APRIL - Le livre blanc du Logiciel Libre - texte intégral

In Libro Veritas

Le livre blanc du Logiciel Libre

Par APRIL

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Table des matières
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Le Logiciel Libre, vecteur de création de valeur

  Cette partie vise d'une part à définir l'ensemble des apports des logiciels libres du point de vue technologique, économique, de l'innovation, de leur diffusion, leur appropriation et leur notoriété.
  D'autre part, à présenter la valeur ajoutée pour le consommateur de l'informatique, l'utilisateur final, pour les industriels de l'informatique et pour l'ensemble de l'industrie.

Les apports généraux des logiciels libres
  L'idée motrice de la création de logiciels libres est la liberté. Ils sont accessibles à tous, tout le monde peut y contribuer, les utiliser en tout ou partie, créer une économie ou un marché. Cette liberté conduit à des éléments différenciateurs par rapport au modèle traditionnel :
 - Le ticket d'entrée est faible, les licences sont souples, ce qui rend le marché plus accessible pour de nouveaux entrants, sans limite à la volonté ou l'imagination de chacun ;
 - L'adaptabilité aux modèles de chacun confère aux logiciels libres une capacité à coller aux besoins des utilisateurs en toute indépendance technologique, aux besoins des développeurs sans les limites imposées par un calendrier unique d'éditeur ;
 - Plus de transparence dans le choix de son partenaire et de sa plate-forme. Ce modèle oblige en outre les partenaires choisis à rester compétitifs et performants puisqu'ils sont jugés en fonction de la valeur ajoutée qu'ils produisent (adhérence stricte aux standards de l'industrie — protocoles, formats de documents).
 - Une saine compétition entre les technologies, les projets ou les acteurs du Logiciel Libre tirent vers le haut le nombre et la qualité des solutions offertes.
 
  Les logiciels libres permettent à l'industrie informatique de sortir de la relation classique « client/fournisseur » pour ouvrir d'autres possibilités de collaboration entre acteurs, en particulier autour du principe de communauté de développement, au service de la productivité et de l'innovation. Cette transparence contribue à élever le niveau général en réétalonnant le marché vers le haut.
 
Les extensions de la technologie
  La publication dans les communautés-projets sur l'Internet permet un accès généralisé à la technologie, une meilleure diffusion du savoir. Globalement, l'adoption des technologies subit un double phénomène d'accélération : la baisse du coût d'accès au savoir et le levier de la distribution à travers le réseau mondial. La valeur apportée aux utilisateurs bénéficie ainsi également d'une diffusion plus rapide des technologies et des dernières évolutions.
  Prenons l'exemple de la contribution de Sun Microsystems à la communauté OpenOffice.org avec le développement d'une boîte à outils Open Document Format (ODF) visant à séparer les outils de bureautique de la gestion des documents. Avec le développement et la promotion de ce nouvel outil, l'éditeur prouve sa capacité à répondre aux besoins de ses clients tout en permettant à la communauté des logiciels libres de créer de nouvelles fonctionnalités ou utilisations. Et les opportunités offertes par ce cercle vertueux de collaborations croisées sont pour l'ensemble des parties prenantes (Sun Microsystems, communautés, utilisateurs) aussi nombreuses que les volontés respectives de chacun.
 
