiez mieux que moi.
Triomphe de Versailles, réaction, pendaison, envoi à Cayenne, etc. [On voit avec quelle franchise Piette s'exprime dans ses lettres. Dans la dernière, il n'approuvait pas certaines mesures prises par la Commune (18 mars - 28 mai 1871), mais ici, il s'indigne des répressions de toutes sortes qui ont suivi la semaine sanglante (21-28 mai) et se prolongeront encore pendant de longs mois.].
Triomphe de la Commune, intervention des Républicains qui veulent aller lentement, selon le proverbe italien chi va piano, va sano.
Enfin, vaudrait mieux la mort et la guerre prussienne ; nous étions moins malheureux au temps des désastres du Mans et de Beaumont, l'espoir nous restait, maintenant, qu'y a-t-il à l'horizon ? La terreur blanche, les [illisible].
Vous me demandez des nouvelles du Mans. Cette ville n'a plus de Prussiens, on peut y vivre et s'y loger. C'est cher au milieu, assez bon marché aux faubourgs, on peut y travailler facilement.
Si je quitte d'ici, je compte y aller, je vous donnerai plus amples détails.
J'attends à tantôt ma tante qui y demeure : de sa visite et de nos entretiens dépendra ma détermination.
Écrivez-moi. Dites-moi si vos affaires prennent la tournure que vous m'indiquiez [C'est la dernière lettre de Piette à Pissarro envoyée à Londres.
Peu de temps après son mariage, Pissarro réintègrera la France et Louveciennes.] ?
Si vous avez un mot à faire passer à Paris, je vais avoir des occasions ; envoyez-moi de petits billets à insérer dans mes lettres, vous aurez la réponse par le même moyen.
Je cède la plume à ma femme qui va mettre quelques mots à votre dame : elle n'a plus le courage d'écrire, voilà le seul motif de son silence, elle et moi vous serrons les mains et sommes vos dévoués.
Bonne nouvelle des frères de ma femme. Tous deux vivants, l'un parti de Montfoucault, en congé pour l'Allemagne : il y restera ; l'autre capitaine.
Bien à vous,
Piette.
Nous travaillons toujours un peu.
Si vous avez un mot à faire passer à Paris, je vais avoir des occasions ; envoyez-moi de petits billets à insérer dans mes lettres, vous aurez la réponse par le même moyen.
Je cède la plume à ma femme qui va mettre quelques mots à votre dame : elle n'a plus le courage d'écrire, voilà le seul motif de son silence, elle et moi vous serrons les mains et sommes vos dévoués.
Bonne nouvelle des frères de ma femme. Tous deux vivants, l'un parti de Montfoucault, en congé pour l'Allemagne : il y restera ; l'autre capitaine.
Bien à vous,
Piette.
Nous travaillons toujours un peu.
Chapitre suivant : [Derniers jours de juillet 1871]