 Les standards ouverts apportent souvent une contribution essentielle à l'adoption des logiciels libres. Réciproquement, les logiciels libres sont dans bien des cas choisis comme implémentation de référence de ces mêmes standards et la transparence d'accès (gratuité, code source fourni) favorise leur très large diffusion (exemple de la standardisation du protocole DNS avec Bind, ou du courriel avec Sendmail).
   Le mode de développement Logiciel Libre conduit ainsi à financer le développement de composants logiciels ou la participation de journées d'experts qui sont remis en commun pour partager les résultats. Il n'y a plus d'investissement dans la refonte de commodités mais exclusivement dans les évolutions de la technologie : composants, bibliothèques, nouveaux modules fonctionnels...
  La valeur ne se situe plus dans la culture du secret de la maîtrise d'un code, mais dans la capacité à communiquer, à construire et à fédérer une communauté, à recruter de nouveaux talents, puis à générer des besoins en services additionnels. Un utilisateur n'achète plus des logiciels de base, il achète des modules spécifiques, de l'expertise métier ou de la mise en œuvre couvrant exactement ses propres besoins. Le modèle repose sur la création de valeur ajoutée et non plus sur une économie de rente.
  L'ouverture du code source offre à la fois une garantie d'intégrité des solutions de développement autour de standards communs, un gage d'interopérabilité pour les systèmes complexes, ainsi qu'un gage de pérennité des solutions choisies. Le Logiciel Libre apporte en ce sens une réponse fiable aux industriels dans les secteurs sensibles où l'indépendance technologique est indispensable (défense, administration, énergie).
 On peut notamment citer l'architecture Copernic de l'administration fiscale française — qui fournit entre autres le service de déclaration en ligne pour les impôts sur le revenu —, bâtie sur des composants logiciels libres.
  Dans ce marché mondialisé, la généralisation du Logiciel Libre ouvre de nouveaux marchés et fait émerger de nouveaux talents. L'échelle de valeur est basée sur la méritocratie et l'émulation autour de technologies innovantes.

L'accélération de l'innovation
 Le partage d'efforts de recherche autour des standards ouverts contribue à en améliorer l'interopérabilité et l'adoption à l'échelle mondiale. Les logiciels libres fournissent aujourd'hui les briques essentielles à la fabrication des systèmes et des applications. Une fois libérées du poids de la réécriture des fonctionnalités de base de leur système d'information, les entreprises peuvent ainsi se concentrer sur leur métier et libérer des ressources soit pour la recherche, soit dans de nouveaux développements, soit pour l'amélioration des performances. D'une manière générale, la compétition qu'installe le code ouvert pousse les acteurs du marché à se différencier par une innovation constante sur des cycles courts.
 Par exemple, la libération des sources et spécifications du processeur SPARC a abouti à des versions de masque à 65 nanomètres par l'université de Santa Cruz (États-Unis). La publication de ces travaux permet à l'ensemble de la communauté (et donc à l'industriel Sun Microsystems) de partager un savoir-faire unique au monde et à en améliorer les performances.
 
 Au niveau des commodités, l'excellence technique et l'innovation technologique dans le Logiciel Libre ont conduit à concevoir les systèmes les plus fiables (GNU/Linux, BSD, OpenSSH) vers lesquels converge le monde Unix, ainsi que les principales couches middleware (Python, Java, JBoss, ObjectWeb). Les projets complexes sont aujourd'hui basés sur du Libre : les produits à fort besoin de rendement et de fiabilité (virtualisation, terminaux ADSL, portails et moteurs Internet, VOIP, etc.), la téléphonie et l'embarqué massivement développés sur des noyaux libres, ou le monde de l'ASP.
 Les logiciels libres sont énormément utilisés dans des domaines de recherche de pointe comme le calcul haute performance (HPC, le CERN déploie des grilles de calcul basées sur des architectures en Logiciel Libre), l'industrie aérospatiale (la NASA utilise Java pour piloter des sondes spatiales sur Mars), la recherche génétique, ou la couche sémantique du web. Ils bénéficient ainsi des dernières avancées sur le plan algorithmique ou mathématique qui sont un gage de performance et de fiabilité.
 Les méthodes de collaboration du Logiciel Libre sont elles-mêmes retenues dans les laboratoires du monde entier comme modèle de partage : forums, wikis, P2P, forges logicielles, gouvernance des communautés, etc.
 De nombreuses actions de recherche fondamentale dans des domaines comme la parallélisation des codes, la gestion de la mémoire des machines virtuelles, la prise en compte du « temps réel » applicatif ou les méthodes de refactoring de code de grande dimension sont réalisées en mode « Libre ». Ces travaux initiés par les industriels en collaboration avec le monde universitaire et les communautés sont au cœur d'une synergie aussi unique que prometteuse dans l'histoire de l'informatique.